Mardi 8 janvier 2008

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Le corps ralenti, la parole inerte, je réponds sans mots.
J’évolue dans la pièce comme un scaphandrier au fond de l’eau.
 

Le froid.
L’effort de la marche.
Le recueillement survenu.
L’essence des pensées arrivées.
La lenteur dans les beautés environnantes.
Un escalier vers le ciel où j’ai vu mieux d’en haut.

 Mêmes les flammes du feu vont trop vite. Tout pourrait aller à une autre vitesse. Tout pourrait s’enliser dans une autre temporalité, avec la vulnérable assurance d’être.

 

C’est que j’ai rencontré des images un peu denses d’émois.
Dans ce lieu connu depuis l’enfance.
Accumulés, mille rêves, mille souvenirs, mille passages.
Mémoire du passé, mémoire du futur, enlacées.
Télescopées dans ce présent qui devient mémoire, déjà.
Au milieu, celui qui a son âge et qui se trouve au milieu.
Balloté, remué, secoué.

 

Crissement de gravier sous les semelles.
Bonjour à la dame souriante sur le perron.

Odeur de neige dans la brise.
Hommes rembrunis derrière la machine à presser le raisin.

 

            La maison du grand-père. La cours. L’animation des repas d’antan. La présence de celle qui n’est plus. Les jeux innocents. La chaleur de la famille. Les liens rompus. La solitude du patriarche. L’éclatement inexorable des sanguines appartenances. Tout ce dont il faut se séparer, mais qui reste si vif à l’intérieur de soi, plus vif encore que tant d’expériences pourtant actuelles. Cette vie phosphorescente si lumineuse dans la nuit des temps.

 

                        L’arbre aux deux troncs, le V qu’il forme et leur alliance photographiée au creux de ce symbole de végétal, le jour du mariage, parents que je ne connaissais pas encore. L’arbre tient toujours, si c’est bien lui, le couple a rompu, et la sève ne court plus dans les veines de celle qui avait la robe blanche. Je pose ma tête là où elle posa la sienne peut-être. Aujourd’hui je suis plus vieux qu’elle fut alors. Je passe ma main sur l’écorce contre laquelle lui s’est adossé, amoureux comblé d’amour, jeune-homme de dix ans plus jeune que moi qui allait devenir mon père. Ils étaient là,  ils étaient vraiment là, de chair et d’os, de souffle et de voix, ils étaient exactement là où je suis, je les imagine, je reconstruis leur présence, je m’entoure de leur amour naissant, de leur union chaude et naïve, de leur joie d’être ensemble, de leur souhait d’avoir des enfants, de ce rêve dont je suis pétris, présent à l’endroit où la racine de leur liaison s’est fichée dans le sol, se promettant des promesses intenables, mais belles d’une inconscience qui leur permis de s’abandonner à la vie et de m’y proposer une place. J’ai la tête contre la sienne, la main dans son dos à lui, je suis le plus vieux des trois, je ne trouve pas de place pour ma sœur dans cet endroit, je suis seul avec eux, j’ai besoin d’être seul avec eux. Pourquoi n’est-elle pas apparue, je me questionne maintenant, ne puis-je exister à leur côté avec sa présence à elle, ai-je dû si bien m’effacer pour elle et sa constitutive faiblesse qu’il me faille désormais l’effacer elle si je veux exister là ?

 

        Immense de nuages qui s’y étendent à l’infini, le ciel révèle son volume d’atmosphère, sa réalité planétaire. L’espace et la rotondité, imaginables, tout ce qu’il y a à visiter. Ça fait comme un appel d’air, un siphon qui cherche à me siffler l’âme vers d’improbables ailleurs, d’un continent à l’autre.             Je repense aux voyages de la dernière décennie, je me les passe comme pommade, barbiturique destinée à soulager l’angoisse, vin d’oubli et de patience, il y aura ce retour à la vie promenée, cette balançoire de va-et-vient qui ajoute aux délicieux changements des saisons les respirations de l’exil. Il y aura.

 

 
Carlingue de zinc à l’étincelle de reflet solaire, qui passe là-haut.
Petit bus de vacances qui attendent dans les parkings privés.

 

Les terrasses d’une liqueur au soleil couchant, l’été.
Les familles qui vivent là, dans leurs habitudes dont je ne connais rien.

 

            J’ai touché de la paume des présences évanouies, rejoint des aires d’intériorité aux mélancoliques atours, salué le don vital de mes aïeuls, embrassé d’un souhait mes aspirations les plus sincères, tenté de joindre les bouts, posé mon sac, souligné les maîtres-mots, arrangé un peu les ruines en attendant de pouvoir faire mieux, je me suis regardé dans ce miroir qui se fiche de savoir à quoi je ressemble et qui s’inquiète plutôt de me renvoyer une image fidèle et mouvante, instable mais réelle.
        J’ai rassemblé le troupeau de mes désirs, qu’il me faudra maintenant mener à bon port, dans l’enclot ouvert d’un pays fait de bric et de broc, composer avec les moissons disponibles, m’accommoder des restes, inventer des outils.

Préoccupations détournées des surfaces sans goût, c’est l’épure que je retiendrai du séjour en la verdoyante contrée. Salut, belle. A bientôt j’espère.

par complexus publié dans : Retour au monde communauté : Etre pour les autres.
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  • : L'être soi en errance existentielle
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  • : D'humeurs en états d'âmes, par les mots et les images, raconter le quotidien d'une rencontre sensible avec soi-même, autrui et le monde... Décliner poétiquement les façons dont l'identité humaine trouve son chemin dans la complexité d'une existence... En cherchant à traduire fidèlement le vécu intérieur, proposer un écho ouvert où chacun puisse entendre ses voix intimes...
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