Samedi 21 juin 2008


Et l’enfance joueuse et les vagues et le sable. Une bonne image pas nette, ouvre le désordre, l’autre moyen de penser.

D’abord chanter, ensuite voir.

Le passage brise règles et coutumes, « lance-toi ! » dit-il, la suite est partiellement aveugle, confiante et fébrile, tu marches les yeux presque fermés, tu n’y vois pas clair, tu sens seulement que ça rend le monde fantastique.
Et l’envie de continuer, encore un bout, encore quelques pas, le grand danger tenu loin affronter cœur palpitant les menues menaces des inconnues.

Fantastique ou pas, ça te le rend, le monde.
 

Tu t’abandonnes, tu fais et tu vois où ça te mène. Ça ne répond pas aux questions, mais ça répond à ce qui est là.

                                   Et coulisse les moyeux rondissent les angles blondissent les rêves. La victime a pris sa main pour saisir le monde au collet et lui dire ses quatre vérités.

 

Pas sage – passage – passe âge, « lance-toi ! ».

Libre encore plus à choisir tes liens. Lancé, élancé, c’est lent, mais l’ex-élan devient l’excellence. Rebondit, plus haut qu’avant, jamais si haut et tu perces le plafond, c’est le pas sage qui gesticule. Aïe ! Règles froides, règles étroites, règles droites qui s’abattent sur les doigts adroits, trop adroits pour se figer aux règles prescrites, fais-mal je m’en fous, tu me reverras plus sous ton joug imbécile, vas-y tape et regarde mes yeux ce qu’ils te disent, tu ne m’atteins pas, je suis ailleurs, je suis déjà loin. Ancestrales racines que je coupe d’un coup sec de dent découpe la route bifurque et coupe à travers champ pour chanter d’autres routes. Je refuse tout net maintenant, d’un coup sec dans l’arrête des arrêtés qui emmurent ce qui ne peut pas mûrir, s’épanouir.

Je me lance, m’élance, lance l’ensemble élancé, « lance-toi ! » dit-il.

Questions, saccages, menaces, comparantes, éloquence, jugeantes, condescendance – défenses défense défenses d’entrer d’avancer de remuer de faire du bruit de résister défense défenses défense de bouger de déranger d’exister.

 Existes.
Tu cherches ta liberté. C’est l’essentiel. Tu sais le prix à payer. Tu sais la récompense !


par complexus
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Mardi 10 juin 2008


A concevoir
Une vie
    Qui ne fut pas sienne
Infidèles images
            Perdues pour songe
Inerte dans le sang
Point si belles
            Et revenues mortes
                        Où sont-elles passées ?
                        Ont-elles jamais existé ?

**

L’œuvre livrée
            Pour qu’au monde
                        Naisse un regard
            La visibilité d’un visage
En perte d’aimance

 
            **

La tenaille
        Aux palpitations
        Serrant d’étreinte méchante

Depuis le temps
Qu’un semblable mal

            L’étouffe et le ronge
Sans reste d’illusion
A crever toute foi
            Du moindre souffle
Enfoncée dans le doute
Nulle route sure de sens

            Opposée au désir
            Pour un ventre nourri
Une ombre qui court en tout

 
            **

 
En fait
Les joies sont peu de choses

                        Tout en somme

Pour un appétit d’homme

La douleur complète bien
S’il faut couvrir le ciel
            Et ne rien laisser

 
            **

 Comment parvenir à ce qui n’a pas de figure ?

 
            **

             Oser être là où l’attente ne nous situe pas.
            Braver l’amour dans ses défis de pouvoir
                        Qui dénature l’essence de sa chair .

A l’intimité secrète
            Du lien
                        Entre la puissance de vie
                        Et la liberté d’être

Par la partie voilée
Suffoque l’ensemble

 
            **

            Là où il fut interdit d’être
Conquérir


par complexus
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Vendredi 30 mai 2008


Étincelles dans la nuit, qui jettent leurs lumières sur les choses enveloppées de pénombre. Soudaines visions d’éclairs, brefs aperçus de ce qui gît là, les agencements de l’ombre. L’opacité perd de son pouvoir, la glaise pétrie par les mains du passé perd de sa résistance sous ces jets de lumière. Un instant suffit, entrevoir ne serait-ce qu’une seconde et déjà le paysage a perdu ses excuses, sa légitimité, son ordonnance de vérité.

Voir l’invisible. Reconnaître comme étrangère la première des familiarités. Renoncer aussi à ce qui fut. Détruire, sans doute, mettre à terre, refuser, interdire, ces gestes, ces puissances, ces laisses et garrots, ces contrôles et ces violences. Ne plus s’y accorder. Toutes ces lois faites natures redeviennent des lois et la nature retrouve sa place. Ne plus être là où on est attendu, quand la seule place qui permettait d’exister est celle qui empêchait d’exister. On jouait le jeu, on sauvait sa peau, on maintenait l’amour respirable. Longues années d’imprégnation sensible. Le paysage s’est fait dans l’ordinaire d’une vie qui ne s’observait pas, ne se réfléchissait pas dans le miroir de la conscience, n’osait point douter de ses repères, de ses évidences, de ses sécurités. Monde fragile.

Une mince parcelle de terrain, un petit territoire sur lequel tout construire. Entre les menaces du vide et de la confusion, du délitement et du recouvrement, un espace viable – l’unique. Ni trop ni pas assez, la juste mesure, à tenir sans cesse, pour préserver, protéger, contenter, porter. Traits de lumières venus questionner l’évidence, dessiner les contours de silhouettes confuses, souligner les vecteurs de gestes aveugles, chamboulent tout. Ouvrent les frontières et les limites qui n’ont plus de raison d’être.


par complexus communauté : Etre pour les autres.
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Mardi 20 mai 2008


Sommes-nous en quête du bonheur ou impérieusement soucieux d’éviter les méchancetés du quotidien ? Quand je me penche sur nos agissements routiniers, je suis sérieusement tenté d’opter pour la seconde hypothèse. Je ne vois guère la quête du bonheur dans nos gestes d’accoutumance à la réalité. Il m’apparaît, bien souvent, qu’une fois un équilibre confortable atteint, quelque chose s’installe, prend ses marques et tend à se satisfaire de ce qui ressemble plus à un royaume aux menaces réduites qu’au lieu de nos rêves. Il me semble que la quête du bonheur nécessiterait d’autres coutumes de vie, une ouverture plus nette, plus large, plus souple, de nos frontières, de nos habitudes, de nos croyances. Si la quête du bonheur revient à celle d’être soi, et qu’elle se trouve donc vouée à l’infinitude. Si être soi revient à être au plus près d’une perception claire et lucide de ses émotions, pensées, comportements, de son être global autrement dit et de l’affirmation responsable de celui-ci. Si affirmation responsable suppose d’avoir fait la distinction entre ce qui m’appartient et ce qui appartient à l’autre et de ne porter que le bout qui me revient. Sommes-nous prêts, disposés à un tel voyage ? Y sommes-nous habilités ? Sommes-nous prêts à payer le prix d’un épanouissement qui suppose de ne jamais se reposer sur ses acquis, de découvrir sans cesse de l’inconnu au creux même du plus intime de soi ? Personnellement, je ne le suis pas tous les jours. Et je constate que je nourris plus intensément l’image d’un oasis-terminus que celle d’un interminable périple aux aventures odysséiques. Il me semble que notre souci de l’intendance quotidienne, prend souvent le dessus, occupe tellement de nos ressources qu’il n’en reste le plus souvent que peu pour s’occuper du reste. Et il est sans doute difficile qu’il en soit autrement. Je ne vois pas là une immanente faiblesse, mais plutôt la loi d’une nécessité aux déterminants multiples et complexes. Il y a les moments de rupture, et c’est à eux qu’il s’agit de rester disponible, rester accessible au changement. Alors quoi ? Peut-être arrêter de croire que la quête du bonheur (une quête authentique, consciente, exigeante) guide chacun de nos gestes, arrêter de se raconter des histoires, moins se glorifier, s’héroiser (s’érotiser) afin de reconnaître notre plus humble nature. Une façon d’être plus près de soi. Une façon de récupérer un peu de paix, de bonheur ? Peut-être.
par complexus communauté : Etre pour les autres.
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Mardi 13 mai 2008


Nous aimons nous asseoir et regarder. Ne rien faire. Porter à la bouche une substance à notre goût et percevoir la saveur de cette transformation. Nous aimons nous détendre quelques instants, entre les milles et une activités de la journée. Pendant quelques minutes, nous rejoignons cette aire délivrée de toute obligation, la récréation qui nous offre le plaisir de nous recréer (dans) un espace de liberté. Nous aimons cette impression de ne plus avoir à répondre aux triviales nécessités, la sensation d’appartenir plus complètement au monde, dans sa sereine inutilité, son tranquille abandon. Rejoindre les courants de la vie qui coulent sur le terrain vallonné de l’existence, fluide aux obstacles, frayant sa voie dans les imprévisibles méandres du quotidien, souple et rebondissant toujours. C’est notre résistance docile, notre tacite insoumission qui peut exister ici. Qu’on interdise ce microscopique paradis et la révolte s’installe. Sus au traître qui empêche la vie ! Parenthèses poétiques, vacances immédiates, étourdissement du cœur qui respire dans un doux songe, lénifié de cet ailleurs qu’il habite, échappée belle par les chemins silencieux et discrets de la rêverie, détente qui vous emporte ailleurs, transfigure toutes les configurations intérieures, envol délicieux dans la nacelle d’osier, suspendue au-dessus des petites affaires et des soucis à se faire. Nous aimons cette qualité d’oubli, à l’instant où la vie nous prend si complètement qu’y être suffit. Il n’y a plus de douloureuse distance, d’aspiration inquiète aux secondes suivantes, d’attente insipide ou mortifiante. Il y a toutes ces choses que l’on aime regarder, ce corps content, cette saveur des éléments, cette petite vague légère et souriante qui nous transporte dans l’instant. Il y a l’infinité des émerveillements à sentir et à penser, le gros recueil des chimies du vent et de la terre, fécondes histoires du temps dont nous sommes enceints. Nous aimons nous découvrir si pleins de présence et de lumière, dans le lit que trace, creuse et suit notre parcours, sous le ciel azuré aux volumes si abondant d’infini que tout reste à découvrir. Nous aimons nous sentir ouverts, détaché de toute inquiétude, sans plus de retenue à vivre que la prise sur nos choix. Nous aimons plus que tout être là, vivants, tandis que d’autres ne l’ont jamais été, ne le seront jamais, ne connaîtront rien du souffle, ni ses misères ni le délice qu’il y a à respirer l’atmosphère aveugle aux destinées, pour le simple plaisir de respirer.


par complexus
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Samedi 10 mai 2008


S’occuper des liens, s’occuper des racines, visiter les sources. Déambuler lentement dans le musée de souvenirs, entouré de vieux bibelots, d’empreintes qui résonnent encore sur la peau, de marques que les affections ont laissées dans les miroirs qui jalonnent la visite. Il est bien difficile de cerner avec précision les vestiges des organes qui nous fondèrent, des voix qui nous façonnèrent, nous remplirent d’amour et d’effroi, de tendresses et de chaînes lourdes à porter. Reconnaître ce que leurs gestes ont suscités d’émoi tandis que nous n’en savions rien, tandis qu’échappaient à notre attention toutes leurs maladresses, leurs aveugles violences, le partage de leurs propres prisons. Il ne reste que de vagues intuitions, des sens corporels confus auxquels il s’agit de se rendre tout à fait disponible pour en saisir l’essence significative. Un temps, une place, un espace à créer dans l’urgence des jours, pour déficeler peu à peu les entraves, émanciper les souffles et les regards, grandir la posture, épanouir l’être. Il y a au présent assez de signes pour décrypter la dramaturgie de cette pièce dont le scénario tend à se répéter indéfiniment, trouver en soi les ressources emmurées qui viendront à déborder des barrages et emporter dans leur flot de vie toutes les anciennes barricades. Il suffit parfois d’être attentif à la sensation qui se dessine, presque insensible, en laquelle se synthétise tous les heurts et toutes les puissances, l’agripper comme une corde suspendue au-dessus de ce qui nous fige et s’envoler. Mais comprendre, dire, sentir, analyser, essayer, être entendu, expérimenter, reconnaître, accepter, disséquer, agir, se tromper, briser les croyances, accueillir les vibrations organiques, toucher la réminiscence qui éclaire, exprimer l’émotion retenue – d’hier ou d’aujourd’hui –, apprendre, réapprendre, intellectualiser, tisser du sens d’esprit, laisser venir les images, accompagner le geste, rejoindre le corps dans ses messages simples et ses évocations subtiles, s’abandonner à l’insu, à l’imprévisible, à la part involontaire de notre présence, attendre que la maturation opère, laisser le temps faire son travail, changer la perception du monde, renverser la logique attendue, faire des exercices pratiques, des actions symboliques, fuir, recommencer jusqu’au dégoût… Toutes étapes nécessaires, suffisantes, insuffisantes, triviales, futiles, incontournables, selon chaque sensibilité, personnalité, problème, rencontre, période… La complexité irréductible d’une quête à devenir sujet, je autonome et responsable, acteur de sa vie, personne entière, accomplie, accordée au flux changeant de l’existence.

 

Inviter chaque regard, chaque approche, chaque lunette, à échanger, reconnaître ses limites, ses prétentions, inviter à l’association, la communauté, la rencontre des différences, la curiosité, inviter à l’ouverture, l’assemblage, l’échange, le cumul des forces. Plutôt que le repli identitaire, voûté sur ses peurs, ses sectarismes et ses tourelles de protectionnisme imperméable, dans lequel meurent les idées, les sangs, les êtres.


par complexus
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Jeudi 8 mai 2008


La lumière remplit les choses. Se perdre en mots pour retrouver la belle confusion, qui ouvre les espaces, évase les regards, sublime la conscience. Nul autre dessein que l’état. User des mots comme d’autant de clefs pour ouvrir les portes d’un ciel sans fin. Regagner le monde dans sa folie et sa béatitude, son orgie d’éléments, sa multiplicité inaccomplie et foisonnante. Ne plus penser droit, penser courbe comme l’espace tordu dans le temps, penser en circonférences, en nappe d’huile qui s’étend sur la carte en tous sens. Abandonner le régime du contrôle et du scient. Ne plus découper et séparer, mais rassembler, rejoindre, accoler, embrasser. Sortir le langage de sa boite bien faite, comme autant d’outils en pagailles, pour se tailler une place dans le paysage. Moyen comme un autre de récupérer ce qui échappe à tout instant. Prétexte d’une légitimité composée, pour se donner le droit d’être inutile, à contempler vainement les choses que la lumière remplit, à se laisser remplir par ce ciel sans fin, son ordinaire étrangeté, son mésestimé spectacle. Récupérer quelques gouttes de rosée au creux de la fleur endormie, au réveil des ombres qui nous émeuvent, nous bousculent. Le besoin d’une distance pour être au plus près. Le besoin d’une étanchéité pour contacter. Le besoin d’un solipsisme pour se rendre à l’évidence d’une communauté. Le besoin de refuser pour permettre l’ouverture. Le besoin d’ignorer pour pouvoir rencontrer. Tous ces mouvements subtils qui donnent vie à cette chose poétique. Cette libérée présence. Celle que je m’offre comme un cadeau, comme une récompense, comme une pause, comme une délivrance, comme une nécessité, comme une récréation, comme un arc-en-ciel, un ruisseau, un nuage. Celle qui remet les choses à leur place, révèle à l’esprit combien il est dépassé à chaque instant, combien miraculeuse est sa gymnastique du sens et de l’équilibre, combien fine est la membrane qui le contient dans sa compréhension singulière du monde, combien tout cela est fragile et puissant, vulnérable et mobilisant de ressources à peine identifiées. Ô la taille de cette démesure ! Ô l’enfantement de chaque instant, dans sa ténue petitesse, sur son rail de fer et de clou, tout juste tenu dans le sol au poids de notre passage ! Ô l’ivresse ! Faut-il vraiment qu’il en soit ainsi, à si peu voir sans cesse ?! Comme j’aime ce courant qui me renverse, qui écrase tout ce que je crois connaître et maîtriser, ce déluge d’impressions fugaces qui me font sentir à quel point l’hallucination façonne la perception, tandis qu’une véritable réalité soutient à bout de bras ce que je peux être, le temps de mon vivant, moins résistant qu’un grain de sucre sous la langue des âges.


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Dimanche 27 avril 2008


Main de printemps. Doigts entremêlés comme racines dans le cœur. Réchauffée l’échine qui grelottait dans la nuit, en quelques caresses, au contact simple d’une attention. Evasée l’iris devant les flots de lumière, la dilatation soudaine d’un feu de l’intérieur, magma blanc inondant le cerveau. La clef dans la main, ouvrir les portes, avancer comme funambule sur le fil, au péril du confort, à l’enchantement des sens et des impressions. A chaque instant peu sûr du prochain pas, obligé à la présence et à la prolongation, à la projection au devant de soi. Tout le poids des ans lancé avec ferveur vers le jour et ses lueurs incertaines, vacillantes mais si belles, si vivantes tout d’un coup. La vie qui s’exprime à travers les gestes, la vie qui passe et circule librement dans les muscles, les veines et les pensées. La vie retrouvée. En s’octroyant des permissions d’existence, découvrir les ressors inimaginés, la puissance de se trouver dans l’axe, connecté. En apprenant la patience, et d'avoir survécu assez longtemps, connaître le goût de la récompense. Préférer à la sécurité acquise, les remous et les embuscades de l’aventure. Il en faut du temps pour déconstruire les vues troublées, pour répondre aux besoins qui se cachent derrière chaque peur. Il en faut des persévérances, des mots et des maux, pour gravir les cols et voir le grand paysage, pour plus encore descendre dans la vallée affronter la bête sauvage du désir, comme un chevalier fou lancé sur l’avenue centrale, viscérale. A mesure que l’approche se fait, les murs tombent, les pièges s’évaporent comme mirages, anciennes croyances reléguées au compte des mythes et d’ignorantes obscurités. C’est comme une sortie de tunnel, le chaud soleil et la fraîche brise sous lesquels se saisit le frisson de l’existence.


par complexus
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Dimanche 13 avril 2008



Au moment où le soleil est doux et les couleurs chaudes, quand le souffle rauque du crépuscule passe dans le murmure des feuilles. A l’heure où le printemps rayonne, j’ai regardé au zénith la lune dans son hémisphère. J’ai tendu mon espoir vers le ciel, comme un poing de victoire, une arme inoffensive et belle lançant un défi aux ombres et aux ruines. Des milliers de chansons parcouraient mes veines et criaient aux nues le silence de mon âme. Je voyageais au cœur du monde, dans le souvenir et l’appel, la mémoire et l’élan, en cette union secrète de l’instant aux instants.

 

Célébrer la seconde invincible qui me pétrit de vie.

Le monde ré-enchanté et son trouble.

Parcourir encore une fois ce chemin de colline et d’enfance, de vieillesse et d’espérance, et tandis que l’air descendu de l’horizon fait des bruits de mers aux bords de mon crâne, je sens la charge de l’attente qui ne sait plus comment espérer, indélébile au creux de ma peau, je respire une larme et parle tout seul, d’une voix rompue à l’absence.

 

Il n’est pas de plus grande expérience que celle-ci, dont le contenu peut prendre toutes les formes mais n’a qu’une substance, et c’est à son aulne que me vient le désir de peser ma vie. Toujours. Alors les évidences se dessinent, les pauvretés apparaissent et se distinguent, le poids des imbécilités alourdit mes organes, et mon cœur se débat et refuse la servilité docile aux mœurs que je ne chéris ni ne peux me résoudre à comprendre tout à fait. C’est ici, au milieu de ce champ, que se révèle à mon esprit les évocations subtiles d’un bilan de vie. Si je pouvais d’un coup d’un seul tourner la page et commencer un nouveau chapitre, si le geste existait, je crois qu’à l’instant même, je l’exécuterais sans plus réfléchir, et je plongerais avec déraison dans une vie différente - sinon meilleure.


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Lundi 7 avril 2008


Poésie solaire. Enluminure céleste. Radicale jouvence retrouvée. Lancée contre le ciel, la joie, l’humeur des cieux en extase, délicate et pleine, rocambolesque et fugitive. Sempiternelle. La chanson qui n’arrête pas. Le retour de la poésie au creux de l’homme. Il faut être délivré du souci pour accueillir la beauté du monde. Ou au contraire n’avoir pour seul échappatoire que cette même beauté, ce même mystère, au comble de la tragédie et de la douleur. Mais entre deux, dans le souci débile des petits jours, la tête s’obstine, s’enferme, se ferme. Et il n’y a plus que le souci, bête, étroit, vain. Le souci sans fond, la petite chose qui avilit, appauvrit et fait grincer les rouages de l’âme. Quand la seule chose qui semble compter, c’est ce maigre butin, cette chose à portée de main qui se rend difficile, et que le reste du monde est plongée dans une nuit d’oubli, entourant le faisceau futile d’une ombre qui échappe à l’attention. L’existence sans goût, sans saveur, qui n’est plus existence mais machinerie insensible, automatique, décolorée. Quand même au coin de l’œil il n’y a plus d’espace pour voir la pétulance d’une feuille dans le contre-jour, la souplesse gracile d’un nuage qui se contorsionne, et que la peau n’est plus reliée à la conscience alors que l’air le plus doux passe en pure perte amener son ivresse. Quand il n’y a plus assez d’esprit pour s’apercevoir des choses étranges qui se passent à chaque instant – vivre par exemple, c’est quand même assez trouble comme occupation, mine de rien.

par complexus
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Complexus ?

  • : L'être soi en errance existentielle
  • complexus
  • : D'humeurs en états d'âmes, par les mots et les images, raconter le quotidien d'une rencontre sensible avec soi-même, autrui et le monde... Décliner poétiquement les façons dont l'identité humaine trouve son chemin dans la complexité d'une existence... En cherchant à traduire fidèlement le vécu intérieur, proposer un écho ouvert où chacun puisse entendre ses voix intimes...
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