
Le corps ralenti, la parole inerte, je réponds sans mots.
J’évolue dans la pièce comme un scaphandrier au fond de l’eau.
Mêmes les flammes du feu vont trop vite. Tout pourrait aller à une autre vitesse. Tout pourrait s’enliser dans une autre temporalité, avec la vulnérable assurance d’être.
C’est que j’ai rencontré des images un peu denses
d’émois.
Dans ce lieu connu depuis l’enfance.
Accumulés, mille rêves, mille souvenirs, mille passages.
Mémoire du passé, mémoire du futur, enlacées.
Télescopées dans ce présent qui devient mémoire, déjà.
Au milieu, celui qui a son âge et qui se trouve au milieu.
Balloté, remué, secoué.
Crissement de gravier sous les semelles.
Bonjour à la dame souriante sur le perron.
Odeur de neige dans la brise.
Hommes rembrunis derrière la machine à presser le raisin.
La maison du grand-père. La cours. L’animation des repas d’antan. La présence de celle qui n’est plus. Les jeux innocents. La chaleur de la famille. Les liens rompus. La solitude du patriarche. L’éclatement inexorable des sanguines appartenances. Tout ce dont il faut se séparer, mais qui reste si vif à l’intérieur de soi, plus vif encore que tant d’expériences pourtant actuelles. Cette vie phosphorescente si lumineuse dans la nuit des temps.
Carlingue de zinc à l’étincelle de reflet solaire, qui passe là-haut.
Petit bus de vacances qui attendent dans les parkings privés.
Les terrasses d’une liqueur au soleil couchant,
l’été.
Les familles qui vivent là, dans leurs habitudes dont je ne connais rien.
J’ai touché de la paume des présences évanouies, rejoint des aires d’intériorité aux mélancoliques atours, salué le
don vital de mes aïeuls, embrassé d’un souhait mes aspirations les plus sincères, tenté de joindre les bouts, posé mon sac, souligné les maîtres-mots, arrangé un peu les ruines en attendant de
pouvoir faire mieux, je me suis regardé dans ce miroir qui se fiche de savoir à quoi je ressemble et qui s’inquiète plutôt de me renvoyer une image fidèle et mouvante, instable mais réelle.
J’ai rassemblé le troupeau de mes désirs, qu’il me faudra maintenant mener à bon port, dans l’enclot ouvert d’un pays fait de bric et de broc, composer avec
les moissons disponibles, m’accommoder des restes, inventer des outils.
Préoccupations détournées des surfaces sans goût,
c’est l’épure que je retiendrai du séjour en la verdoyante contrée. Salut, belle. A bientôt j’espère.
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