
Elle ne se reconnaît plus sur les photographies. Puis soudainement, elle se retrouve. « Ben là ce visage, je vois que c’est à peu près moi… » C’est à peu près moi. L’âge et les accidents, les zones touchées qui dysfonctionnent. Son mari lui montre les lieux visités il y a plus d’une décennie. Rien, pas le moindre souvenir. « C’est affreux non ?! » dit-elle sans réel apitoiement, avec une sorte de surprise catastrophée, presque dans un rire de dépit.
Je rentre. Je n’ai qu’à descendre, pourtant mon vélo pèse plus lourd qu’à la montée. Réveil des appétences de voyage amoureux, d’errance à deux. Je ne me souviens plus de mes dernières vacances accompagnées.
J’ai moins peur de la mort que de la vieillesse. La mort, une fois qu’on y est, ça ne peut que bien se passer. La vieillesse, c’est moins sûr.
Quand il manque encore des pièces essentielles, quand certaines expériences n’ont toujours pas pu combler les espaces vides du grand puzzle, le début de la fin est d’autant plus pénible à envisager.
J’en connais un qui l’attend tranquillement, la Camarde. Un voisin. Ce qu’il y avait de bon à prendre sur le chemin a été englouti avec un appétit des plus voraces, sans se priver, sans s’emmerder à coup de scrupules et d’obligations, maintenant c’est plus l’heure. Le crépuscule bien avancé, il attend qu’elle y mette le capo, une dernière note, une belle ronde avec plein d’harmoniques qui s’étiolent dans l’atmosphère, avant de s’éteindre et de passer la partition aux prochains.
Je partirais bien sur la route, là, je m’achèterais bien un bus pour y poser un matelas, un plan de voyage et une compagne, et « hop-là » comme dirait ma grand-mère, en route mademoiselle, allons voir du pays.
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