Mercredi 5 décembre 2007

Echancrure-c--leste.jpg

Echancrure de soleil dans les brumes matinales, mousse lumineuse dans laquelle les corneilles se fraient une voie aérienne. Le son d’un piano qui donne la charpente harmonique au paysage et envoûte le spectateur ahurit. C’est le tempo de l’univers qui semble ralentir, chaque instrument s’accordant à la nouvelle cadence, on entend de longs silences qui suspendent les souffles, font émerger les sensations, dilatent les pupilles. On perçoit les battements sourds du cœur dans le cou, dans la poitrine, jusqu’au bout des doigts, infinitésimales enflures de sang qui invariablement s’éteignent avant de ressurgir, pour l’instant… C’est à ça près que je tiens.

Ombres ciselées des oiseaux qui se meuvent en groupe devant l’écran céleste et y dessinent des formes géométriques. Les hauts stratus immobiles sont à celui qu’on prenait pour une coupole de verre comme la fine surface de gel sur une flaque d’eau aux petits matins d’hiver : fines stries enlacées et grandes verges droites coupantes qu’on croirait pouvoir briser d’un doigt. Ce sont ces images qu’il m’est donné de voir aujourd’hui, sur cette Terre où je suis en oubliant souvent que j’y suis. En oubliant encore plus souvent l’espace qui la contient et qui, par son immensité, dévaste mes sentiments. C’est son doigt immatériel, son immense tige de vide qui me brise au moindre contact.

La douceur trop belle de ce rayon solaire qui, huit minutes après son départ, parvient à nous en se glissant entre les volutes humides de l’atmosphère. Particules ondulatoires parties du mastodonte de feu ricochant à la surface de notre petit univers, renvoyées aux confins intergalactiques pour une lecture qui remonterait le temps, notre temps. Le monde que j’habite de ma conscience quotidienne est si petit, celui qui m’abrite de ses possibles imprévisibles est tellement plus vaste. Je pense soudainement à sa richesse, sa diversité, ses infinies différences et je réalise alors tout ce qui m’échappe, tout ce que je ne connaîtrai jamais et qui me heurte dans ma petitesse, mon impuissance, ma finitude… Mais qui est aussi une promesse de découvertes sans fin.

par complexus publié dans : La Posture Contemplative communauté : Etre pour les autres.
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Commentaires

j'aime beaucoup ta plume Boris...
Et pour une personne qui semble regretter de ne pouvoir appréhender "le monde" dans son immensité, il me semble que tu en captes les beautés singulières beaucoup plus que tes congénères...
A mon sens, c'est une sacré richesse que tu possèdes là..
je t'embrasse
commentaire n° : 1 posté par : fred-potines (site web) le: 06/12/2007 06:59:23
Bonjour Fred,

D'où viens-tu ? Comment es-tu arrivée ici ?
Je m'interroge... :-)

C'est vrai que du moment qu'on en perçoit l'immensité, on est automatiquement contraint de se rendre compte qu'elle nous échappe. Je ne sais pas toi, mais de mon côté, c'est un mélange de douleur/plaisir auquel je m'adonne moins en masochiste qu'en réceptacle de l'ambivalence fondamentale de la vie, avec l'impression d'être aux creux d'une certaine présence... Une présence précieuse parce qu'elle me donne l'impression que je mesure alors mieux la phénoménale extraordinarité (tous les mots sonnent petits là...) d'être vivant...

Une rencontre de plus en tout cas, c'est toujours un plaisir...

Boris
commentaire n° : 2 posté par : Complexus le: 06/12/2007 13:03:14
Je suis arrivée "chez toi" par hasard.. je ne sais même plus trop à vrai dire... je flirte avec des blogs croisés ci et là, puis m'y pose si je m'y sens bien... pas plus compliqué !
Je crois que j'ai abandonné il y a un certain temps, toutes ces questions existentielles.. d'une part comme tu dis, elles peuvent générer une certaine douleur, et d'autre part, je suis convaincue que qui que ce soit, ne pourra m'éclairer.. au mieux (ou pire,) suciter de nouvelles réflexions, comme chez toi, mais pas de réponses... je trouve cela très frustrant au regard de la somme d'interrogations qui m'assaillent..
je crois juste faire partie des personnes qui voit (un petit peu plus) au delà des apparences et de ce que mes sens pourraient me faire croire...
Je me délecte des petits instants de bonheur(s) furtif(s) que je happe... je suis attentive aux autres, aux êtres, à la nature... et à l'inverse de toi, qui prend conscience de tout ce qui t'échappe, je me félicite de ce que j'ai été la seule à "saisir" à cet instant et endroit précis... je souffre moins....
Le plaisir de la rencontre est réciproque.!
à bientôt..
commentaire n° : 3 posté par : fred-potines le: 06/12/2007 13:21:55
Ok, je me demandais s'il y avait une provenance par contacts interposés...

Oui, pas de réponse, je vis la même chose et j'y tiens ! :-)

Merci pour la réponse pleine
commentaire n° : 4 posté par : Complexus le: 10/12/2007 09:35:09

Complexus ?

  • : L'être soi en errance existentielle
  • complexus
  • : D'humeurs en états d'âmes, par les mots et les images, raconter le quotidien d'une rencontre sensible avec soi-même, autrui et le monde... Décliner poétiquement les façons dont l'identité humaine trouve son chemin dans la complexité d'une existence... En cherchant à traduire fidèlement le vécu intérieur, proposer un écho ouvert où chacun puisse entendre ses voix intimes...
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