
Construire l'univers, maintenant, tout de suite. Sans plus attendre. Soirées sous les étoiles, autour d’un feu, de la musique, des couleurs, des fleurs, des arbres, de l’herbe, des couchers de soleil, des potes, des filles, du ciel, de l’air, du vent, de la pluie. Frotter ma peau contre l’écorce terrestre. La lenteur sensuelle d’une présence à l’instant. La sagesse de soigner ce lien intime. Sortir d’un certain usage de l’existence, de cet état de conscience mal orienté. Voir la poésie, la beauté, la phosphorescence, la luminosité, voir cela avant tout le reste.
Oublier d’un profond oubli cette sagesse politesse gentillesse molle propre policée. Revenir à la poésie simple, brute, rugueuse, imparfaite, impertinente, une poésie à la Fante, une poésie dans la vie. Du bordel, du foisonnement organisé. Poésie sur la route, poésie du voyage, poésie hallucinée, à la Cendrars.
Reconquérir la conscience large. Renaître enfant sauvage, en vacances des autres, de
leurs regards, de leurs séductions. Etre celui qui s’en fout, le nonchalant. L’homme de la mer, l’homme nu, l’homme tranquille. Résider au beau milieu du Grand Calme. Se foutre la paix, une fois
pour toutes. Un retournement des valeurs, une transformation des finalités : le pour quoi n’est pas la reconnaissance, le pouvoir, l’inquiétude des capacités, mais le partage, la mise en
commun, l’échange. Passer du fonctionnement stratégique, opérationnel au mode de l’amour, de l’acceptation, du sensible.
Il faudra que la nonchalance soit plus viscérale, pour que l’ambiance s’installe,
qu’elle prenne corps, qu’elle prenne possession. Mais finalement, les visites sont jouissives d’être des visites, le passage tient tout son goût d’être passage. Seulement, elles drainent des
valeurs si fondamentales, ces lignes de cœur, qu’il est bien difficile d’observer avec quelle malignité la distance s’est installée, une fois de plus. Heureusement, c’est d’en fleurer les
essences volatiles qui les font revenir au front des pensées. Un bon signe : la côte n’est pas loin.
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