Mardi 1 janvier 2008

Ce moment où les voix intérieures se taisent.             Par le corps qui entend je me sens là.

Les lignes sur le sol en écho avec mes pas, entre le jeu de l’enfant et l’esthétique du sage : un plaisir simple qui ferme le sens pendant quelques instants, qui fait l’union entre l’être, son attention et son entour.

Cette beauté du rose orangé parvenu des cieux et qui frôle le sol et fait de minuscules flaques de lumière colorée autour des graviers. Et la capture du regard et l’étrange obsession des yeux soudainement. Et la photographie qu’il aurait fallu pouvoir faire, pour calmer la chose à l’intérieur.

Ce moment où la pensée se condense sur sa cible.
La minute qui rassemble toute une vie. La frustrante impossibilité de dire ça précisément.

Exactement là où il devient impossible d’être exact.
            C’est délicat.

Quelle promenade dans ce jour nouveau, dans les rues vides, les bâtiments de mon siècle, fendus par le soleil, pris dans le temps, tout ce que ça peut dire de mon époque. Là où je m’inscris, là où l’Histoire s’écrit au goutte-à-goutte et en déluges d’événements. Ici, dans cette rue, rien, la griserie du désert, de l’absence d’Hommes. Musarder en solitaire dans un paysage totalement construit sans signe de présences. Ma vie dans cette Histoire et ce petit moment où je m’inscris, je me vis vivant, je me vois et je perçois ce lien à l’humanité qui me fond dans le cours des choses, m’y efface en m’y inscrivant, et mes pas qui jouent avec les signes sur le sol, dans ce quartier sans vie pour un temps.
Et le silence dans ma tête, pendant quelques minutes du 20ème siècle, de ma trente-troisième année d’existence, à l’heure où la Terre tourne encore et se trouve toujours habitable. Momentanément, avoir la juste et délicate impression d’être quelque part sur cette planète, quelque part et pas ailleurs, et ne pas pouvoir concevoir le nombre de semblables qui cohabitent. Regarde, le nombre de balcons, un immeuble et déjà ça te dépasse. Et dans 150 ans, aucun de nous ne sera encore là.

Dans cette alcôve solipsiste surgissant les milliards d’êtres.
La perspective change quand ils sont intégrés, ramenés dans le matériau pensé.
Essayer de dire par défaut, comme dessiner des ombres qui feraient surgir la forme.
Mes pas quittent la ligne, la concentration se dilue, l’ordonnance des choses retrouve son chaos, loin de tout, parfaitement, délicatement.

par complexus publié dans : Retour au monde communauté : Les chapitres de ma vie
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Lundi 31 décembre 2007

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Les étoiles que je ne regarde plus.
Le grand air que je ne respire plus.
Les longues marches que je ne fais plus.
Les terres inconnues que je ne visite plus.
Les silences que je n’entends plus.
Les petites choses que je ne vois plus.
Les folles pensées que je ne chéris plus.
Les consciences que je ne cherche plus.
La nature que je ne contemple plus.
Les grands espaces que je ne vénère plus.
Les brises sur la peau que je ne sens plus.
Les lointains paysages que je ne découvre plus.
Les belles errances que je ne mène plus.
Les essences que je ne remarque plus.
Les bruits ténus que je n’écoute plus.
Les sentiments sacrés que je n’accueille plus.
Les aires de nudité que je ne quête plus.
Les ultimes visions que je n’attise plus.

Il me faudra les retrouver.

Les bourrasques de vent qui ne me chahutent plus, il me faudra les laisser me porter vers cette présence de la Terre, le sol sur lequel je marche, et peser de tout mon poids, pour être de retour – cette vie à laquelle j’échappe sans cesse, entre ses bras, devant le lac ou l’océan, sur les brindilles d’herbe, sous la lune, dans les bosquets, les forêts et les dunes de sable – à me délester toujours mieux du poids de ce qui a si peu d’importance et qui prend tant de place, pour appartenir un peu plus consciemment à ce dont je suis fait – mais viscéralement aussi, la place aux origines de ma présence, contre l’absurde danse – « des fois j’ai quand même le sentiment d’être à l’envers » dit-elle, les intuitions, maintenant oubliées – par les triviales nécessités d’une vie à construire, à insérer, à rendre plus confortable, plus vivable – et maintenant se remettre à l’endroit, y tendre, réessayer les visions si lucides et leurs lumières sur les odieuses facéties – la farce dans laquelle je m’enroule, la déroute, enfin… – mais être quelque part, que ça se sente surtout, que ça se fasse sentir – et puis ouvrir, garder ouvert – et encore ne pas précipiter, mais goûter – subtilement toujours mieux.

par complexus publié dans : Retour au monde communauté : Les chapitres de ma vie
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Complexus ?

  • : L'être soi en errance existentielle
  • complexus
  • : D'humeurs en états d'âmes, par les mots et les images, raconter le quotidien d'une rencontre sensible avec soi-même, autrui et le monde... Décliner poétiquement les façons dont l'identité humaine trouve son chemin dans la complexité d'une existence... En cherchant à traduire fidèlement le vécu intérieur, proposer un écho ouvert où chacun puisse entendre ses voix intimes...
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