Lundi 15 octobre 2007

Chaise-longue.jpg

Il est des silences intérieurs qui confondent l’esprit, qui le laissent sans voix, désarmé. Il en perd toutes ses ressources, syllabes et concepts lui échappent, ne semblent d’aucune utilité, d’aucune efficacité, outils impotents face à ce qui lui est soumis. Il ne lui reste que les images, avec lesquelles il jongle comme un clown triste. Sans cause identifiable, une humeur qui embrasse toute choses d’une même teinte, d’une même étreinte de soupirs et de langueurs mauves et bleues. Senteurs lourdes qui embaument l’âme. Un parfum de mélancolie se répand partout, imprègne les plus légères occupations, distille ses vapeurs jusque dans les plus souriantes promesses. Le cœur gros.

 
Il essaye pourtant, il maintient sa volonté de puissance, il n’abdique pas si facilement. C’est qu’elle lui est chère son organisation du monde, il y tient, plus que tout. Que deviendrait-il sans elle ? Comment préserver sa cohérence dans la confusion, l’incompréhensible ?
Comment cohabiter avec ce qui échappe à sa maîtrise ?

Et cette douleur d’âme qui travaille le corps dont il accompagne le voyage, auquel il pourvoit sa subjectivité. Il voudrait en faire quelque chose. La dire peut-être, l’extraire par expression. Est-elle si inconfortable qu’il faille réagir ainsi dans l’urgence ? Ne serait-il pas possible d’entendre cette voix sourde, de la porter dans la lenteur et le poids qui la caractérise ? Peut-être ses mots sont-ils des larmes ? Un cri ? Un souffle ? Peut-être a-t-elle besoin d’être entendue, adressée, peut-être le soliloque ne lui suffit-il pas ? Peut-être n’a-t-elle pas besoin d’être comprise, peut-être a-t-elle plutôt besoin d’être sentie ? Peut-être serait-elle apaisée d’être sentie par un autre, reçue par celui ou celle qui, en la recevant, lui donnera une voix, un sens d’exister, une résonnance de vie ?

Il y a des frissons qui parcourent le corps, des sanglots qui font de remous dans les vagues d’os, une pellicule d’eau qui recouvre l’iris. Il n’y a rien à comprendre, il n’y a pas de problème à résoudre. Il y a à sentir et à mettre en relation, à communiquer. Il y a à grandir, à gagner en justesse de rapport à soi, à conscientiser la complexité de soi. Pour un « être bien » qui serait être ce qu’on est, là où on est, avec tous nos paradoxes et nos infirmités, nos maladresses et nos enfermements. Avec la possibilité d’amour, malgré tout ?

 

par complexus publié dans : Zone Cortex
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Lundi 15 octobre 2007

Reflet-table.jpg

Les mouvements involontaires, ceux qui échappent à la décision, ces attitudes de vie qui se répètent malgré le soin de leur échapper, de les dépasser, de les comprendre. On pourrait continuer de les combattre, les analyser, les contourner, on pourrait s’acharner encore longtemps à les comprendre, à espérer les vaincre. On pourrait y passer du temps à élever mille et unes stratégies pour venir à bout des empêchements et des souffrances qu’ils provoquent. On pourrait espérer une vision fulgurante sur les arcanes de leurs origines, de leurs motivations primaires, et que cette vue intérieure nous révèlent l’ultime solution, nous émancipe enfin de leurs mains tyranniques. On pourrait continuer de croire qu’une autre façon d’exister est là, juste derrière, à portée de main, à portée de volonté, de pugnacité, d’effort. On pourrait aussi continuer de se morfondre de ne pas y arriver, de ne pas savoir y faire, d’être si faible, si paresseux, si craintif, on pourrait se rendre malade pendant encore quelques mois, quelques années, construire ainsi un problème sur le problème, renforcer sans bien voir les maux qui nous assaillent, nous décolorent l’existence. On pourrait continuer de se blâmer, rajouter des couches de culpabilité et de remords, s’évertuer de s’en vouloir à mort – et la formule pourrait alors bien y trouver tout son sens.

Oui, on pourrait continuer de les refuser, longtemps.
Mais ils sont là.
Ils sont. De toute leur évidence.
Et ils parlent de nous, de nous dans la vie, à ce moment là, avec tout ce que je suis – y compris mon refus de les recevoir.

Et le plus étrange, c’est que c’est peut-être au moment où cet accueil leur est réservé qu’il se passe quelque chose. Etrange ? Etrange que l’être, dans sa dimension ontologique, ait besoin d’ouverture, d’acceptation, d’inconditionnelle et holistique acceptation pour que son évolution soit rendue possible ? Pas si étrange que ça au fond, peut-être.

par complexus publié dans : Zone Cortex
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander

Complexus ?

  • : L'être soi en errance existentielle
  • complexus
  • : D'humeurs en états d'âmes, par les mots et les images, raconter le quotidien d'une rencontre sensible avec soi-même, autrui et le monde... Décliner poétiquement les façons dont l'identité humaine trouve son chemin dans la complexité d'une existence... En cherchant à traduire fidèlement le vécu intérieur, proposer un écho ouvert où chacun puisse entendre ses voix intimes...
  • Recommander ce blog
  • Retour à la page d'accueil

Commentaires

Recherche

depot nom de domaine sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus