Ce moment où les voix intérieures se taisent. Par le corps qui entend je me sens là.
Les lignes sur le sol en écho avec mes pas, entre le jeu de l’enfant et l’esthétique du sage : un plaisir simple qui ferme le sens pendant quelques instants, qui fait l’union entre l’être, son attention et son entour.
Cette beauté du rose orangé parvenu des cieux et qui frôle le sol et fait de minuscules flaques de lumière colorée autour des graviers. Et la capture du regard et l’étrange obsession des yeux soudainement. Et la photographie qu’il aurait fallu pouvoir faire, pour calmer la chose à l’intérieur.
Ce moment où la pensée se condense sur sa cible.
La minute qui rassemble toute une vie. La frustrante impossibilité de dire ça précisément.
Exactement là où il devient impossible d’être
exact.
C’est délicat.
Quelle promenade dans ce jour nouveau, dans les rues
vides, les bâtiments de mon siècle, fendus par le soleil, pris dans le temps, tout ce que ça peut dire de mon époque. Là où je m’inscris, là où l’Histoire s’écrit au goutte-à-goutte et en déluges
d’événements. Ici, dans cette rue, rien, la griserie du désert, de l’absence d’Hommes. Musarder en solitaire dans un paysage totalement construit sans signe de présences. Ma vie dans cette
Histoire et ce petit moment où je m’inscris, je me vis vivant, je me vois et je perçois ce lien à l’humanité qui me fond dans le cours des choses, m’y efface en m’y inscrivant, et mes pas qui
jouent avec les signes sur le sol, dans ce quartier sans vie pour un temps.
Et le silence dans ma tête, pendant quelques minutes du 20ème siècle, de ma trente-troisième année d’existence, à l’heure où la Terre tourne encore et se trouve toujours habitable.
Momentanément, avoir la juste et délicate impression d’être quelque part sur cette planète, quelque part et pas ailleurs, et ne pas pouvoir concevoir le nombre de semblables qui cohabitent.
Regarde, le nombre de balcons, un immeuble et déjà ça te dépasse. Et dans 150 ans, aucun de nous ne sera encore là.
Dans cette alcôve solipsiste surgissant les milliards
d’êtres.
La perspective change quand ils sont intégrés, ramenés dans le matériau pensé.
Essayer de dire par défaut, comme dessiner des ombres qui feraient surgir la forme.
Mes pas quittent la ligne, la concentration se dilue, l’ordonnance des choses retrouve son chaos, loin de tout, parfaitement, délicatement.
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