Mercredi 2 janvier 2008

Pendant longtemps, ces murs, ces voitures, ces trottoirs, ces affiches, ces enseignes, se cognaient contre le souhait d’une beauté, s’écrasaient dans leur laideur et mon désespoir.
                                   Arrêter, ne plus chercher à voir ce qui n’est pas là – j’ai oublié ma quête, me suis détourné des aspirations à l’épure d’une ligne, l’harmonie d’une palette de couleur, la sculpture d’une forme organisée avec attention.
                                                                                              Passer à autre chose.

Aveugle aux silhouettes disgracieuses, pensant à d’autres choses. A force de butter contre les murs, de s’encoubler dans l’informe, le fonctionnel.

Là, c’est comme un nouveau regard. Les mêmes objets trouvent une place qu’ils n’avaient pas. Dans leur laideur, leur difformité, l’absence totale de soin à se montrer, une autre homogénéité émerge, surgit, s’invente par le regard vierge d’attentes.
            Déconstruire le précepte, repartir un peu plus naïf qu’avant.

L’école.
Quand nous venions pour la piscine, nous étions ceux de l’autre école. Le préau était un lieu dangereux. Fallait se méfier, on n’était pas d’ici, on restait groupés, vigilants, inquiets. Il y avait toujours un fond d’angoisse, le jour de piscine.
La voisine.
Je connais ce visage, mais il n’a plus de nom, ni de contexte. Était-ce dans la tour ? Sur le chemin de l’école ? Ailleurs ? Il m’est aimable, la part de moi qui se rappelle se souvient de sa bonté. Salutations, bises, recueil de petites nouvelles, surtout le sourire, la chaleur – ce qui compte le plus, tant pis pour le prénom. La sœur va bien, je vais bien, bons vœux pour la nouvelle année.
La tour.
Au loin, l’immeuble de l’enfance au jeune adulte. Années 80, années 90, décennies lointaines déjà. Que s’est-il passé ? Tant et tant de choses.

L’école, la voisine, la tour, petit trio de promenade, dans les rues grises, au milieu des immeubles sans goût, parcourue d’enseignes à qui mieux-mieux tu fais une affaires je te jure je te mens je te manipule. Mocheté qui s’expose, déjà entre 80 et 08, elle a évolué. Améliorée selon ses propres critères. C’est la voisine qui a le plus changé. C’est moi aussi. On a ravalé la façade de la tour, c’est pas beaucoup mieux, sauf en gris, qui est plus gris. Autour de l’école, désormais il y a une très haute structure en treillis, pour pas que les étrangers entrent ou que les enfants se jettent sur la rue, c’est tout fermé. Tout ça est surprenant en chaos, en amas insensé d’objets disparates, sans unité d’aucune sorte, ça donne quelque chose, justement, de l’impensé en masse concrète, du bordel en composite, de l’indifférence en matériau. Est-ce que ça ne dit pas quelque chose de ce fragment d’Histoire que j’habite et qui m’habite ?

                        Tendresse, pour cette apparition d’humanité galvaudée.
                        Accord avec mon temps, sa misère, ses essais, ses préoccupations.

                        Je ne partage pas, ne reconnais pas, mais accepte et soudainement c’est cette tendresse. Et cette forme qui survient, l’unité du chaos, la beauté de la laideur, l’humanité de l’inhumain.

par complexus publié dans : Retour au monde communauté : Les chapitres de ma vie
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  • : L'être soi en errance existentielle
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  • : D'humeurs en états d'âmes, par les mots et les images, raconter le quotidien d'une rencontre sensible avec soi-même, autrui et le monde... Décliner poétiquement les façons dont l'identité humaine trouve son chemin dans la complexité d'une existence... En cherchant à traduire fidèlement le vécu intérieur, proposer un écho ouvert où chacun puisse entendre ses voix intimes...
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