29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 13:38
Se taire

Je crois bien que j’ai tu la voix la plus nécessaire. Celle qui avait le plus besoin de se dire s’est enfermée dans un secret. En sortant de l’anonymat, en prenant le risque de montrer le lien entre ce que je crée et ce que je suis, j’ai abandonné une partie de l’être. Difficile de laisser voir autant de fragilité, d’incapacité, de malhabilité. Le discours ambiant a beau louer le courage de se montrer tel qu’on est, les visages qui pullulent sont gais, beaux, vigoureux, vaillants, entourés. La confiance, le contrôle, l’aisance, la maîtrise, voilà qui fait saliver les âmes. Si l’expérience de soi est plus fondamentalement une difficulté d’être, de se lier, de réussir, et parfois simplement de faire, d’user du quotidien comme il se doit, la gêne n’aura aucune peine à trouver son chemin jusqu’aux timidités. Et c’est à interroger: « Solange te parle » fait précisément ceci. Je le faisais sans m’en rendre compte je crois. Et je ne le fais plus, et c’est dommage, pour moi d’abord: parce que c’était un lieu d’existence, de présence, de reconnaissance, de valeur. Je valais dans mon détournement du douloureux et de l’inconfort, je valais ces mots trouvés, ces phrases tournées, ces consciences déployées. J’étais bon à ça. Je me suis tu. La question qu’il me reste: est-ce que je n’en ai plus besoin ou est-ce que j’en ai oublié l’audace ?

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