Dimanche 28 octobre 2007
Soleil-totem.jpg
 
 

Dressé tel un totem, le soleil et son socle de reflet lacustre irradiait d’une intense lumière. Le corps incandescent du jour à naître. L’image laisserait une trace indélébile, à jamais gravée dans la glaise de la mémoire. Elle était d’une telle beauté, elle évoquait tant d’insondables concavités de l’âme, elle soulevait tant de voiles qui pourtant ne révélaient qu’un long silence, un arrêt des événements. A l’intérieur elle restait comme un repère. L’être pouvait la rappeler à son regard, elle le replongeait aussitôt dans une ivresse contemplative, une naïve stupeur. C’était l’extase, lente, onctueuse, sublime, émerveillée. Nostalgie première, sanglots étouffés dans leur indéchiffrable signification, une tournure mélancolique de l’esprit qui gonflait, plein d’interrogations nébuleuses. L’enfance des voyages dans les territoires d’une nature indomptée, sauvage, originelle. A cet instant, l’être était tout entier tendu vers son désir d’immensité. La conscience droguée par les molécules de beauté, il n’aspirait qu’au retour à la matrice universelle, il se sentait fils prodigue de la terre perdue. Exilé douloureux d’un monde évanoui, dont il pouvait seulement espérer reconstruire un jour le moule enveloppant.

L’imprégnation profonde des ondes harmonieusement lancées et réverbérées continuait de l’habiter comme une chanson résonnant au fond d’une chambre d’écho. Elle alimentait son étonnement apaisant et douloureux, sa tendre mimique souffrante. Sur son visage se lisait mélangées les irrémédiables pertes et leur nourrissant souvenir, les espoirs vivants et leurs ancêtres déçus, la joie muette d’être là, dans ce chaos incertain et fou, ce miracle stupéfiant de pouvoir participer à l’aventure de la vie. L’ampleur de son affection terrassait son entendement, il en suffoquait parfois. La conscience pouvait embrasser des dimensions qu’autre chose en lui ne pouvait contenir, les émotions le débordaient, ses sensations étaient plus grandes que son corps, son esprit réduit à l’impotence et la maladresse. Il envisageait ce qu’il ne pouvait embrasser et souffrait de sa jouissance, jouissait de sa souffrance. Comme suspendu par un fil au-dessus d’un gouffre, il avait le souffle court et cherchait à se saisir des pensées qui le traversaient comme des foudroiements, cordes tendues auxquelles il s’agrippait dans un bonheur de désespérance. Chaque seconde était grosse d’infini, tragiquement consciente de son caractère éphémère, reflétant une fragilité si proche de l’existence, si révélatrice de l’ultime vérité concernant son sort ultime.

par complexus publié dans : La Posture Contemplative
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Complexus ?

  • : L'être soi en errance existentielle
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  • : D'humeurs en états d'âmes, par les mots et les images, raconter le quotidien d'une rencontre sensible avec soi-même, autrui et le monde... Décliner poétiquement les façons dont l'identité humaine trouve son chemin dans la complexité d'une existence... En cherchant à traduire fidèlement le vécu intérieur, proposer un écho ouvert où chacun puisse entendre ses voix intimes...
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