Dimanche 27 janvier 2008

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Il avance le temps, il me vieillit, toujours, inlassablement. Jamais il ne fatigue ni ne se repose, jamais il n’hésite. C’est si naturel pour lui, ce lent, pérenne et fluide écoulement dont je ne saurai jamais remonter le courant, auquel je ne pourrais résister un seul instant. Je le pense et aussitôt il m’échappe, il contient le mot que je cherche pour le décrire et le repousse sans cesse plus loin, enveloppé dans son mouvement invisible, invincible. Rien ne bouge, à peine mes mains sous mes yeux, la musique évanescente, trois merles, sinon rien ne bouge et c’est peut-être là qu’il se rend visible soudainement. L’immobilité des choses révélant la force qui les travaille sans relâche, fait son œuvre de vie et de mort. Que sont ces frissons qui parcourent mon corps ? Quel est cet état d’interrogation sans fin ?

 

Ma présence dans la durée.
Depuis mon crâne frayant la voie vers la lumière.
Jusque l’à venir d’un choc avec l’ultime  limite de mes ressources.
Une continuité si discrète, si difficilement perceptible, finalement imaginaire, bien que vécue.
 

C’est cet endroit que je connais.
Nul autre.
Mon corps, ma conscience.
Pétri d’une somme d’instants et de leurs singuliers matériaux.

Le nombre de secondes qui gisent là.
Entassées, cumulées, mélangées, concassées.
Les voix, les visages, les noms, les peaux.
Les lieux, les distances, les déplacements.
Les rencontres, les séparations, les accidents, les guérisons.

Dans le vase sans fond, ces phrases tombent et s’empilent sur les corps de l’ombre. Brièvement, elles éclairent mon esprit, passent comme un fil de sens dans l’esprit de quelqu’un d’autre, puis vont se perdre dans les monceaux infinis des fragments d’hier. Au moment où je les articule, elles créent l’espace dans lequel je peux trouver un sens d’être. En délimitant une frontière dans la matière informe du vivant à l’aide de leurs artifices, je m’offre un territoire d’existence, et je le cherche aussi riche de sens que possible en trempant mes mains dans la matière noble du temps poétique, du temps humain, du temps nommé temps par l’Homme, bien qu’il ne soit pas si simplement définissable, préhensible, appréhendable. Pauvres de nous qui pressentons, devinons et concevons l’immense sans pouvoir le sentir ni le voir.

par complexus publié dans : Retour au monde communauté : Etre pour les autres.
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Vendredi 25 janvier 2008

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Il y a ces jolies phrases, par exemple « la vie est faite d’obstacles ». On vous annonce que la vie ne surgit pas au-delà d’adversités perçues comme des empêcheuses de s’asseoir au plaisir, elle est dans ces écueils que l’on s’imagine coupables de nos humeurs et qui ne sont que faux prétextes à la bile. Jolies phrases, pour en reprendre un exemplaire comme il m’est arrivé, le voici :

 « Pendant très longtemps, il me semblait que ma vie allait commencer. La vraie vie. Mais il y avait toujours des obstacles le long du chemin, une épreuve à traverser, un travail à terminer, du temps à donner, une dette à payer. Puis la vie commencerait. J’ai enfin compris que ces obstacles étaient la vie. »  

Dans mon expérience, cette phrase sonne à la fois terriblement juste et terriblement fausse. Prendre conscience que la vie est tissée d’emmerdements revient à en concevoir la nature véritable – quoique parcellaire. Mais ces obstacles ne deviennent jamais pour autant des écueils tout-à-fait digestes sous prétexte qu’ils font partie de la vie : non, ce sont bel et bien des emmerdements, et malgré l’impolitesse du mot, il est encore assez sympathique par rapport à son potentiel d’indélicatesse. Or ne pas les vivre comme tel, comme de véritables emmerdements donc, pourrait bien revenir à passer à côté de la vie, précisément. C’est tout le paradoxe, et c’est probablement de là que me vient cette double impression. Parce que, peut-être en raison du contexte dans lequel ce message m’est arrivé, il a une forte odeur d’opiacé : diaporama au panache de subtile panacée censé vous rendre la vie plus légère, une fois pour toutes. Mais elle ne l’est pas – pas que je sache. Une phrase de Georges Haldas me revient, à peu près du moins : « Libre à chacun de ne pas prendre la vie au sérieux, mais elle ne manquera pas de prendre chacun au sérieux, elle… » C’est moins séduisant, pour sûr, mais ça a de la gueule je trouve. Encore faut-il préciser que léger n’est pas synonyme de superficiel, de même que sérieux n’est pas nécessairement synonyme de grave ou componctueux, ni de chiant et encore moins d’incapacité à la légèreté – bien au contraire. Il y a une profondeur de la légèreté, de même qu’il y a une grâce et une fluidité du sérieux, sinon un certain rire.

Plus je pense cette phrase, plus je la mâche et la renifle, plus elle a le goût de bleuette des champs, et, diantre ! j’aime les champs et me reposer l’âme au milieu des fleurs, me laisser bercer par quelques heures de réelle insouciance, suspendues entre toutes les imprévisibles agaceries plus ou moins méchantes que nous réserve notre longue petite route, mais répandre des parfums enivrants de la sorte me semble parfois aussi néfaste que n’importe quel geste malin. Pourquoi ? Parce que l’idée communiquée a vite fait de s’installer entre la conscience et l’expérience et que, selon mon point de vue, c’est la rencontre entre l’expérience et la conscience qui permet à la vie d’être au plus juste. Réjouissante un jour, au point d’avoir le sentiment d’être au cœur de la vraie vie (qu’il faudrait d’ailleurs définir, ici une adéquation entre l’idéal de soi et la réalité de soi j’imagine), puis emmerdante à souhait le lendemain, en retournant au point d’attente et d’impatience, en oubliant toutes les fois où la vraie vie s’est affichée à notre esprit. D’ailleurs, qu’est-ce que la vraie « vraie vie » sinon ce point de rencontre entre les mailles de notre complexité ?! Et puis, il faut reconnaître que le moment de juste adéquation entre cet idéal de soi et sa réalité est largement assez agréable pour y aspirer et s’énerver quand on n’y est pas. Encore ceci : comment être motivé si on n’est pas énervé, emmerdé - touché ? Je m’obstinerai donc à sentir à quel point je suis emmerdé quand je n’y suis pas, et je ne mettrai pas entre mon expérience et ma conscience : « Mais Boris, c’est ça la vraie vie. »

 
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Jeudi 24 janvier 2008
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Musiques, films, revues, livres, se déversant par sans cesse aux frontons visibles. Pour quelques exemples. Ça n’arrête pas. La passion dévorante qui voudrait tout connaître, tout voir, tout lire, tout entendre, tout saisir, l’infernale chute qui m’assomme alors que, je sais en voir si peu. Tout posséder, l’appartement, la voiture, l’ordinateur, la vaisselle, le machin truc qui vient de sortir et qui est joli et pratique et tout et tout.

Là pourtant, y mettre sa propre patte, son empreinte, se loger le bassin en jouant des côtes, une petite place à soi.

 
Accumuler, éponger, engranger, tout avoir, ne rien rater, être partout où ça se passe, surtout ne rien manquer. L’angoisse du manque qui guide les gestes impulsifs, compulsifs.

 

En face l’épure.
Tenter de s’extraire du bruit continu.
Mais séduit y revenir jusqu’au dégoût.
Vide tes armoires, trie tes trucs, range ton monde.
Vide ta tête, retourne sur la plage nue où tu n’es qu’un Homme.

 

Se rend-on bien compte de ce qui se passe ?
A-t-on tout le recul qui permettrait d’être sûr de ne pas se faire baiser de bout en bout ?
Un peu, ça se sait, on fait avec, on joue le jeu crasse, on tire notre épingle du commode,
On salit l’atmosphère mais un peu moins qu’avant,
On s’efforce de retirer d’un côté ce qu’on laisse aller de l’autre,
On achète des plastiques montés par des mains de gosses,
On sait sans savoir, on peut pas ne pas avoir entendu,
On participe et on se console en se disant qu’on est obligé,
Et le pire c’est que ce n’est pas complètement faux,
Mais on ne sait plus comment faire autrement.

 

L’appétit sans cesse renouvelé, croulant sous le désir de connaître, de maîtriser ce déluge, honteux, coupables de finir par ne plus pouvoir ressentir que quarante personnes tuées l’autre matin, ce sont autant de corps réellement mutilés, fauchés de la vie, qui avaient des intentions pour l’heure suivante, un rendez-vous, un espoir, une angoisse, et puis plus rien. Avec tous ceux qui restent et qui rencontrent l’absence. Mais s’il fallait trembler à chaque mort annoncée…    

Et je me dégage de mon malaise en me nettoyant sous la douche de ce petit texte, en m’aspergeant de bonne conscience consciente de sa mauvaise conscience, je me purge les boyaux sans rien purger du tout, et tout ce qu’il me reste c’est la vertu de mon microcosme à moi qui inclut ceux que j’ai choisi d’y mettre. Une petite vertu qui ne prétend pas n’être que vertueuse. De toute manière, il faut dire ce qui est : je ne me sens pas franchement mal, et c’est bien tout le problème. Si on se sentait franchement mal, franchement concernés dans nos petites habitudes, nos petites santés, nos petites personnes, nos petites intégrités physico-psychiques... Mais on ne l'est pas, et faut pas se raconter des histoires, tant qu’on vit bien, on ne va pas se remuer plus que de quoi s’affranchir un peu le moral de notre morale intime. C’est pas très digeste de se l’avouer, mais bon, hein, au moins y a clarté.

 
Quoi d’autre ?
Comment ?
Honnêtement ?

Il n’y a pas d’honnêteté pure, il ne reste que l’honnêteté de ses paradoxes, le comportement éthique bute contre quelque chose. Je salue ceux qui se sont retirés, je n’ai pas leur détermination, ou pas leurs moyens, ou pas leur entourage, ou pas leur puissance idéaliste et réaliste. D’ailleurs on serait bien mal si on tenait tous à se retirer. Ça se mord la queue cette histoire. Faut pas trop prétendre.
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Mardi 22 janvier 2008
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Soleil de 17 heures.
Genève, Suisse.
Europe, Terre.
L’ombre de l’immeuble monte doucement sur celui d’en face.
 Ou la planète tourne.

 

Je cherche des choses qui occupent ma pensée et m’empêchent de réaliser que la Terre tourne. Je prends un moment pour oublier, je me fiche de tout le reste et je regarde cette Terre qui tourne. Les indices. Les indices du merveilleux dans le trivial.

 
Ombres mouvantes.
Gestes des nuages.
Lumière qui s’articule.

 
Cumulus gigantesques au loin. Ces moutons géants qui traversent siècles et continents avec la même nonchalance. Mon regard perd quelques millénaires, pris d’une sorte de vénération inquiète, camarade mystique de millénaires ancêtres.

Un homme sur son balcon. Il semble intéresser mon regard, qui le suit attentivement, comme si c’était important, geste de mon corps, geste que je ne dirige pas. Depuis quel archaïsme est-il inscrit en moi, en quelles profondeurs prend-il source ?

  

Le jaune disparaît et laisse du gris-bleu.
Ça se passe comme ça des fois sur Terre.
Ça change d’un instant à l’autre, sans qu’on s’y attende.
Et ça vous perturbe tout le paysage, et vous pouvez rien y faire… 


Des mouvements qui vont dans tous les sens. Des milliards de trajectoires individuelles sur un fil. Des télescopages bienheureux, des accointances malheureuses. Ceux qui voient en amont une cohérence initiale, ceux qui conçoivent l’harmonie comme un regard à rebours, tissé dans l’instant et à tricoter sans cesse, ceux qui mélangent les sauces, arrangent les chaos incertains dans l’ordre d’une apparence qui rend possible le sens, ceux qui n’y voient goutte et ceux qui s’en foutent, ceux qui s’interrogent et aime n’avoir aucune réponse, ceux qui répondent avant que la question ne soit posée. Des effets immenses à partir d’une infinitésimale secousse, la nécessité du désordre et de l’imprévisible pour que se crée quelque chose, pour qu’il n’y ait pas répétition sans fin de l’identique, mais l’inattendue vie.

 

Crépuscule de Janvier.
An 2008.
Système solaire de la voie lactée.

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Lundi 21 janvier 2008
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Elle apparaît, dans les voiles mauves, la ronde et pâle déesse. Sais-je encore la regarder de mes yeux adolescents ? Suis-je encore capable de me laisser atteindre par la démence qu’elle me propose ? Pleine, ronde, opulente de nacre et d’argent. Sur son disque tourne la folie de ma réalité cosmique. Ce que je suis, plus justement encore que je ne saurai jamais le concevoir – sinon en de brefs instants d’intuition transcendantale. Juste ça, ce petit bout d’Homme posé sur un petit bout de terre sur l’immensité planétaire en périphérie de l’inconcevable vastitude. Quand je la regarde et que j’essaye de réaliser ce qu’elle est, vraiment. Là où j’entends si distinctement le son de ma finitude, de ma petitesse, du petit fil d’accident par lequel je tiens suspendu dans ce monde de vie. Toujours le sentiment de ne pas savoir apprécier, goûter, conscientiser, réaliser, à la mesure de cet invraisemblable occasion d’être. Il faudrait chaque jour pouvoir s’accorder à quelque chose de plus humble, de plus respectueux, de plus consciencieux, de plus ouvert, de plus confiant, de plus commotionnant… Trop commotionnant peut-être. Mais c’est l’humilité que je retiens, parce qu’il y a en moi travaillant sans cesse ce désir de puissance, de façade protectrice, il y a sans cesse travaillant mon être cette aspiration aux armures d’orgueil, auxquelles je ne cède guère mais qui semblent ne jamais vouloir m’abandonner, me laisser être là où je suis, avec ce que je suis, ce que j’ai, et surtout ce que je ne suis pas et ce que je n’ai pas. Et je mourrai sans certaines de ces choses, alors quoi, vais-je subir ces assauts d’inquiétude stérile jusqu’au pied du tombeau ?! De quel amour ne sais-je pas encore me couvrir ? Quel sorte d’accueil ne suis-je toujours pas capable de m’offrir ? Il faut cependant reconnaître le chemin parcouru, se souvenir de la distance qui nous sépare de la méchanceté retournée qui pouvait être notre univers personnel. Mais il reste à conquérir de belles contrées, et la lune me le rappelle. Saisit par ma promise des nuits sans fin, je me désintéresse de tous les lauriers du monde, je voudrais seulement m’accepter totalement, faire la paix une fois pour toutes, voire peut-être même m’aimer. Ce serait un bon départ pour le reste.

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Dimanche 20 janvier 2008

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Ce ne sont jamais juste des choses.
Parcelles de soi, objets investis, histoire transportée dans la matière.
C’est long à venir, c’est lent à se faire, c’est toujours un peu douloureux.
 

Tu décides d’enlever ces étagères que tu as installées il y a cinq ou six ans, qui t’ont accompagnées pendant un lustre entier, qui ont été un bout de ton reflet pendant ces années maintenant révolues. Au moment de passer à l’acte, tu sens comme une écorchure, une coupure quelque part, de façon confuse dans ce que tu nommerais ton âme. Et ça te rappelle toutes les écorchures.

Marques du temps passé.
Abandon de fragments évanouis.
Petite perte de l’avancée vers la perte finale,
Repoussée à coup de plaisirs, de rencontres, de défis, de joies et de présence.
 

Comme un feu de broussaille, la sensation se répand.
Qu’y aura-t-il à enlever encore pour parvenir à l’aspiré ?
Qu’avons-nous déjà perdu ?
Vers quoi allons-nous ?

Elles déferlent, les images et les évocations, elles fourmillent comme gerbes d’étincelles. Il se répand, le grand vide habité du passé, il surgit comme un grand voile aux milles formes peintes. Elles s’agitent, les projections sur la voie des lendemains, pleines de questions et d’incertitude, d’angoisse à se demander s’il y aura ce qui est espéré, si la vie sera assez longue, les rencontres assez riches, les accidents assez bénins, la chance assez généreuse, le courage assez grand, l’intelligence assez perspicace…

Un petit changement qui appelle les grands, par écho, par ressemblance, par suscitation. Et il faut tenir là où l’on est, s’accroupir dans l’instant, rester branché sur l’onde actuelle, sinon c’est à la vie qu’on échappe, et c’est bien plus embêtant que tout le reste.

Je ferai un feu de joie de tous ces bouts de bois entassés. Un jour, une nuit, dans des circonstances dont je m’imagine agréablement la teneur. Quelque chose aura changé.

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Samedi 19 janvier 2008

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Bien sûr, il y a quelque chose de ridicule. Mais l’impression de ridicule n’est-elle pas la première défense du bien-présentant ?! C’est facile d’avoir l’air. Comprendre les règles semble soudainement plus facile que d’en relever les implicites de consensus et de normalités et d’évidences.

 

L’arbitraire.
L’incommensurable arbitraire de ces pseudo-évidences.
Sans lesquelles pourtant l’ensemble ne tiendrait pas.
Pas comme ça.
Et autrement ?!
C’est toute la question.
Parce qu’on est quand même loin du compte.
Loin d’une conscience individuelle qui dirait tu es fragile, vulnérable et incertain.
Tu es petit, passage, relatif et…
Prends garde, prends soin, prends chaque instant, prends comme si tu recevais et n’allais peut-être plus jamais recevoir.
 

Au loin, loin nous sommes.

Ce sont des vagues qui bercent le haut de ma colonne vertébrale. Ma tête qui berce sur des houles de béates stupidités. Saoul. Et cette proximité soudaine d’avec une certaine perception, une préception autant hallucinée que lancinante.

 
 
Quel est ce monde dans lequel on vous fabrique un savon nommé anti-hangover qui  a le parfum de zest d’orange si bien que même à geint ça vous retourne l’estomac à l’ouverture du bouchon ?!  Et je baigne là-dedans, à longueur de journée, à longueur d’année, à longueur de décennies, des fois je me demande si je n’ai pas le sang perverti jusqu’au tréfonds des globules, des fois j’en ai le pressentiment, la claire intuition.

 

 

Et regarde, regarde comme les sens prennent le dessus : tu te concoctes des pâtes et t’en peux plus de te réjouir de tes plaisirs du palais, aussi triviaux soient-ils. Et t’as bien raison. C’est ça la vie. Et ça l’emporte sur tout le reste. Heureusement, malheureusement. Putain, c’est pas simple. 

 

Misérables, petits, remplaçables, c’est peut-être ça, ce qu’il faut accepter d’être, pour être tout à fait ce qu’on est. On se donne des buts incommensurables, des destinées grandioses, des arrivées gigantissimes, et en fin de compte, merde, on finit dans la boue, comme n’importe quel pecnot du coin, on est tous des pecnots, comme la branche qui se décompose et s’anéantit et renait dans le cycle fini d’une histoire transitoire. Merde. Quelle drôle d’histoire. Indigeste. Indigeste. Indigeste. Totalement indigeste. Et après il faudrait se reprocher de se raconter des histoires, merde, moi je dis : y a de quoi !!! Comment tu fais pour être là et te dire que c’est OK, qu’y a pas de bile à se faire, qu’y a juste à niquer, grailler et pioncer et tu t’endors paisible… bordel non, c’est pas possible, enfin si, enfin non, mais oui, mais non…

 
 
 
 Je veux dire, elles étaient plus qu’envahissables, sous leurs peaux de nymphes aguicheuses, et on se pétaient la tête à coup de 30°, et ça aurait pu continuer des lustres, et ça dure depuis bien plus longtemps, mais il y a quelque chose de galvaudé au royaume de ces coutumes de l’aisance et des surfaces, il me semble, il me semble qu’on s’y perd, il me semble qu’on y perd quelque chose, l’ivresse n’y est pour rien, c’est son usage qui n’a pas la vertu vitale, il faudrait renoncer à la puissance, à l’opacité, à l’aisance, à la sécurité, au mensonge, il faudrait niquer avec la boue, copuler avec l’incertain, il faudrait se reconnaître composite du matériau de cristal et de fumée, il faudrait arrêter tout ce cirque, c’est ridicule, c’est comique, y a de quoi se foutre de sa propre gueule, franchement, tu t’es vu, non mais, on est où, et le jour où t’as des vers de terre dans les yeux, tu dis quoi ?!
 

 

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Vendredi 18 janvier 2008

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Le corps dans l’herbe, au milieu d’un champ, accolé.
Sur le sable d’une fin de jour, quelque part, en jouant à se faire tomber.
La route en droite ligne et la vitesse dans les yeux, filant sur l’horizon sans horaire.

Les airs de ceux qu’on aime écouter, qui remplissent l’habitacle, la tête, la gorge, le cœur. Dans les jambes, cette fermeté joyeuse du voyage, de la proche caresse. Dans la poitrine, cette légèreté de souffle suspendu, flottant au milieu de nulle part.
 

Rêver trop fort.
Rêver à se faire mal.
Rêver à n’en plus respirer.

 
Elle est belle, l’image la liaison l’entente la mélodie la paisible alliance.
Reviens.
Allons-y.
Perdons-nous.
Lance, cours, chante, irradie, ouvre.
Quand la voix accompagne l’instrument, pleine ronde vibrante tremblante pleine d’âme.
Vas-y.
Découvre tout.
Recouvre- moi.
Ris grand souffle explose bras au ciel.
Quand les cheveux sur mes yeux ne sont pas les miens.

Il y a comme un trou dans le ciel par lequel tout s’échappe et tout arrive, un trou dans l’âme, un vent violent dans les côtes, une déchirure de joie, un sanglot de bonheur trop vaste pour ne pas abîmer sa chair, l’impossible compréhension appréhension maîtrise de ce qui t’arrive, dans le bol de Terre là où nous sommes des fois c’est trop petit.

 Elle est folle, la rencontre la double face l’harmonie la dimension.
Chuchote.
Des mots qui vont se perdre dans le désert.
Résonner entre les soleils.
Frôler les montagnes et les mers.
Voler à côté des nuages. 

Voix étrangère dans le coquillage.
Bouscule mon âme.
Dérange mon esprit.
Griffe ma peau.
Dérègle mon sang.
Recouds-moi les veines à l’envers.
        L’univers.

 
Dans le landau des aspirations délicates, reposer l’absence un temps.
Une pause au milieu des noires et des croches et des rondes, dans le silence qui révèle.
Pour le compte des soifs sanguines, s’emmêler là-dedans, tête contre épaule.

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Mercredi 16 janvier 2008

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Elle est colossale la fatigue qui vient de ne jongler qu’avec la périphérie, parce que le centre est inaccessible. De ne pouvoir rendre actif ce qui ne demande qu’à s’offrir, ce qui attend l’opportunité de faire vivre les richesses et les ressources contenues.

 

Buttant contre la réalité sociale.
L’invincible muraille institutionnelle qui dit son indifférence,
Parce qu’elle a tout ce qu’il lui faut.
L’impossibilité d’autonomie,
Parce qu’il y manquerait l’expérience.
Boucle fermée, portes bouclées, circuit saturé.

 

Pendant ce temps, tout ce qui ne demande qu’à être exploité au mieux,
L’infinie énergie du cœur qui aime ses gestes et ne les compte pas,
Les sommes de plaisir à faire ce qui a tout son sens,
Toute cette vie à laquelle il suffirait d’un terreau idoine pour bouillonner
Et entrer dans le mouvement perpétuel spontané,
Elle se gaspille et s’épuise, pourrait se gâter.
Et il faut donc encore trouver de l’intelligence pour éviter l’amertume.
Alors d’autres acquis surviennent : chaque expérience est un potentiel apprentissage,
Et celle-ci pas moins qu’une autre. Mais bon, ça va, y a des moments où être intelligent est profondément emmerdant, littéralement casse-couilles.

 

Je cède à ma colère.
Je m’y plonge un moment.
Je me plains.
Je rumine mon sort.
Je dis que ça fait chier, parce que ça fait chier.
Et ça passera.
Et je repartirai plus léger.

 

        Au lieu de pouvoir me donner
Je dois montrer que je suis intéressant.
        Au lieu de partager mes labours et de prendre part à l’entraide collective,
Je dois me coller des étiquettes sur le front qui disent que j’ai labouré,
Que ça vaut la peine de venir voir dans ma grange et de me donner une place au marché…

                                Elle est pleine de bonnes choses mon auberge, je vous jure !
                                Regardez-moi cet étal aux milles vertus !

 

Ça pourrait être tellement plus riche si c’était dans la main des gens, si ça vivait dans l’échange, si ça participait,
si seulement ça pouvait participer… 

        Et ça fait des marécages d’ennui.
Des dépressions de l’humeur à redondance cyclique.
                                   Des frustrations du vieil âge qui n’a pas vécu sa complétude.
                                   Ouais, je me fais vieux con pour le coup, le temps que ça me passe.

Au bout du compte, c’est la rage qui fonctionne comme dernier rempart, ultime ressource de mise en mouvement, d’un possible rebond. J’utiliserai celle-là pour aller encore un peu plus loin, repartir plus déterminé qu’avant, plus bravache et conquérant, tu vas voir.

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Mardi 15 janvier 2008

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Dans quoi suis-je pris ?
Quelle est cette vie qui m’assiège ?
Jusqu’où suis-je celui qui s’appartient ?

La part déterminée de l’éthique, de l’estimé semble considérable – comme de tout le reste. Là où je suis, avec ce qui s’est constitué dans la durée, je peux m’apercevoir que je n’ai pas choisi grand-chose. Et même ce qui a été pointé s’est fait élire sur une somme colossale de contraintes plus ou moins visibles. Là où je me perçois articulant, c’est autour de la clairvoyance, mais la donne m’échappe sans cesse. Au mieux puis-je m’installer là où celle-ci m’offrira plus probablement ce dont j’ai besoin. M’installer, me hisser, me porter dans ce périmètre où j’ai compris que le matériau nécessaire à mon accomplissement serait disponible.

 

Il me semble impossible d’aller vers le mal, quand il y a clairvoyance, vision holistique, générale des enjeux de soi. Non, ce n’est pas vrai. Parfois, malgré la conscience qui perçoit bien, il peut y avoir impossibilité monumentale à agir ce qui est su comme bon – momentanément en tout cas, même si ce moment peut durer des ans. Mais est-ce que ça peut durer éternellement ? Ca peut mener à la folie, à la déchéance, au tombeau, oui, effectivement. Un parfum de folie s’est fait sentir, un appel de tombeau s’est fait entendre, à bout de force, mais il y avait cette lueur, cette confiance indestructible d’un possible retour à la lumière, comme garde-fou, garde-frontière. Cette lueur peut-elle manquer ? Apparemment. Ou la force. Ou l’entourage. Ou l’expérience. Qu’est-ce qui fait que celui-ci tien et renaît tandis que l’autre tombe ? Qui oserait répondre d’une seule et simple réponse ? Il y faut tant de détails de circonstances, tant d’exactitude et de finesse, tant de tissage entremêlé. Même les grands vecteurs corroborés en chiffres – importants pour l’aide à offrir – ne peuvent embrasser chaque cas particulier, ni donner l’ultime indice d’un parcours.

 
Comment dire que tout ce qui est là à l’intérieur de soi ne serait que le résultat d’une œuvre personnelle ?! L’humilité de chaque instant qu’il faudrait avoir pour être à la juste place, c’est invraisemblable. Peut-être invivable ? Ou peut-être vivant par excellence ? Parce que tout orgueil radicalement effacé, toutes insécurités accompagnées d’un mentor intérieur permanent, la condition de vulnérabilité vécue dans son ouverture à toute chose avec un fantastique abandon… Le dessiner fait comme une grande respiration de désir, un pressentiment de détente profonde qui changerait la face du monde – du moins celle de mon expérience.

 

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Complexus ?

  • : L'être soi en errance existentielle
  • complexus
  • : D'humeurs en états d'âmes, par les mots et les images, raconter le quotidien d'une rencontre sensible avec soi-même, autrui et le monde... Décliner poétiquement les façons dont l'identité humaine trouve son chemin dans la complexité d'une existence... En cherchant à traduire fidèlement le vécu intérieur, proposer un écho ouvert où chacun puisse entendre ses voix intimes...
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