
Comment le corps participe à ce qui semble si peu l’impliquer. L’écriture par exemple. Où est-il le corps de celui qui écrit ? Nulle part pourrait-on penser, dans une absence d’implication, qu’il soit ici ou ailleurs n’y changerait rien, tendu, fatigué ou alerte serait sans conséquence directe, simple reflets d’un état d’esprit retranscrit par la posture comme le fait simultanément l’agencement des mots. Pourtant, de ne pouvoir prendre la position habituelle perturbe radicalement la disposition à l’écriture. C’est donc que le corps y prend puissamment part, sans se faire remarquer, avec une monumentale discrétion. Monument dans l’acte d’écriture, incontournable, grosse pièce de présence. C’est, quelque part, une évidence, mais qui se fait facilement oublier, justement par sa nature d’évidence.
On pense d’abord à la tête, à tout ce qu’elle contient et qui se déverse ainsi. C’est aussi à elle qu’on pense implicitement quand on considère ce qui transparait d’humeur, d’état d’âme, de souvenir, ou quand on examine la construction du récit, le style, les métaphores… A quel moment pense-t-on au corps, sinon quand il vient à défaillir, sinon quand l’évidence de sa disponibilité n’est plus une évidence ? Qu’il vienne à imposer ses limites, et il faut alors se rendre à l’évidence : ce n’est plus tout-à-fait la même chose. Ce n’est pas absolument différent, mais c’est tout-à-fait différent – au moins dans le vécu de celui qui écrit. Il va falloir apprendre à écrire « autrement ». On n’a plus la même disponibilité à l’écriture, on a plus la même posture d’écriture. Changer l’écriture pour accueillir le changement corporel. Qui serait aussi un changement mental, social, identitaire… Accommoder l’être à ce qui lui arrive, le travail infini d’une construction de soi, de sens, d’être et de raison d’être.
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