
C’est un arpège, pour finalement s’installer et parvenir aux mots.
Avant, il y a eu des essais. Sans clair mouvement vers
ce lieu de rituel, mais avec ce qui est connu de plaisir et de sens. Et c’était comme si plaisir et sens étaient inaccessibles, alors ça cherchait, par tendance à s’obstiner pour ce qui compte
vraiment.
Le temps où l’aube était sacrée.
Il me revenait comme on se reproche des choses.
Maintenant c’est : allume ton ordinateur et regarde tes messages,
Avale sans remarquer, arrive sans sentir, renaît sans goûter.
Bien sûr, il y a le lien, les autres, dans ces messages sur lesquels quelque chose de moi se précipite. C’est bon, je vais les voir les autres ! ça peut attendre un moment !
Le temps où l’aube était sacrée et je regardais dehors sans rien dire.
Il y avait comme quelque chose de plus adéquat, de plus juste, de plus en place.
Rosace lumineuse qui gonfle dans le ventre sans
fond.
Enluminures célestes à déchiffrer dans les échos qu’elles font naître.
La même stupeur qu’un être de n’importe quel millénaire.
Les premiers bruits du monde, ils réveillent la démesure invisible et percutent les consciences attentives.
C’est toujours la même lutte contre l’oubli et
l’égarement.
Une sorte d’érosion qui attaque de partout et qui exige de rallumer quotidiennement la lanterne.
C’est beaucoup plus facile d’oublier.
Jusqu’au jour où la mort, sous une forme ou une autre, vous remette les idées en place.
Autant ne pas attendre.
Autant ne pas oublier ce qu’elle a dit lors de son premier passage.
Un devrait suffire pourrait-on croire. Mais un ne suffit pas. Deux non plus, d’ailleurs. Je ne crois pas ceux qui disent qu’elle a tout changé définitivement, qu’elle a résolu le problème de la
conscience d’être une fois pour toutes. J'ai l'intuition qu'ils élucident des fragments de vigilance active.
Nous sommes des êtres d’oublis et d’habitudes et d’érosion lente.
La vigilance n’est pas acquise, dans mon expérience.
Qu’est-ce qui est acquis, sinon les pertes ?