
Inspiration, un deux trois quatre, expiration un deux trois quatre, à l’allure des pas, le matin, sur le petit chemin étendu comme un serpent mort, compter pour taire le reste de la pensée,
l’ensevelir sous les grains du sablier que je retourne à chaque inversion de ma respiration, assimiler le silence qui règne sur ce flanc de montagne, lentement pesé dans les pas sans but, à se
diriger vers le coin où les maisons disparaissent.
Ruisseau que j’accompagne, dans sa mélodie fluide.
Une fois il y avait la neige et m’accompagnaient les pas de quelqu’un.
Les flocons feutraient le son de notre conversation, tombaient sur nos langues chaudes.
Je nous revois et je me pose des questions qui ne regardent que moi.
J’avance comme un homme qui vient là parce qu’il sait que ça lui fait du bien, même s’il ne comprend pas pourquoi, même s’il ne fait rien que marcher, même s’il n’y a rien de plus à tirer qu’un peu d’air frais et quelques gracieuses courbes de collines alanguies.
Tronc percé d’un trou, comment fais-tu pour
tenir ? Comme nous ?
Tronc annexé d’un parasite, comment supportes-tu ? Y trouves-tu quelque
réconfort ? Je comprendrais…
Tronc à la branche de travers, te voici tout penché, de quelle sève est-tu
fais ? De la même que tes compagnons, n’est-ce pas ?!
Une femme et son chien. Comment sont les
buissons ? Sont-ils assez épais pour s’y cacher, vous et moi ?
Et si je partais dans cette direction, vaille que vaille, comme un fou ?! Paris est par-là. L’océan
dans ce sens. La mer en tirant un peu plus vers les Alpes. Par où va-ton, dément ?
Enclenche un pas et commence autre chose, ah ça ! ça serait quelque chose, ça aurait du panache, y aurait des choses à raconter !
Un deux trois quatre, un deux trois quatre, reprends tes respirations, ça s’agite. Il y a autant d’extase sous tes pas dociles qu’il y a de banalité sous ceux que tu imagines te porter au
loin.
Au milieu des crissements de nos souliers sur la
neige, elle m’avait demandé pourquoi…
J’ai le tronc encore percé d’une question à laquelle je ne pourrai jamais répondre.
Carillon qui sonne la dizaine matinale.
Tracteur qui fait tourner son moteur.
Désirable campagne. Compagne désirable. Évocations et résonnances sur le chemin mort comme peau de serpent abandonnée à la mue, et lancé le corps neuf dans les inconnus du paysage.
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