J’avançais dans la nuit naissante, poussé par les vents du sud, les vents chauds des continents d’autres méridiens. A l’orée d’un nouveau sommeil, une vache s’arc-boutait contre le barbelé de son champ pour grappiller, de l’autre côté, quelques brins d’herbes, plus verts peut-être, plus juteux, plus désirables de cet effort qui griffait son cou peut-être. Le vent s’arc-boutait contre moi pour me faire plier sous le poids de son voyage, son expérience, l’expérience de celui qui a traversé les continents, à moins que ce ne fût moi qui m’arc-boutait contre lui pour imposer mes misérables forces, mon expérience d’Homme qui brave le vent. A moins que nous nous appuyions les uns contre les autres pour se tenir réciproquement debout, avancer, subsister, chaque force grandissant au contact de l’autre. Au loin les luminaires d’une ville s’enfilaient entre les hautes montagnes, petites lumières, vacillantes, misérables et impressionnantes, s’enfilant doucement dans la vallée qui glissait entre les montagnes, mastodontes d’imperturbable contenance. Pendant ce temps, sous le ciel aux eaux turquoises, les vaches broutaient une herbe bleue, une herbe de nuit, et le vent les avait libérées des insectes, mais il ne libérait pas l’Homme de ses inquiétudes, qui soufflaient sans fin jusque dans la vallée de ses côtes, tenant sous leurs vagues l’océan puissant d’une force bleue, une oppression sur son cœur, un poids sous ses épaules aux forces misérables, un poids de vent, un poids de montagnes, un poids du temps, toutes ces pesanteurs arc-boutées sur son cœur vacillant. Sous le ciel turquoise, ses yeux se fermaient sans pouvoir reconnaître la couleur du ciel, mais en y voyant les abysses insondables d’une nature à laquelle il ne pouvait appartenir qu’en étant le plus mince, le plus fébrile, le plus misérable des brins d’herbe, ployant sous le vent, sous le ciel des vaches, ainsi seulement pouvait-t-il appartenir à ce à quoi il ne pouvait échapper. Au loin, dans sa luminosité pitoyable, continuait de s’enfoncer, dans la nuit et entre les montagnes, l’agitation des Hommes, pâle phosphorescence de la ville luttant de ses forces vives contre l’encre noire du ciel qui perdait ses dernières lueurs, entre vert et bleu. Il y avait dans ce spectacle, la manifestation la plus commune à travers tant de continents, des forces grandioses se mesurant au seuil de la nuit, mais sous lesquelles l’âme humaine ne pouvait que s’arc-bouter pour tenter de tenir debout, pour ne pas céder, sans s’éteindre comme une ultime lueur dans l’obscurité naissante.


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Lundi 24 août 2009

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Je ne sais pas ce qu’il y a eu, mais quand je me suis arrêté à la frange de la montagne, dans l’alcôve de branches et de feuillages qui donne sur la plaine, je ne sais pas ce qui s’est passé là, insidieusement, ce n’est pas venu d’un coup – rapidement mais pas d’un coup – je me suis assis, couvert de sueur, mes habits épongeant ce qui semblait être un litre d’eau, je me suis assis sur une pierre, en face de la plaine et dans ce paysage mon regard s’est un peu perdu, dans le vague comme on dit. J’ai eu, non pas subitement, mais en quelques minutes à peine, le regard qui se perdait dans le vague du lointain, tandis qu’en moi des forces se défaisaient et que mon cœur commençait à éponger des litres de sang bleu. Les yeux dans le vague, le vague à l’âme, je regardais depuis la pierre où reposait mon séant, je regardais sans vraiment regarder la plaine qui s’étendait devant moi, pleine d’une étrange tristesse. Une tristesse préhistorique, c’est l’expression qui me vient. Nous ne serions pas descendus des arbres pour nous diriger vers la savane, nous nous serions plutôt longuement promené dans les eaux, les marais, les évidences s’accumulent et expliquent mieux l’épiderme nu, la graisse sous la peau, la marche sur deux pattes, la parole nécessitant la contrôle conscient de la respiration, que seules les espèces aux prises avec l’art du plongeon aquatique possèdent. Les évidences s’accumulent mais moi je suis au milieu des arbres, au-dessus d’une grande plaine d’allure préhistorique, et rien ne m’indique la raison de mon trouble. Il faudrait faire des recherches, investiguer le terrain, relever les différentes couches, analyser les sédiments, et peut-être saurais-je maintenant ce qui m’a pris là-haut, tandis que j’avais le séant tranquillement posé sur une pierre d’un autre millénaire et la sueur dégoulinant de mon front, emportant le sel qui fut peut-être produit par les océans qui couvraient autrefois ce monde sous me regard éperdu. Ca me ferait une belle jambe. Des centaines de milliers d’années, pour faire cette jambe, une réponse pour me la faire belle, mais je m’en fiche, à vrai dire, j’ai le cœur gros, imbibé de sang, il a pompé toute la sueur de mon âme et le voilà gris. Je m’en tape de la réponse, ce qui compte c’est cette tristesse vaste comme la plaine qui s’enfonce dans la forêt de mes pensées, parcoure mes veines, me rend lourd, cette tristesse qui me fait pierre parmi les pierres, et inquiet, comme le vent et ce vertige devant le vide qui m’attire, le vide qui m’attire de toute ma lourdeur pierreuse vers la plaine qui sans doute fut une savane après avoir été un glacier, après avoir été un océan. Elle compte cette tristesse, elle compte plus que la réponse, parce que c’est elle la réponse, la réponse se trouve dans la tristesse même de ma nature préhistorique, sur cette pierre où je me suis arrêté pour souffler un coup, et où c’est un coup de souffle que j’ai récolté, homme sans âge pris comme mes frères préhistoriques par l’émotion qui faisait plonger leur regard dans le grand vide de nos angoisses primitives.

 

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Samedi 22 août 2009

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Quelque chose n'allait pas ce matin. J’ai senti, sur le chemin, à l’aube, que la solitude avait passé les bornes. Fallait que je lui mette des limites, et sans tarder. J’ai causé un moment avec une imaginaire demoiselle – pas tout-à-fait imaginaire d’ailleurs. Mais ça n’a fait qu’empirer la chose, la chose de solitude. Il y avait mon ombre devant moi, et je voyais bien qu’elle était entourée de lumière, indéfiniment, complètement, plongée ainsi dans un océan de lumière pas très rassurant, j’ai bien vu ma solitude, là-dedans, se refléter dignement, follement. Je sentais se déréaliser toute ma contenance d’Homme, les bornes de mon corps s’étioler dans la lumière, le dehors et le dedans confus de ne plus savoir se distinguer. Je me suis senti disparaître, dans cette ombre, ou dans cette lumière, me suis senti disparaître, devenir flou dans la confusion qui me gagnait, perdre les contours nets de mon ombre, me diluer dans le paysage, me perdre dans la lumière folle. La demoiselle imaginaire n’y pouvait rien faire, manifestement. La demoiselle réelle aurait sans doute pu y faire quelque chose. Elle n’aurait pas eu grand-chose à faire d’ailleurs, être là aurait suffit, dessiner son ombre sur le sol, devant nous, et la mienne aurait pu se reposer un peu contre la sienne, assurer ses frontières contre celles de sa complice. Mais ce n’était pas le cas, et je me sentais défaillir devant le totem sombre de ma solitude, l’emblème ombreuse de ce qui devenait tout d’un coup insupportable, vaguement dangereux. Je perdais le sentiment de ma réalité, et ça ne présageait de rien de bon. C’était le signe qu’il fallait me détourner de l’ombre, revenir face au soleil, et retourner au monde des vivants, au monde des ombres qui se touchent et se soutiennent. Les ombres portées. Les ombres visibles. Sensibles. Les ombres qu’on peut toucher, si bien que la nôtre se réalise, devient réelle dans la reconnaissance d’une semblable. J’ai tenu bon, pourtant, avançant avec précaution, retenant l’angoisse au creux de ma poitrine pour l’éviter de déborder, la retenant au centre de mon corps comme ultime repère, comme ultime assurance de mon consistance d’Homme, bien réel dans sa chair, vibrante d’une angoisse qui tire la sonnette d’alarme et veille au grain – au grain de folie –, dresse entre la folie et ce corps un grillage de sensations qui grésillent comme un grillage sous haute tension. J’aurais pu faire demi-tour aussitôt, mais quelque chose voulait jouer sur ce fil tendu au-dessus de l’abîme, funambule grisé par son vertige, Homme vibrant de sentir la fragilité de sa consistance, aux portes d’un royaume de folle lumière où toute silhouette n’est plus qu’un spectre diaphane et irréel. J’étais loin de tomber, mais je pouvais sentir la corde sous mes pieds, tendue, oscillante, fine tranche de solide sur laquelle ma vie tenait en équilibre, ligne de survie sans filet de secours, si drôlement fidèle à la réalité de l’occasion qui m’est donnée d’être là, marchant avec la perche de mes significations entre les mains, équilibriste sur le fil de mon existence.

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Jeudi 20 août 2009

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Toujours la mort, ici. Toujours la mort sur le chemin. Ma mort pour être exacte. Je me la prends de plein fouet, toujours sur ce chemin. Toujours elle me vient en pleine face, ma mort, lorsque je marche sur ce chemin de mon enfance. A chaque fois, elle se rapplique, elle ne manque jamais le coche. Va savoir pourquoi. Je marche tranquillement sur ce chemin que j’ai tant de fois foulé de mes petits pieds d’enfance, et peu à peu une voix monte en moi, une voix du fond des âges, une voix sans âge, et je me mets à parler à voix haute, à haute et intelligible voix on peut m’entendre parler sur le chemin, tandis que je marche doucement. Ce n’est pas que je choisisse de parler, c’est plutôt qu’une voix, cette voix dont j’ai parlé, vient s’articuler dans ma bouche, et toujours elle finit par me parler de la mort, de ma mort spécifiquement. Elle me l’amène sur un plateau, elle me la présente, sans crier gars, sans autres formalités, elle me la présente immanquablement, à chaque fois que je viens marcher ici, et je n’ai rien à dire, je dois seulement accepter de prendre la gifle que ça me fait, de me la prendre en pleine gueule, cette mort à laquelle je pense à d’autres moments, mais qui jamais ne vient comme ça en toute force, impériale, hiératique, dévastatrice. Ce n’est pas que je n’y pense jamais, à ma mort, j’y pense même sans doute un peu trop, inutilement je veux dire, mais c’est que là, sur le chemin où mon enfance s’est tant de fois promenée, elle ne me laisse pas le choix de penser à elle : c’est elle qui pense à moi. Elle m’engloutit dans sa pensée, elle me digère déjà, elle m’avale tout cru. Et cette voix caverneuse, du fond des temps, elle me raconte encore une fois ma mort, sans détour, sans enjoliver, sans fioritures, elle me montre à quoi ça ressemble, ma mort, le monde sans ma vie, le monde sans moi, le monde avec ma mort sur les épaules, qui ne pèsera pas grand-chose, qui s’enfoncera dans cette terre qui m’entoure de partout, sur ce chemin où je suis si petit, au milieu des champs immenses, des collines infinies, vaste cimetière où la voix m’enterre déjà, encore une fois. Je vois bien qu’elle ne pèsera pas grand-chose, cette mort dans le monde, cette absence perdue dans la terre des champs, dans l’air des cieux, ma mort sera la mort de tout le monde, et les épaules de la vie n’en seront ni plus lourdes ni plus légères. La vie respirera d’autres souffles, ni plus ni moins. Je meurs à chaque fois que je passe là. Ca ne manque jamais. Elle ne me rate pas, ma mort, dans le coin. D’une fois à l’autre j’oublie, je m’oublie, et le cirque recommence, je m’engage naïf comme l’enfant d’autre fois sur ce chemin tranquille qui passe entre les champs inoffensifs, et j’en prends encore une fois pour mon grade, la voix monte, il est déjà trop tard, il faudrait courir dans l’autre sens, rentrer en vitesse, mais je suis comme hypnotisé, la voix sourde et m’emmène tout droit vers celle qui me tend la main, la bouche grande ouverte, impatiente de m’avaler, encore une fois.

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Mardi 18 août 2009

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Marcher la tête pleine de pensées, de ruminations stériles, absent à tout, à moi, au paysage, au ciel. Pas envie d’être là, ni nulle part ailleurs. Emprunté dans ma peau, emprunté par la moindre décision, emprunté d’avoir à exister, d’avoir à faire quelque chose de ce temps, de ce corps. Depuis la première heure de ce jour, rien n’échappe à la contrariété diffuse qui assiège ma présence. Pourtant, à travers le cadre d’une fenêtre ouverte, inattendues, quelques secondes de joie, de joie pure, pure et claire, quelques secondes légères, sans poids, au moment où l’air frais entré par la fenêtre se mêle à la vue du champ sauvage sous le ciel sauvage, quelques secondes suspendues, d’étonnement naïf à recevoir la fraîcheur de l’image, la beauté de l’air. L’enchantement qui me soulève le cœur le temps d’une respiration, deux ou trois secondes sans pensées, dans l’étonnement candide qui efface, le temps d’un virage, toutes les voix de mon humeur. Une fenêtre dans le vase clos de mon trouble, une brèche qui ne mène nulle part mais laisser entrer, le temps d’un virage, la lumière, le silence, la beauté. Une lame de lumière qui fend d’un instant tout le remugle de ma tête, empruntée dès l’éveil, emprunté de tant de pensées inutiles, tournant en rond autour de cibles confuses qu’elles n’approchent jamais, péniblement tournées vers l’absurdité de leur manège dont rien ne les tire. Sauf les sensations soudaines qui m’ont enveloppé dans ce virage bref où j’ai tourné la tête vers le dehors, embrassant sans m’y attendre la brise claire et la peau du paysage, embrassé en retour, sans m’y attendre, par cette joie courte et profonde qui a étouffé brièvement toutes les choses empruntées de ma présence. Et s’il ne doit rien rester de cette matinée confuse, tant le voile de pensées m’a coupé du monde, il pourra cependant rester, comme résumant tout ce que j’ai vécu ce matin, cette image parfaite, ce soulèvement bienheureux qui n’a duré qu’un virage, le temps que mes mains poussent le volant puis remettent les roues dans l’axe de la route, tandis que je tournais la tête vers l’herbe caressée par le vent, sous le soleil posé sur la dune ronde, le temps de rencontrer avec plénitude les éléments simples du dehors, mariés quelques instants aux éléments simples du dedans, l’occasion d’une connivence élémentaire où les secondes se sont figées dans l’apesanteur d’une éternité, creusant un espace sur lequel les heures semblent désormais glisser sans prises.

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(Emprunté ainsi, je cherche en croyant pouvoir trouver un lieu, une occupation, qui me sorte de cet état. Mais je me dis, marchant là où j’aime tant marcher, que ce lieu et cette occupation n’existent peut-être pas, qu’il y aurait plutôt à se recevoir dans ce mal être, cet être en mal de lui-même, indisposé à tout ce qui se propose, indisponible à tout jusqu’à sa propre présence. Embarrassé jusqu’au bout des ongles d’avoir à se tenir dans la vie, à composer avec la désagréable étrangeté qu’il porte en lui et qui l’insupporte, dont il voudrait pouvoir se débarrasser, se détacher, quand bien même elle fonde la réalité même de son être au monde actuel : indisposé d’y être.)

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Dimanche 16 août 2009

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J’attends. Non, ce n’est pas moi qui attends. C’est mon être. Ce n’est pas ma décision d’attendre. Ma vague décision, c’est de me soumettre à cette attente dont mon être est tout entier rempli. En attendant, je ne fais rien. Entendons-nous, ce rien n’est pas tout à fait rien, c’est un rien relatif. C’est-à-dire que je fais des choses, en réalité. En réalité je m’active à faire des choses qui ne concernent pas cette attente, cet être en attente auquel je me suis soumis – on pourrait dire accordé. Je préfère dire accordé – c’est qu’en me soumettant à cet être, je suis souvent obligé de constater que je finis par être plus accordé à moi-même. Bref. J’attends donc, en faisant des choses. Des choses que mon attente supporte, auxquelles elle s’accorde devrais-je dire. Je ne fais rien parce que ce que je fais n’a pas d’importance : je m’occupe, jusqu’à ce que l’attente finisse. Les choses pratiques présentent cet avantage de pouvoir être faites en ayant la tête ailleurs, en ayant l’être en attente, par exemple. Une chose, cependant, parmi celles que je fais par défaut (puisque je ne peux m’intéresser aux choses importantes de mon existence, du moment où je me suis accordé à cette attente – toute entière concernée par les choses importantes de mon existence) une chose, où je trouve la vérité de mon être, une chose cependant est importante : marcher. Je marche. Longuement, dans l’herbe, sous le soleil, entre les arbres, au milieu des oiseaux, à côté des ruminants, je marche. Et tandis que ces derniers ruminent l’herbe que je foule de mes pas plein d’une sorte d’importance, je rumine pour ma part le silence dont mon attente gouverne mon esprit. Et je dois avouer, tristement – c’est-à-dire que c’est avec une certaine tristesse que je me fais cet aveu – je m’avoue que ce silence que je rumine gouverne ma pensée : je ne pense pas à grand-chose. Je ne pense à rien. A rien d’important en tout cas. Ce qui est important pourtant, c’est de marcher, je sens cela de façon diffuse, il me faut marcher, marcher me fait du bien, confusément je devine que marcher me fait du bien. J’ai une théorie à ce sujet : marcher empêche mon corps de s’installer dans la même attente que mon être. C’est une théorie qui vaut ce qu’elle vaut : pas grand-chose (qui donc à vu le corps en mouvement ne pas être, même mortellement), une théorie qui ne vaut pas grand-chose. Mais je la trouve jolie, et cela lui confère, à mes yeux, sinon de l’importance, du moins une certaine valeur. L’élégance d’une théorie est toujours importante (ce n’est pas Einstein qui me contredirait, un alibi qui a son importance). D’ailleurs, avec ou sans théorie, j’avance. Bravant l’attente, le silence et les choses sans importance, bravant de mon corps en mouvement l’immobilité de mon être (c’est une façon de parler, qu’on se le dise), j’avance, coûte que coûte. Et ça ne me coûte pas grand-chose, d’avancer en marchant, ça ne me coûte rien à vrai dire. C’est en tout cas ce qui me coûte le moins. De l’ensemble des choses que je fais en attendant que l’attente cesse, c’est de marcher qui me coûte le moins. D’ailleurs, quand je pourrai à nouveau m’occuper des choses importantes de mon existence, quand l’attente s’en sera départie, quand mon être sera sorti de l’attente et que je me serai accordé à sa nouvelle disposition, je continuerai de marcher ainsi, là où chaque pas est important et où s’accordent les mouvements de ma vie.

 

 

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Vendredi 14 août 2009

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