Dimanche 6 avril 2008

Enfin du vide, de l’espace, des bouts d’airs libres, du jeu dans les articulations géométriques de la chambre, du paysage, du ciel. Tout de suite, la respiration souffle un coup. Un grand OUF libérateur. Clavicules descendues, épaules déposées dans la poitrine, mâchoire molle et béate. Toujours ces petites tranches creusées dans la chair tendre des jours, à coups de ciseaux, à coups de pieds et d’humeurs, à coups de chansons et de cris, à coups de caresses et d’entorses. Pas lâcher la prise, monsieur, tenir bon, puis ouvrir la main, c’est le monde qui bascule, cul par terre, jambes en l’air, tête de con. Voilà. Il fait les cents pas, il apprécie la distance, il balance les bras, grands larges ouverts, qui ne buttent contre rien du tout, il y a de la place pour s’étendre, pour danser, pour culbuter. On pourrait même s’envoler. Se laisser porter par le courant. J’ai pris le ruisseau qui descend la jolie vallée, sur mon radeau d’aventure, et les pierres n’arrivent pas à m’arrêter, les chutes ne parviennent pas à me désarçonner, les eaux mortes me reposent plus qu’elles ne m’ennuient. Matin clair, soir torride, nucléaire implosion aurorale, à midi toujours pousser la voix pour féliciter le soleil qui est parvenu au somment, une fois de plus, dans l’après-midi ramer doucement et cueillir le fruit au bout de la branche, à l’aube piquer une tête en frôlant les poissons et les algues, sécher ma peau aux premières ardeurs célestes, contre la cuisse ferme et fraiche d’une nymphe immatérielle, sortie des eaux dans un miracle, au son des gouttes perlant de son talon. Dévalant toujours plus loin, sur les roues fragiles de mon embarcation, ravi des découvertes sans cesse renouvelées, râlant quand même quand elles écorchent l’épiderme et ternissent le cœur, plutôt content quand ça fait danser les genoux et les hanches. Toujours prêt à recommencer.
par complexus
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Mercredi 2 avril 2008

T’arrêter. Arrête-toi. Maintenant. Respire. Ecoute la musique. Regarde dehors. Prends le temps. Prends ce temps. Rejoins-toi. Oublie l’heure, les rendez-vous, les tâches, le contexte, oublie tout ça. Pense large. Pense minuscule. Ne pense à rien de particulier. Ouvre tout entier tes sens. Ecoute la musique, sens les petites émotions qui se déclenchent. Ferme les yeux. Sois attentif à chaque muscle qui se détend. Que se passe-t-il dans ta poitrine ? De quoi as-tu besoin, maintenant ? Dis ton nom. Répète ton nom. Rappelles-toi. Rejoins-toi. Arrête-toi. Ne pense à rien du tout. Laisse-toi bercer par ce moment qui t’appartient totalement. Regarde-toi un peu. Que deviens-tu ? Ne réponds pas. Laisse les images traverser ton paysage. Abandonne-toi à cette parenthèse. Laisse tes épaules tomber. Souffle un coup. Laisse l’heure passer, la corde glisser, les choses s’échapper. Ne juge pas, ne dis pas c’est bien c’est mal, regarde, accueille, sens. C’est bon ? Comment ça fait ? Que se passe-t-il ? Quand le visage d’un souci s’annonce, dis-lui de passer son chemin, dis-lui « plus tard, pas maintenant, merci. » Fais silence. Ecoute la musique. Touche ce que tu touches. Regarde ce que tu regardes. Respire ce que tu respires. Fais la paix, deux secondes, une minute. Une minute de paix. Allonge-la, étire-la, distille-la dans tes cellules, ta blanche pensée. Ignore. Oublie. Efface. Dessine ce corps présent, là. Reprends contact. Viens là où tu es. Arrête, arrête tout, tranche dans la journée ce petit bout d’absence. Fais le vide. Remplis-toi. Reçois tout ce qui s’est offert. Reçois maintenant tout ce qui s’est offert au long de cette journée. Goutte sans y penser à la somme, pleine d’instant. Fais un espace entre tout ce qu’il faut encore faire et être, et ne sois que cela, ce morceau de soi à l’écart, hors circuit, tranquille.

par complexus
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Samedi 29 mars 2008

 

Dans les crevures du ciel, un soleil de hippie dessine les nuages psychédéliques. Des enceintes rouges et bleues, c’est une fanfare d’harmonies qui perturbent l’atmosphère dans un délire. ::::::: Enflures temporales, trous des airs, gymnastique cérébrale ::::::::::: Non, ça, c'est de l'esbrouffe, y a bien peu de matière. Seulement... cette lumière, ces voies de rayon lumineux, ces couleurs, ça donne envie de se croire ailleurs et d’inviter.


Des gestes qui ont tellement de sens qu’ils animent les rêves, peignent les caves et les arches osseuses.
Découverte de visages avenants, d’individus en route, sans cesse renouvellement du monde.
Cette chose qui passe dans les tuyaux, gonfle, pulse, bifurque, l’air, le sang, des coups et des impressions dans chaque virage, chaque contact, vous je ne vous connaissais pas encore et maintenant il y a un poids que je rencontre.

 

Invariablement.
Incessamment.
Bonjour, au-revoir, adieu.
Et la respiration.
Et le soleil hippie qui chante.
Et le grand air.
Frissons.
Soubresauts de côtes joyeuses.

 

Sentir se lancer l’éveil dans la journée, comme une bille de feu et d’eau. Viens qu’elle accompagne le mouvement, sens la portée vers toute l’incertitude, sans renoncement mais ouvert.

par complexus
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Lundi 24 mars 2008


Là, aux confins de la route. Parenthèse ouverte, fermée, rentrée dans le cœur du souvenir. En soignant les âmes de leurs maux impondérables, en jouant avec les flammes d’un grand feu, en se joignant aux courants des hautes altitudes. Réparer l’amour de vivre. Tant qu’il est encore possible. O les fleurs fanées, les racines déchirées, les terres profanées, les visages d’orchidée sèche. En tendant bien l’oreille, entendant bien la détresse et l’allégresse, la chanson des êtres humains, le refrain des cœurs animés, pouvoir espérer qu’un jour ils dansent à nouveau, ces corps perdus, ces errances sans goût, ces yeux apeurés, tristes regards éplorés. Oui, leur grand cri de joie revenu, tressaillant depuis les côtes jusqu’au ciel, l’immense appel d’une vie nouvelle, ils emplissent les poitrines qui discernent dans le brouillard et la pénombre, cette lueur d’aspect fragile, inaltérable pourtant, réchauffant les membres engourdis, éclairant les esprits confus. L’éclatante vérité de leur secret, que nul autre ne saura déchiffrer, cette assurance intime de connaître ce qui est là, au creux de soi, sous le doigt de leur seul regard. Et dans chaque objet du monde, qu’ils devinent le rêve d’une grande paix et d’une grande beauté, la chorégraphie des flocons de neige et l’harmonie soudaine.

par complexus
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Dimanche 17 février 2008
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Il s'impose à moi, le silence.
Quitter ce lieu.
Reviendrai-je ? Je n'en sais rien. Je ne crois pas. Je me trompe peut-être.
Besoin de distance. Point barre.
Déjà dire qu'accueils, retours, présences, dialogues m'ont fait du bien. Ils ont été importants
, je suis heureux de les avoir reçus, merci pour cela.
Au-revoir...
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Mercredi 13 février 2008
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Bête abattue puis ressourcée, corps éreinté puis dynamique, l’esprit confiant puis désespéré, de jours en jours, d’heures en heures, flottant sur les aléas du quotidien comme une éponge à humeur, un organisme communiquant avec les cassures de son environnement. Pentes et faux plats, compagnies et solitudes, chemins ardus et piste tranquille, la charpente répond aux accidents, conte de ses états passagers les discontinuités de son parcours. Il y a des redondances, des signes de sens, indices possibles même si dangereux à ériger en vérité ultime. Personnelles connivences au monde que seule l’expérience individuelle confirme, déforme, ajuste, transforme. Mais ici, chez moi, pour peu que se mettent à fourmiller les contacts, les échanges, les coups d’œil et salutations, les rendez-vous de liens et d’arrangements, pour peu que se mettent à vibrer les fils par lesquels je suis tenu dans la grande toile de mes contemporains, pour peu qu'ils se mettent à vibrer vraiment, dans la réalité d’un contact imminent, d’une ouverture de projet commun, d’une participation active aux remous du siècle, mais dans l’acte brute de ma personne, par les voix qui se mélangent dans l’air présent, les regards qui oscillent sur la passerelle d’une réciprocité d’attention, réellement, vraiment, maintenant, tout de suite, dans cette réalité vivante de ma chair et de mes sens, alors la machine immanquablement se met en branle et rien ne semble plus pouvoir l’arrêter – sinon justement la suspension de ces vibrations. Leur soudain silence, que rien n’assure de rompre, fait naître le sentiment de ne plus être connecté au mouvement de vie, et toute l'énergie disparaît. Dès que l’absence d’appartenance s’empare de l’animal, dès que le lien n’est plus vivant, sensible, concret, animé par les attentes fondamentales du contrat social, l’élan se meurt presque aussitôt. Trop longtemps coupé de ses denrées primaires, contraint à l’ascèse durant de si longues années, il semble avoir perdu toute résistance au manque et paraît s’évanouir à la moindre évocation du trouble qui l’avait alors progressivement étranglé. Une façon d’empêcher que l’ascèse ne dure encore, le seul moyen que possède le corps pour dire et imposer son manque : le refus de participer à ce qui ne répond pas à son besoin essentiel, le refus d’aller plus en avant sur cette voie qu’il connait et dont il s’est dégoûté. Heureusement, sinon cette danse solitaire pourrait durer des siècles, dans la souffrance tenue, supportée en grimaces et contorsions, mais supportée, donc invaincue, irrésolue.

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Mardi 12 février 2008
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Oh routes sauvages qui s’entremêlez dans mon image, peintures d’anciennes et nouvelles illuminations, conquêtes de sol et de ciel que j’envisage un souffle au cœur, cessez donc votre danse d’hautaines initiées ou revenez-moi sous les pieds, que je marche vers les plates-bandes que sont vos destinations. Il n’y a plus de distance et pourtant si lointaines, je vous vois et vous sens mais vous sait si perdues dans le vague des temps, dans les brumes de ce qui n’est pas, n’est plus, ou pas encore. Fouettez donc la vie qui git incertaine dans ma poitrine, tournez vers moi vos démentiels visages qu’ils m’avalent de leurs grandes bouches de soleil. Il suffit d’une peau et elle ouvre des espaces et des chansons, sans limites ni pauvreté de vibrations, une peau qui court-circuite la marche tranquille des jours sur leurs rails de fer et d’obstination. L’autre présence d’un regard, d’un espoir, d’une attente, qui modifie l’univers entier, simple apparence - concrète matière tirant toutes pensées, toutes intentions, seule préoccupation devenue le centre des centres. A promener dans la caresse des hautes herbes, à rouler sur l’herbe grasse d’un bord de mer, sous le cri des mouettes et l’ampleur des goélands maladroits, gauche sous mon aisselle, ensevelie de plaisir en oubliant qu’il y a une vie en dehors de ça. La confusion rêveuse qui nous visite dans cette musique des sangs rencontrés, la puissance nue qui soulève tout mouvement, prennent part au monde dans son arythmie nourricière les échanges subtiles quand les mots sont pétris de silence et le silence plein de paroles. Si chargés de vie qu’en dépit de toute rareté, ils en contiennent la quintessence, ils en dessinent les traits d’épure, le squelette principiel. Contour d’estampe soulignant la première nature du désir, quand les voix d’en haut se taisent et que discourent les sens réunis, conjoints, rassemblés dans la trame indissociable des vies de tous les temps, et dans celle des choses et des êtres, l’incidence de toutes choses en toutes choses. Viens, viens, balance là, contre, danse encore, berce et roucoule, murmure ici, chantonne au plus fin du son la mélodie de cette humeur labile qui ne tient qu’au fil de notre lien. Partons. Lance sur la route sauvage devenue amie, les images si longuement ballotées dans les mares et les étangs mélancoliques, jette sur la toile tes couleurs d’aujourd’hui, que tourne mon œil ébaubi, jette tes cris d’oiseau contre le mur du printemps, calque ta présence contre la mienne et dans le couvert de ces herbes géantes qui nous protègent et nous portent, agacent ta nuque fraîche parcourue de frissons, oh encore le murmure d’une voix si proche qu’il lui suffit d’un filet d’air pour être entendue des cieux intimes, des couchers de soleils aux aurores contenus dans le puits de mémoire, sur la flaque au fond des traces d’huiles en hiéroglyphes et signatures sibyllines – elles sont la preuve de l’attente, de l’incompressible espérance, d’une forme de foi souveraine. Reçois du plus lointain ce qui arrive maintenant, à l’orée de mes lèvres, la perle suspendue ne craignant plus le vide ni la misère, de toute l’affection arrivée rassérénée au comble du repos.

par complexus publié dans : Retour au monde
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Lundi 11 février 2008
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Lames de silex que je frotte pour déposer les étincelles sur les brindilles. Pierres poétiques que j’entrechoque pour que prennent leur crépitement nébuleux sur la sécheresse de choses. Et que s’embrase mon regard. Brûle mes yeux d’une lumière aveugle, l’affolante joie, niaise et ronde, pleine comme une mère porteuse, devant le fécond de cette flaque de terre et de racines. Puisque la pluie ne vient, que m’ignore la courte saison d’extase, dans les silos de réserve je puise les astuces de mon ivresse, je presse les huiles essentielles qui font ma respiration d’âme, gave le foie de ma nécessaire rêverie. Le reflet nacré qui chatoie sur le volet d’en face, cette tache irisée qui scinde en couleurs étonnantes la simple lumière, elle me suffit, j’y fixe mes yeux comme on plante un clou, j’y accroche mon regard comme on pose sa veste, saisissant enfin par un bout ce monde échappant, cette lamentable fuite dont l’Homme se lamente depuis l’aube et dont il se lamentera jusqu’au crépuscule – quelle qu’en soit la forme. Folle et stupide beauté, je me repose dans le feu de ta déraison, j’y consume mes dernières forces pour qu’enfin l’inquiétude m’abandonne et que me revienne l’intranquillité. De l’une à l’autre, nous vagabondons, sur un radeau de bambou et de doute, priant la source de nos sérénités d’y mettre un terme, à cet incessant vagabondage. Pressentant mal l’ennui qui s’ensuivrait, si toutes ces vagues et ces gifles, ces branches qui sifflent et lacèrent le visage, ces lunes qui arrosent les épaules d’une pâle et lénifiante lueur, tous ces enchantements et désenchantements, combien nous y tenons dans le fond, combien ils font partie de ce à quoi nous refuserions sans doute la liberté s’ils menaçaient de nous quitter.

par complexus publié dans : Retour au monde communauté : Etre pour les autres.
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Lundi 11 février 2008
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Une plume. Aussi légère qu’une plume. Dans la blanche résonnance d’une aurore, plume qui flotte sur un courant d’air et de chant. Gravite librement entre toutes choses, sans nul centre d’attraction sinon la beauté qui l’entoure et les battements de son organe de vie. L’âme légère. Entre tous les sommeils et toutes les nuits, revenue à elle-même avec la danse d’un enfant sous le nombril. Comme désincarnée, mais si gentiment accompagnée par l’ampleur des muscles lestes, sans gravité ni pénombre, simplement lancée dans les ondes lumineuses, comme particule parmi toutes, prise dans les afflux et les reflux, coulant au-dessus des nœuds d’air, sur une pellicule, une toile protectrice qui la fait toucher sans être prise. Liée par mille fils de soie à l’ensemble, entretenues en rayons diverses par les contacts subtiles aux matières et aux éthers, à l’esprit qui l’observe et dont elle partage l’existence. Mêlés et distincts, les produits de la pensée dansent de se percevoir soulagés d’un poids qui peut sans corps peser mille tonnes sur celui qu’il hante. Elle fait son ballottement d’insouciance au gré des infinis d’événements, dans la lente progression des secondes, emmenée sur le flot continu des instants imprévisibles, toujours assez vaporeuse pour rebondir sur le remous et échapper aux siphons, mais assez présente pour ne pas échapper aux reliefs innombrables des détails et des subtilités du monde sur lequel elle glisse joueuse et grave, aérienne qui ne perd pas le sens de son territoire d’expérience solide. Comme une bille qui, poussée par le vent et le désir, trouve son chemin sur les sculptures du terrain, attentive aux horizons qui l’inspirent, l’attirent, aimantent sa chair sensible, épouse dans la fluidité ou le fracas les accidents et les cols, mais invariablement dépasse les écueils et avance toujours plus loin, toujours plus riche d’expérience.

par complexus publié dans : Retour au monde communauté : Les chapitres de ma vie
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Dimanche 10 février 2008
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Rien que des petites choses. Quelques pages d’un livre, quelques pas dans la ville, quelques voix dans le poste de radio, quelques regards au ciel. Rien de plus. Rien que de banales et petites occupations. Un florilège d’habitudes gentiment entretenues dans le cours tranquille d’une journée. Apparemment sans traces, sans implications particulières. Un jour de plus, un jour de moins, dans une vie de plus maintenant, une vie de moins demain. Il y a eu le temps des tragédies et des désastres, il y a eu les moments de sublime, les heures rieuses, et il y aura encore de tout cela, mais aujourd’hui ne fut qu’un très modeste jour. Une de ces aires de repos auxquelles on aspire parfois, quand les remous sont trop forts et qu’ils semblent ne devoir plus jamais cesser. Il y a eu de la joie à chanter, de l’étonnement à penser, de la beauté à voir. Simplement. Une liste a été dessinée pour guider les gestes de la semaine, un repère pour ordonner le futur et apaiser l’esprit face à ses chaos. En se rappelant que les changement attendus et les réponses viendront seuls, sans l’aide des prises intellectuelles, se rappeler qu’après l’écœurement du trop à réfléchir – inspiré d’une croyance que la cause connue donnera de quoi modifier ce qui blesse, ce qui fâche, ce qui frustre – c’est dans le relâchement soudain que réponses, solutions et issues surgissent spontanément, par elles-mêmes, mûries en et par quelque chose qui n’est ni de l’ordre du vouloir ni de la compréhension. A se souvenir qu’il suffit parfois de fermer les yeux et d’attendre en n’attendant rien pour que la chose se mette en mouvement, dans la direction espérée, d’une façon qui n’est en rien liée à l’expectative. Un bref moment, se refuser aux empressements des ordres intérieurs, s’asseoir, laisser tomber les paupières ou installer dans le vague un regard sans but, et, sans chercher, depuis cet endroit de relâchement et d’abandon, accueillir ce qui vient, ce qui émerge spontanément, par-delà le tenu et le contrôlé. Mettre le réflexif hors circuit, qui empêche le réflexe de répétition et permet l’emprise nouvelle sur les invisités. Je sais que je dois en partie à François Roustang ces pensées, à son livre et à mon expérience, à leur rencontre d’aujourd’hui, dans le cours des petites activités matinales. Ses propositions hantent mon esprit d’écriture et viennent s’inscrire dans le déroulement de ma pensée. Elles influenceront ma présence encore quelques temps, puis le savoir s’estompera dans l’agir, et je me demande déjà s’il y laissera les empreintes que j’espère. Maintenant que j’ai fini de dire cela et que je regarde le mur et le ciel, tous deux d’un étrange vide et d’une intense immobilité,  je considère encore une fois cette journée sans traits particuliers, sinon son silence, son humilité d’existence, sa pauvreté apparente. Et je me dis qu’il n’y manque rien, sinon peut-être ce qui anime le cœur ultime de notre voyage…

par complexus publié dans : Retour au monde
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Complexus ?

  • : L'être soi en errance existentielle
  • complexus
  • : D'humeurs en états d'âmes, par les mots et les images, raconter le quotidien d'une rencontre sensible avec soi-même, autrui et le monde... Décliner poétiquement les façons dont l'identité humaine trouve son chemin dans la complexité d'une existence... En cherchant à traduire fidèlement le vécu intérieur, proposer un écho ouvert où chacun puisse entendre ses voix intimes...
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