Dimanche 3 février 2008
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Y a-t-il un moment où le passé n’est plus un poids sans pour autant disparaître ? Y a-t-il un moment où la mémoire vive n’est plus une violence sans pour autant être rongée d'oubli ? Y a-t-il un moment où les liens perdus ne sont plus des cordes qui empêchent d’avancer sans pour autant s’évanouir comme d’incertains mirages ? Y a-t-il un moment où ce qui fut abandonné à l’enfance et consumait le cœur d’une éprouvante nostalgie peut revenir au creux de la poitrine sans pour autant pousser l’esprit au regret des heures anciennes ? 

  Il en faut du temps pour retrouver la place. Des tonnes de temps, des temps d’attente sans fin, des langueurs de chagrin étiré dans les années longues et sans retours. Des soifs de désert aux horizons peu sûrs, sans promesses, sans serments de vie arrangée. Parcourir inlassablement des chemins noueux et ardus sans destination connue, aux courtes haltes en de maigres aires de repos, les jambes avec toujours plus et toujours moins de forces, la tête toujours plus claire toujours plus terrassée par la lumière qui se fait, les illusions qui se défont, ne résistent pas à ce regard qui faiblit et voit toujours mieux, cet esprit qui perce avec toujours plus de faiblesse et toujours plus d’acuité son âme de feu et d’eau, d’air et de poussière, de terre meuble, aride, riche, en espoir des pluies et des vents, des graines d’un ailleurs parvenu ici, enfin. 


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        L’innocence première finira-t-elle par retrouver l’espace délivré de tous les orgueils ? Existe-t-il ce recommencement inconnu qui rappellera, sans la répéter, l’histoire la plus chère de toutes ? Pourrai-je me perdre dans les espaces vierges en compagnie d’êtres aimés, aurai-je l’occasion de revivre ces plénitudes du petit cercle qui s’élançait sur les routes de pays lointains ? Feront-elles moins mal ces images à jamais jaunies et toujours plus distantes, le jour où j’aurai reconstruit ce dont elles témoignent ? Je pressens le contraire, je pressens la violence des évocations, l’impact dans ma poitrine face aux reflets de ce qui n’est plus, mais il y aura l’infini d’une joie présente pour remplacer, soigner, guérir, vivre sans.

Ce sont ceux qui nous aimés qui nous permettent de sentir. Ceux qui nous ont tenus dans leur bras, chauffé, rassuré contre leur sein et leur haleine, parents de toujours, immortels tuteurs de notre capacité à l’affection, ce sont eux qui sont là à chaque instant où l’émotion déborde, nous emporte dans son flot de sentiments tumultueux. Il y a en nous tellement de traces, tellement d’empreintes, et ce sont peut-être elles qui nous les rend soudainement si présents, quand leurs visages d’antan surgissent, quand nos échanges d’alors font des échos si présents dans l’âme. Et quand se pose la question de devenir pour d’autres ce qu’ils ont été pour nous, au moment où le besoin d’affection pure fait naître l’image d’un petit entourage, de lien de sang et d’intime cohabitation, à recréer dans une nouvelle histoire, une descendance.

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Dimanche 3 février 2008

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C’est parfois une lutte acharnée. Phrases qui s’élancent puis se retirent, venues de différents endroits, racontant différentes histoires, mais aucune ne répond aux besoins en jeux. L’une rajoute le poids d’émotions trafiquées en affichant des images, l’autre se veut clairvoyante et fait une formule, la suivante tente de revenir là où je suis mais ne sait plus comment s’y prendre, toutes faussées par l’absence de nécessité : ce n’en est pas une d’écrire à l’instant. Ce n’est qu’un plaisir, voire un rituel, presque un automatisme dans l’heure libre et sans intention. Quand il y a nécessité, les phrases s’imposent, elles viennent de leur propre moyen, revendiquent leur place et me soufflent leur propos. Quand il y a réflexe, il faut jouer d’artifices pour trouver une semblable authenticité, une semblable profondeur, une semblable densité. Et écrire pour écrire n’est pas satisfaisant, c’est comme de parler pour parler, pour remplir le vide, faire semblant, éviter le silence, combler l’espace creux d’une fumée sans consistance, d’une substance sans matière. Je me promène alors dans mon pays d’intérieur et tente d’y saisir une présence réelle, une vraie vibration d’être, la silhouette d’un visage expressif racontant ce qui se trame dans sa personne, son histoire, son rêve. Je tombe parfois sur la réalité d’une expérience plate, informe, banale, triviale, et je dois alors – pour porter un regard honnête et être là où je suis – m’accorder à la nature de ce reflet qui dit l’une des facettes de mon voyage : la pauvre qualité de ma présence.

 
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Samedi 2 février 2008

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La violente architecture du ciel bâtie en géants de cotons, la mélancolique beauté d’une voix qui effleure des accords mineurs, la douleur d’âme travaillée d’impatience, fait un mélange confus qui m’agrippe le cœur. Je ne peux me résoudre à l’éviter, à ne pas en dire quelque chose, à ne pas la saisir et la retourner à mon avantage.

Il faut avoir mal pour changer. Il faut que ça blesse, que ça étouffe, que ça griffe. Sinon il ne se passe rien. C’est la fonction même de la douleur. J’accepte mieux l’état quand je sais que lui seul peut me fournir l’énergie par laquelle me mener là où j’ai besoin d’être. Il n’y a pas d’échappatoire : je dépends de ce malaise pour que mon désir puisse activer mes ressources d’agir. Sinon je supporte, je patiente, je continue, je mets en liste d’attente. Sans lui, le même continue. Avec lui, le différent devient nécessaire, prioritaire. J’accepte mieux et j’utilise mieux : je ne m’afflige pas de ce mal, j’en fais bon usage, je le prends en charge, je brûle son carburant, je capture son essence pour m’en faire un mouvement d’être. Mais il ne va pas cesser de me peiner pour autant, il ne faut pas se raconter des histoires.

Raison pour laquelle, je m’irrite encore et toujours autant contre toutes les idéologies, conceptualisations, conseils, jolies phrases, mythologies, citations, proverbes et maximes en tout genre qui font miroiter une joyeuse glissade toujours légère et toujours positive ou du moins paisible sur les écueils et les détours de l’existence. Et qui pullulent et polluent nos espaces en tous genres. De leurs belles pattes blanches et traîtresses ou naïves, nous empêchant d’être au plus près de l’expérience de vie.

 
par complexus publié dans : Retour au monde communauté : Etre pour les autres.
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Vendredi 1 février 2008
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Besoin de l'afficher pour le tenir.
Il faut que je m'absente un moment.
Pour d'autres priorités.
L'afficher pour m'aider à résister.
Une semaine de pause serait bien.
En attendant, tu mets plus les pieds ici s'il-te-plait.
Je veux même plus te voir, ni entendre parler de toi.
Tu m'oublies pendant une semaine, t'entends ?!
On s'est bien compris ?

Euh... Je vais essayer...

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Jeudi 31 janvier 2008

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J’ai vu les jeux de lumières sur les façades des immeubles, scindant en grandes traces rectilignes, d’un trait sûr, le haut du bas, la face est de la face ouest, et contre le bleu du ciel, les couleurs exagérées et les ombres puissantes faisaient de non moins puissants et exagérés appels d’âme. J’ai vu dans les grandes rues, des lignes de fuites joliment rejointes au loin, parsemées de silhouettes et d’engins se déplaçant dans toutes les directions, manifestement pointées vers des buts relativement certains. J’étais inquiet d’arriver là où je me rendais, principalement, sauf au moment où j’ai pris conscience de la fraîcheur de l’air dans mes narines et sur mes mains, et aussi quand j’ai levé la tête et que mes pas ont ralenti sous l’effet d’une stupeur d’extase, c’était beau ce que je voyais, je crois que c’est une explication plausible à mon ralentissement. J’ai vu le sol couvert de goudron, de bitume, d’asphalte, partout autour de moi, sur la rue, le trottoir, au pied des tours et des maisons, et je me suis demandé un instant ce que mon corps aux gènes préhistoriques en pensait, s’il pouvait se sentir fondamentalement bien dans cet environnement ou si, au contraire, il ne pouvait qu’y trouver l’asphyxie et la soif brutale d’autre chose. J’ai vu sur la fourre d’un disque un bord de mer aux terreaux couverts de mousse verdoyante, surplombé d’une brume diaphane et légère, j’ai entendu la musique dans ma tête et je me suis dit que l’image et la musique se mariaient bien, puis j’ai essayé de me rappeler la dernière fois que j’ai vu la mer. Je me suis encore demandé si ce n’est pas une autre histoire de jouer d’un instrument dans un lieu pareil, si ce n’est pas immédiatement plus authentique, si l’expression ne trouve pas plus facilement sa place, et j’ai senti comme une tristesse dans la poitrine – je me suis dit que peut-être mon corps essayait de répondre à ma question, et j’ai pensé qu’il était affirmatif. J’ai vu plusieurs centaines de personnes, répandues un peu partout dans la ville, j’en ai reconnu deux avec lesquelles j’ai parlé un moment, une au milieu des frissons dont le froid la faisait tressaillir et s'impatienter, l’autre à travers la faiblesse de son sourire et de sa voix qu’une tristesse secrète exprimait, sinon les autres je ne les connaissais pas et nous ne nous sommes rien dit. J’ai vu la femme qui ne me salue presque jamais et fait toujours une drôle de tête, celle à laquelle j’ai ouvert la porte hier pour lui éviter d'avoir à tappoter le code de nos misérables sécurités, et je me suis demandé pourquoi elle me souriait et me disait bonjour aujourd’hui - j’avais mon idée. J’ai vu encore beaucoup d’autres choses aujourd'hui, mais ça en ferait un peu trop, on ne peut pas passer son temps à raconter ce qu’on a vu, sinon on ne voit plus rien.

 
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Mercredi 30 janvier 2008

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Etrange comme l’équilibre peut rompre du jour au lendemain. Hier était fait d’immersion totale, d’agir inlassable et joyeux, dynamique et avançant. Aujourd’hui est fait de retraite et d’observation, d’intimité recueillie et rentrée. Hier j’avais le monde à portée de main, aujourd’hui ses exigences sont hors de mon désir, je n’ai d’yeux que pour les ondes bleues qui animent ma pensée et étourdissent mon cœur. Si je m’offre la permission de n’être qu’à ma plume et mes cordes, si je hausse les épaules sur cette drogue liquide dont je m’abreuve frénétiquement, mâchant ma langue entamée par le grain terreux des graines brunes, si j’accepte la distance qui s’est installée entre ma personne et son alentour de liens et d’obligations, si je ne juge pas ce refus dont je ne comprends pas les ressors mais qu’exprime mon être, alors je me livre entier et sans reproche à son inertie, son mode discret de présence et d’agir, ses outils transparents qui œuvrent sur un matériau que ma culture ne valorise guère, sinon en faisant semblant et en le parant de paillettes qui n’ont rien à voir avec sa nature, oui je me livre docilement à mon absence même si je la sais n’être pas de la meilleure efficience pour parvenir au territoire convoité, mais dont je peux considérer la visite comme un détour qui fait sens.
C'est peut-être moins un équilibre qui rompt qu'une bascule de l'équilibre. Un refus soudain de tous les falloir, qui oblige à l’acceptation d’une imparfaite adaptation aux circonstances, d’une inhérente imperfection – humaine ? Hier j’étais tout dehors, aujourd’hui je suis tout dedans. Hier j’étais d’une joie enfantine et conquérante, j’avais la confiance et l’assertivité, les gestes lancés sur la cible désirée dépassaient ma volonté et me portaient comme contente victime de leur allant. Aujourd’hui je suis d’une joie tragique, pétrissant de mes mains de ciel la poésie qui me colonise et abruti mes intentions, toile d’araignée dans laquelle je suis pris et ne peux qu’observer les choses, depuis ma prison de soie contempler avidement les infinis royaumes de liberté qui sont là, tout près, si loin.

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Mercredi 30 janvier 2008

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Etrange besoin de rester là. Etrange et subtile teinte sentimentale qui retient dans l’espace du rêve et de la tendresse, qui appelle à la poésie et plonge le regard dans les profondeurs de l’âme. Nulle autre envie que l’écoute de ce murmure intime, indisponible aux mondanités, aux tâches, pressé à chaque instant de se retirer dans la bulle de ouate et de sanglots doux. Chanter ou écrire, promener le corps dans la nature sauvage, capturer en rectangulaires images des suggestions de formes qui disent l’éprouvé, le ressenti de la beauté perçue. Enfiler la robe de musique et danser avec son cerceau de joie dans l’ivresse d’une épaule contre ma joue. Juste là, dans ce lieu qui nous préserve de tout, encore et encore, tourner et virevolter immobiles, c’est l’esprit qui s’enroule et fait des boucles, s’envole dans le tourbillon de mélancolique gaieté, sur les hautes portées d’innocence retrouvée. Seulement m’apaiser dans les bras d’une aimable délicatesse, pour que la dérive m’emmène loin de la trop rude surface qu’il faut pourtant habiter aussi. M’éloigner, revenir, partir, retourner, être là maintenant pour répondre à l’appel de ces voix qui m’ensorcellent, ne plus résister, parce que je peux. M’abandonner aux chants dont je ne comprends pas le langage, sauf qu’ils m’invitent à les écouter encore et encore, et je sens mes muscles se déployer et s’enrouler autour de mes os et je me sens vibrer et je n’imagine pas ce tressaillement auquel je décide de me livrer complètement, parce que je peux, parce que je sais la délivrance, le souffle, l’espace retrouvé. Quitter puis se rapprocher, même au loin entendre aujourd’hui cette mélodie des tréfonds qui me poursuit, a passé sa corde sur ma poitrine et me sert et me tire vers elle, succube à laquelle je succombe sans peur, comme je me laisserais envahir par la présence désirée. Il y a comme un poison dans l’air, un gaz d’opium qui me désintéresse de toutes les occupations risquant me séparer de cette humeur, m’empêchant de respirer à plein poumon cette odeur suave aux relents poétiques, remugle d’une lointaine mer dont les remous me happent et me tirent au large, sur un radeau de plaisance, un joyau d’aisance à sentir, sentir et sentir encore, saoul d’impressions, de ces petites vagues sur lesquelles mon embarcation vogue indolente, saoul d’impressions à retenir au creux de soi.

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Mercredi 30 janvier 2008

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Au milieu de la grise atmosphère aux reflets céladons, recevant les paillettes transparentes et humides d’un brouillard descendu, l’être ferme les yeux et sent contre ses tempes des brises contraires. Dans un silence de plaine, au creux de basses montagnes, il cherche à repousser la pâle limite des brumes par la rêverie de son regard habité. Tout comme la frise de ces toiles servant à se protéger du soleil, il se laisse bercer par les courants d’airs qui l’enserrent et le bousculent. Rester là, immobile à jamais, dans cette plénitude qui l’imprègne tout entier. L’emmener avec soi en toutes saisons, hors toutes frontières, par-delà tous continents, pour ne plus quitter ce contact frêle et intense, ce petit point de rencontre où la vie se fait si présente qu’il semble difficile de lui échapper.

            Vagues soulevées de vent.
            Balancement souple des branches.
            Perceptible dialogue terrien.

Avant le retour à l’antre inspiré, il y a comme une indifférence.
Puis, l’approche déjà séduit, évoque ce qui fut perdu dans la nuit.
Bientôt l’évidence frappe au front, s’impose et règne paisible.

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Mardi 29 janvier 2008

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Les ajustements ont rehaussé d’un ton ma détermination. Auparavant, il y avait l’en-deçà, l’indolence des plaisirs trouvés en occupations privées, intimes, créatrices, solitaires, sur soi retournées, puis il y a eu le débordement, la colère, la sommation et la menace, à vouloir se perdre volontairement hors du terrain de confort pour lui échapper, s’extraire de ses mains trop gentilles. De ces pognes qui, à force de vous aider ne vous aident plus du tout, parce qu’il n’y a plus de raison de se prendre soi-même en main, d’agir, de faire sa vie. La posture d’assisté a sa vertu et sa perversité.

Je fais un saut plus loin. En portant le poids du handicap d’autrui, ne lui empêche-t-on pas d’apprendre à se porter seul ? Ne lui interdit-on pas de construire l’estime à se considérer capable, l’image d’une intégrité humaine s’étant approprié son existence ? Si une aide ne vous apprend rien, si elle ne vous apprend pas à se passer d’elle (tant que cela est possible), est-elle bien une aide ? Quand on fait les choses à votre place, il y a le temps de l’accord parce que ça vous arrange et que vous ne voyez pas ce que vous y perdez d’indépendance, voire d’amour-propre, et il y a celui du sentiment de viol parce que vous devinez qu’on vous retire la possibilité de faire une expérience nécessaire à votre accomplissement personnel. Celle qui permet de tisser un lien de responsabilité entre les gestes effectués et l’équilibre trouvé. Selon toutes vraisemblances, l’être a ce besoin fondamental de pouvoir se sentir l’acteur de sa vie, celui-là même qui lui est retiré dès qu’un soutien le contient dans une relation de dépendance figée au lieu de lui servir de tremplin pour un ailleurs dégagé des ressources d’autrui. La relation d’aide se distingue parfois difficilement d’une relation de pouvoir. Je te tiens, je te possède, je te contrôle dans ta servitude à mes services. Ainsi, l’aide digne de son intention ne devrait-elle pas consister à un accompagnement vers une aire d’agir délivrée de sa présence ? 

Maintenant, après l’aisance roucoulée et le rejet courroucé, il y a un entre-deux, l’usage intelligent aux fins dévolues de ce qui m’est proposé. Le plein profit d’une aide qui n’en est vraiment une qu’au moment où je l’utilise strictement dans le but de m’en passer. Je me sens mieux, plus rond, plus habité d’un dessein mieux dessiné. Et c’est bien lui qui manquait à cette saisie intérieure : le dessin d’une destination qui fasse assez sens pour s’incarner et mobiliser mon être. Le temps passé est le temps qu'il fallait pour arriver là.

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Lundi 28 janvier 2008

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La petite tache orangée qui voile la fenêtre d’en face me dit au-revoir.
Au-revoir pour ce jour presque passé.
Gentiment, elle me salue, elle salue tous ceux qui la regardent.
C’est un salut tendre et rêveur, elle s’enfonce dans un sommeil lointain, une torpeur des horizons évanouis. Je la rejoindrai bientôt, dans quelques heures, dans les songes de ma propre nuit, orangée sous le voile de mes paupières baissées.

Je la regarde partir, lentement, sans hâte, elle s’estompe dans la lumière mourante. C’est une chanson pour les yeux, un souffle de paisible alliance au monde répandu sur le cœur sensible, c’est un peu de beauté, quelques gouttes de joie dans le ciel délivré. J’entends, j’entends cette longue note qui emplit le crépuscule et embaume nos âmes endolories ou rassérénées. La mienne est étrangement quiète, profondément sereine dans ce bain de lumière mordorée, souriante, souriante, si calmement souriante mon âme. Sur fond de sables mauves, elle joue avec l’humeur qui l’enveloppe, une humeur qui consolerait tous les cœurs du monde, si profondément et intimement aimable. Les corneilles flottent dans les teintes fluides qui emplissent l’atmosphère comme mon esprit se promène dans cet espace luminescent à la carnation irréelle. 

La lumière a posé son dernier baiser mélancolique sur son reflet, aux lèvres sur mon front si tranquille, reposant les lancinantes inquiétudes, ôtant tous les poids fuligineux, emportant dans son voyage les fardeaux invisibles. C’est aussi le lieu où tous les gestes de la journée viennent déposer leur histoire, raconter en silence la satisfaction qu’ils m’apportent à l’instant même. Tandis que le ciel échange ses lueurs majestueuses et troque ses apparats hiératiques contre le coffre scintillant de la nuit étoilée, je suis le petit Homme qui se sent content de sa journée, qui la regarde et la salue avec tendresse, d’un sourire complice, gros de sentiments doux. 

Dans l’ultime rougeur vespérale, je jette un dernier regard sur les petits échanges qui m’ont rendu présent, combien j’ai aimé recevoir les réponses données, simples témoignages de ma réalité sans lesquels je m’étiole dans les vapeurs du jour détruit. Quelle caresse ce soir, quelle merveilleuse caresse, si souriante mon âme, dans le bleu-nuit d’un temps qu’il me fut donner de vivre.

par complexus publié dans : Retour au monde
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Complexus ?

  • : L'être soi en errance existentielle
  • complexus
  • : D'humeurs en états d'âmes, par les mots et les images, raconter le quotidien d'une rencontre sensible avec soi-même, autrui et le monde... Décliner poétiquement les façons dont l'identité humaine trouve son chemin dans la complexité d'une existence... En cherchant à traduire fidèlement le vécu intérieur, proposer un écho ouvert où chacun puisse entendre ses voix intimes...
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