
Ecrire pour s’extraire du monde.
Ecrire pour se rencontrer.
Ecrire pour mieux sentir, mieux voir.
N’avoir rien à dire, mais écrire quand même, parce que le geste fait du bien.
N’avoir rien à dire empêche de dire ce qui ne compte pas.
Avoir le temps d’écrire. Quels sont les êtres qui peuvent se targuer d’avoir le temps d’écrire ?! Dans quelle réalité sommes-nous ? Nous sommes si libérés de la faim que nous avons le temps d’écrire. Et nous souffrons parfois de ne pouvoir écrire, quand d’autres souffrent d’avoir faim. Dans quelle réalité sommes-nous ? Qu’avons-nous oublié, qu’oublions-nous ?
Ecrire pour donner sens.
Ecrire pour construire sa vie.
Ecrire pour retrouver la joie.
N’avoir rien à dire et tomber sur des mots inattendus.
N’avoir rien à dire et découvrir ce qui est dit malgré soi.
Avoir le temps d’écrire. Je ne laboure pas mes champs, je ne lutte pas contre le froid, je ne m’inquiète pas de l’hiver qui arrive, j’écris. Il n’y a pas de honte, mais il y a une chance certaine, un luxe d’existence. Et il me semble qu’il me faut le savoir, mieux : ne jamais l’oublier. Si je ne veux pas avoir honte un jour, de ce que j’écris, de ce que je suis, de ce à quoi je prétends. C’est vite fait, d’oublier et de penser que tout est normal.
Ecrire pour écrire.
Ecrire pour rire.
Ecrire pour lire.
N’avoir rien à dire et puis tomber sur des mots qui en appellent d’autres.
N’avoir rien à dire et se laisser surprendre par tout ce qu’il y a dire.
Ecrire pour rencontrer.
Ecrire pour se séparer.
Ecrire pour peser ses mots.
Ecrire tandis que la Terre tourne, tandis que mon sang s’enroule en tourbillons dans mes veines, tandis que je respire encore, tandis que d’autres ne sont plus là, écrire devant la vie et devant la mort, écrire la vie et la mort, écrire comme je respire, écrire en connaissance de cause : en percevant la vanité d’écrire. En face de la mort et de la vie, qu’est-ce qu’écrire, c’est trivial et c’est important, c’est nul et c’est essentiel.