
L’imprégnation profonde des ondes harmonieusement lancées et réverbérées continuait de l’habiter comme une chanson résonnant au fond d’une chambre d’écho. Elle alimentait son étonnement apaisant et douloureux, sa tendre mimique souffrante. Sur son visage se lisait mélangées les irrémédiables pertes et leur nourrissant souvenir, les espoirs vivants et leurs ancêtres déçus, la joie muette d’être là, dans ce chaos incertain et fou, ce miracle stupéfiant de pouvoir participer à l’aventure de la vie. L’ampleur de son affection terrassait son entendement, il en suffoquait parfois. La conscience pouvait embrasser des dimensions qu’autre chose en lui ne pouvait contenir, les émotions le débordaient, ses sensations étaient plus grandes que son corps, son esprit réduit à l’impotence et la maladresse. Il envisageait ce qu’il ne pouvait embrasser et souffrait de sa jouissance, jouissait de sa souffrance. Comme suspendu par un fil au-dessus d’un gouffre, il avait le souffle court et cherchait à se saisir des pensées qui le traversaient comme des foudroiements, cordes tendues auxquelles il s’agrippait dans un bonheur de désespérance. Chaque seconde était grosse d’infini, tragiquement consciente de son caractère éphémère, reflétant une fragilité si proche de l’existence, si révélatrice de l’ultime vérité concernant son sort ultime.
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