(6 janvier)

Il serait facile d’oublier le cours des choses ici.
Loin de tout.
Jeter le poste radio, la télévision, les journaux et revues.
Ne plus rien savoir.
Qu’est-ce que ça changerait, dans le fond ?! En théorie la question est intéressante. En pratique elle ne me concerne pas. Pas pour l’instant en tout cas. Mais ça donne une
autre mesure, sur ce bruit constant, ininterrompu, torrentiel, de l’information, pseudo, fausse, exacte, vraisemblable, véridique, sous toutes ses formes, jamais à court de mots, ni d’images pour
nous ensevelir sous ce que nous n’avons plus le temps de digérer, comprendre, sentir, relier, intelliger.
Parole de brindille.
Secret de vent.
Murmure de sève.
Annonce d’oiseau.
Signe de nuage.
Où sommes-nous ?
De quoi sommes-nous encore capable ? Avons-nous plus à aimer, à signifier ?
Le sens en présence est-il
suffisant ? Tout juste, c’est mon impression. Par le fil, ténu lien à la cohérence, au récit qui tient à si peu. Tout pourrait basculer. La force du poignet, c’est la logique d’une quête
identitaire laissée à chacun. Belle et épuisante. Que je n’échangerais contre aucune force instituée. Je sue avec passion.
Sommes-nous accordés au tempo ? Y a-t-il un
tempo ? La lenteur me va bien, même si elle blesse mon orgueil. Mais il n’y a peut-être pas de développement profond rapide. Ce tourbillon d’affaires qui colonisent la noosphère m’échappe,
m’écœure, trop riche, trop complexe, trop fou, trop chaotique, trop insaisissable, trop captivant, trop intense, trop multiple. J’envie ceux dont la vaste culture sait embrasser ce flux, d’une
façon ou d’une autre, le tenir par un bout. Je n’ai accès qu’à son délire, sa nature délirante, l’hystérie démentielle de son rythme et de son contenu et de ses processus et de ses crises, c’est
comme une gigantesque amibe protéiforme dont je ne perçois que le caractère phénoménalement monstrueux et qui par là m’échappe.
Passer d’un monde à l’autre, quand même, rester
connecté, relié à ceux qui ont fait le même choix.
(Est-ce un choix ?)
Rester avec la question suspendue : et si je choisissais de rompre, qu’en serait-il ? Que
découvrirais-je ? Il doit y avoir quelque chose, j’ai l’intuition qu’il y a quelque chose, de non moins relié, de plus relié à une présence de vie autre, autrement plus… Quoi ? Sacrée
peut-être, consciente, accordée, ai-je envie de dire, pleine de terre et de cosmos, de saisons et de contemplations, de frissons d’existence, de ces moments d’intime connivence
avec le miracle d’exister. Mais il doit falloir une sacrée consistance de sens à l’intérieur, pour tenir.
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