Quand j’ai reçu son message, quand j’ai vu son nom s’afficher sur le petit écran, déjà mon cœur a dû accélérer, sans que je ne m’en rende compte. Je n’ai pas fait gaffe, mais mon cœur a du s’emballer un peu sur le coup, je n’ai même pas pris le temps d’apprécier, j’ai ouvert son message. Peut-être que j’avais peur, peut-être que je ne pouvais pas apprécier ce temps suspendu de découverte, de stupeur devant le message reçu sans s’y attendre. Peut-être que j’ai eu peur de tout ce qui pouvait s’y trouver, assez peur pour ne pas m’en rendre compte et vite sauter sur les mots qui se cachaient à l’intérieur. Surtout ne pas recevoir cette peur. Vite recevoir les mots.

 

En quelle joie répondra-t-elle ? De quelle présence s’originera-t-elle ? A côté de mon réel, s’interroge mon songe de ces questions farfelues, inquiètes, jouant avec le soleil qu’elles convoitent tant, mais qui est encore sous l’horizon. Elles, fabuleuses, le voient déjà là-haut, culminant, tirant sur les fils de lumière qui s’annoncent pour le soulever déjà, l’emmener là où il n’est pas. Et je sais ce jeu, et je sais la souffrance où il me mène, et pourtant il m’enroule dans ses stratagèmes, louvoie sous ma sagesse et me fait perdre le fil de ce qui sait patienter devant ce qui n’est pas encore. Je n’ignore pas combien se manipule ainsi ma fébrilité, celle qui casse au moindre choc et me plonge dans l’angoisse et le défi, celle qui m’absente du lieu où je réside en fait, sans plus bien le savoir, sans plus y être tout à fait, où tout commence à m’échapper – à commencer par ma corporalité.


Publié dans : Mots de l'aurore
Jeudi 8 octobre 2009

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Pour la première fois aujourd’hui, j’abandonne un instant le face-à-face aveuglant qui me confronte à la blanche et impénétrable lueur de mon sentiment pour regarder dans le blanc des yeux celle qui pourrait bien être à la source de cette confusion : ma croyance. La croyance qui dessine un chemin depuis ce lieu où l’indicible m’effleure, qui voudrait tirer un sens de cet espace aux significations troubles, c’est peut-être elle, finalement, qui suscite le trouble de ces interrogations aux boucles infinies. Oui, peut-être que cette impression d’une voie à suivre, n’est qu’une façon de donner du sens à ce qui, une fois de plus, est difficile à habiter comme c’est. Je crois toujours qu’arrivé là, dans cette humeur si bonne et si inquiète, il me faille comprendre la forme qui se donne à voir pour la transposer sur celle de ma vie, pour m’en inspirer et donner le mouvement d’une nouvelle existence. Mais l’image est si pauvre : dunes d’herbes, soleil couchant, vent doux. Ce n’est qu’un lieu de paix totale, un lieu de vacances du monde, où l’oubli s’empare de presque tout, où il ne reste qu’une présence organique, amoureusement organique, et follement pleine. Une vie dans la nature, sous le soleil et le vent, en un lieu d’espace grand ouvert sur le ciel et la terre. Un lieu délivré, tout simplement. Mais de quoi ?!


Publié dans : Effleurements
Mercredi 7 octobre 2009

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Les feuilles des arbres qui commencent à tomber. Je regarde. Le défilé des saisons m’apparait dans sa consistance, depuis cette lumière dehors, douloureusement belle, jusqu’aux frissons qu’il fait courir sur mes bras. Je pense à ma vie, aux changements qui se dessinent, à ceux qui ont lieu. Je me demande où je vais, où ça va. Je regarde les gens dehors, marionnettes de chair, et j’ai soudainement une tendresse pour chaque visage, chaque démarche, même les plus grotesques, même les plus arrogantes, il m’est tout d’un coup impossible de ne pas être touché par la vulnérabilité qui s’y cache, par les peurs et les souffrances qui soutiennent ce qui rend celles-ci regrettables. Chacun de ces êtres m’apparait dans toute la densité de son destin, tout le mystère de son chemin.  De partout, ils vont et viennent, sans arrêt un nouveau visage se présente, une autre vie s’annonce. Et, c’est vrai, je ne sais pas pourquoi, mais d’effleurer ainsi ces vies, je sens là, tout d’un coup, que ça me fait une drôle d’émotion. Je ne sais pas bien ce que je frôle à l’instant, ne saurais encore dire ce qui vient me toucher ainsi, me remuer jusqu’aux tripes, soulever ma poitrine d’un sanglot, tout est trop confus pour que je puisse dire clairement ce qui me heurte tendrement et vient humecter mes yeux d’une sympathie qui semble sans frontières, sans critères, qui ne ferait la différence entre aucun. Je me méfie de ces beaux sentiments. Non pas que cette tendresse me fasse honte ou me gêne, mais je me demande dans quelle mesure la confusion m’empêche de distinguer ce que je vois exactement, à travers ces étrangers, si ce n’est pas moi que je vois en eux, si ce n’est pas pour moi que je m’épanche ainsi sur le sentiment tragique d’exister. Que vois-je vraiment ? Je vois des vies singulières, ramenées à leur étrangeté et à leur petitesse, à la tragédie et la beauté dont toute vie est pétrie. Par le nombre qui s’impose à moi, je suis ramené à mon insignifiance numérale ; par leur étrangeté je suis ramené à la solitude qui paradoxalement nous relie ; par l’anonymat de leurs visages je suis ramené à la fois à tout ce qui de moi n’est pas connu et au précieux des liens qui ont fait, font ou feront sens dans ma singulière, petite, étrange vie, mon anonyme, mon insignifiante, ma tragique et belle existence. C’est moi que je vois en eux, c’est pour mon compte que j’émeus ainsi, sous l’excuse d’une belle et douloureuse empathie. Pourtant ne serait-ce pas de ce lieu où les impressions se mélangent, où ce qui de l’autre ne peut être ignoré comme m’appartenant aussi, où ce qui me fait se réunit également en chacun, ne serait-ce pas de là, précisément, qu’il devient possible de cheminer vers un respect, une considération, une attention sensible pour tout ce qui pourrait sinon nous laisser indifférent, défiant, distant ?

 


Publié dans : Effleurements
Mardi 6 octobre 2009

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Au sol, agenouillé, sur l’herbe drue, devant la longue plaine qui s’étend d’un bord à l’autre de l’horizon. Tombé à genoux sous le ciel d’envergure, dans la molle consistance du matelas d’herbe. Avant de m’affaler, de tomber complètement, rendu au sol, vivant, couché, mort. Plein de terre, accouplé aux herbes m’enserrant de leurs longs bras doux et piquants. Règne de Terre, enseveli dans l’herbe bientôt, endormi sur ce lit tendre et mou, comme un enfant sur un ventre rond et chaud, grande matrice nourricière, l’air sur Terre qui m’enfante, règne sur mon existence, me prend dans ses bras et s’accouple à tout ce que je suis là. Lentement, rester, sans bouger, tandis que le monde vient à moi, doucement, sans brusquer, bête sauvage qui avance et recule, sauvagement, timidement, hésite, enveloppe du regard, cherche, vient, épouse enfin, finalement, toute là, la Terre, dans ma bouche, dans mes yeux, dans mes veines, dans ce que je pense, et ma main devant le soleil, écran pauvre, la beauté profilée d’une silhouette qui masque le grand feu, fait une ombre au visage ébloui, une herbe au coin de l’œil, l’arrondi d’une lunette comme une lune dans le regard, et le bleu si profond derrière les verres fumés. L’herbe bouge au vent, la main oscille légèrement, manifestation de ma présence entre le soleil et la Terre, mon ombre ma vie, mon existence, maintenant, ce corps d’enfant, corps de cadavre, dans l’herbe endormi, comme mort. Maintenant, cette mienne main que je regarde, étrange écran, étrange présence, mon âge, les lignes dans ma paume, ma main d’enfant, ma main de vieillard, mais maintenant, vivant, là, dans l’herbe endormie. L’existence du moment, toute là, sous le ciel, entre l’air et la Terre, devant cette main de mon âge, cette main de maintenant, toute là, enveloppée dans cette conscience d’herbe, retenue dans l’instant de vie. Animal, homme, vivant, vivant, mort, encore, juste là, quelques secondes, parfaitement conscient, le mystère de l’herbe, le mystère de l’homme, le mystère d’être, tout là, enfanté sur le lit d’herbe où mon corps a reçu le monde, tout, c’est cela, ce passage, éternel dans sa présence, où j’existe vraiment, plein.

Publié dans : Effleurements
Dimanche 4 octobre 2009

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L’homme peut-être, grandissant sous la peau d’une inexorable enfance. L’homme que tu viens toucher, de ton attention mesurée, dans la distance des jours qui passent, ces regards qui reviennent malgré tout, qui se posent à nouveau sur mon front inquiet, trop inquiet sans doute. Mais je ne peux me délivrer facilement de l’inquiétude, tant elle me tient de ses mains puissantes. Délivrer, délivre-moi de cette prise, aurais-je envie de dire, de te demander, je peux espérer, j’espère en fait, très certainement, que tu me délivres de cette poigne d’enfer qui me tient là où je ne veux plus être et qui ne dépend pas que de moi, j’attends sans aucun doute que tu me délivres, même si pourtant ce n’est pas ta mission, pas ton rôle, même si pourtant il suffirait que tu viennes à moi, à l’endroit où je t’attends, pour que tu me délivres sans même le savoir, sans le vouloir, sans même en porter la responsabilité. Tu pourrais me délivrer avec si peu, tu me délivres déjà un peu, ces regards qui reviennent, ces attentions qui se retournent malgré la distance, brisent ce que je crois d’elle, annulent les noms que je donne à cette distance. Tu me délivres déjà un peu sans le savoir, à simplement rester dans l’écart qui nous relie, à ne pas t’éloigner plus encore quand je souffre de la distance, à la tenir simplement, mais à l’annuler en quelques mots à peine. Et tu pourrais me délivrer complètement, il suffirait de si peu, pour que survienne en moi la délivrance infinie, il suffirait, il suffirait de cela, il suffirait d’un baiser, tes lèvres sur les miennes suffiraient à cela, il suffirait de tes lèvres de femme posées sur mes lèvres d’homme, pour que l’inexorable de mon enfance surgisse dans sa plus belle présence, laisse à l’homme son droit d’advenir et de dépasser son enfance infinie, de transcender l’inexorable présence de cet enfant attaché à son enfance. Tu pourrais, oui, d’un baiser à peine, signer la fin d’un inexorable emprisonnement, le début d’une inexorable renaissance. Tu pourrais de tes lèvres, sans un mot, en les apposant doucement sur le silence des miennes, en venant là desceller la parole encore muette d’un homme qui attend de pouvoir être homme grâce au baiser d’une femme, qui attend de pouvoir dire sa parole d’homme, de pouvoir trancher dans la chair de son enfance les liens inexorables pour tisser ceux d’un nouvel infini. Tu ne sais sans doute pas ce que ton premier baiser pourrait venir libérer d’homme en moi. Tu n’as probablement pas la moindre idée de ce que la fin de cette distance pourrait enfanter d’homme en moi, de ce qu’elle pourrait enfanter en l’homme qui attend en moi, en cet homme qui s’advient à travers l’inexorable de mon enfance. Ce qu’elle pourrait desceller de silence dépasse sans doute l’imagination que tu peux te faire de ce silence.


Publié dans : Mots de l'aurore
Jeudi 1 octobre 2009

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Je suis plus souvent avec ce que le vent de mes pensées souffle à droite et à gauche

qu’avec la matière solide du moment que mon corps habite.


 

Publié dans : Effleurements
Mardi 29 septembre 2009

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