
Elle est colossale la fatigue qui vient de ne jongler qu’avec la périphérie, parce que le centre est inaccessible. De ne pouvoir rendre actif ce qui ne demande qu’à s’offrir, ce qui attend
l’opportunité de faire vivre les richesses et les ressources contenues.
Buttant contre la réalité sociale.
L’invincible muraille institutionnelle qui dit son indifférence,
Parce qu’elle a tout ce qu’il lui faut.
L’impossibilité d’autonomie,
Parce qu’il y manquerait l’expérience.
Boucle fermée, portes bouclées, circuit saturé.
Pendant ce temps, tout ce qui ne demande qu’à être
exploité au mieux,
L’infinie énergie du cœur qui aime ses gestes et ne les compte pas,
Les sommes de plaisir à faire ce qui a tout son sens,
Toute cette vie à laquelle il suffirait d’un terreau idoine pour bouillonner
Et entrer dans le mouvement perpétuel spontané,
Elle se gaspille et s’épuise, pourrait se gâter.
Et il faut donc encore trouver de l’intelligence pour éviter l’amertume.
Alors d’autres acquis surviennent : chaque expérience est un potentiel apprentissage,
Et celle-ci pas moins qu’une autre. Mais bon, ça va, y a des moments où être intelligent est profondément emmerdant, littéralement casse-couilles.
Je cède à ma colère.
Je m’y plonge un moment.
Je me plains.
Je rumine mon sort.
Je dis que ça fait chier, parce que ça fait chier.
Et ça passera.
Et je repartirai plus léger.
Au lieu de
pouvoir me donner
Je dois montrer que je suis intéressant.
Au lieu de partager mes labours et de prendre part à l’entraide collective,
Je dois me coller des étiquettes sur le front qui disent que j’ai labouré,
Que ça vaut la peine de venir voir dans ma grange et de me donner une place au marché…
Ça pourrait être tellement plus riche si c’était dans
la main des gens, si ça vivait dans l’échange, si ça participait,
si seulement ça pouvait participer…
Et ça fait des
marécages d’ennui.
Des dépressions de l’humeur à redondance cyclique.
Des frustrations du vieil âge qui n’a pas vécu sa complétude.
Ouais, je me fais vieux con pour le coup, le temps que ça me passe.
Au bout du compte, c’est la rage qui fonctionne comme dernier rempart, ultime ressource de mise en mouvement, d’un possible rebond. J’utiliserai celle-là pour aller encore un peu plus loin, repartir plus déterminé qu’avant, plus bravache et conquérant, tu vas voir.
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