
Ce ne sont jamais juste des choses.
Parcelles de soi, objets investis, histoire transportée dans la matière.
C’est long à venir, c’est lent à se faire, c’est toujours un peu douloureux.
Tu décides d’enlever ces étagères que tu as installées il y a cinq ou six ans, qui t’ont accompagnées pendant un lustre entier, qui ont été un bout de ton reflet pendant ces années maintenant révolues. Au moment de passer à l’acte, tu sens comme une écorchure, une coupure quelque part, de façon confuse dans ce que tu nommerais ton âme. Et ça te rappelle toutes les écorchures.
Marques du temps passé.
Abandon de fragments évanouis.
Petite perte de l’avancée vers la perte finale,
Repoussée à coup de plaisirs, de rencontres, de défis, de joies et de présence.
Comme un feu de broussaille, la sensation se
répand.
Qu’y aura-t-il à enlever encore pour parvenir à l’aspiré ?
Qu’avons-nous déjà perdu ?
Vers quoi allons-nous ?
Elles déferlent, les images et les évocations, elles fourmillent comme gerbes d’étincelles. Il se répand, le grand vide habité du passé, il surgit comme un grand voile aux milles formes peintes. Elles s’agitent, les projections sur la voie des lendemains, pleines de questions et d’incertitude, d’angoisse à se demander s’il y aura ce qui est espéré, si la vie sera assez longue, les rencontres assez riches, les accidents assez bénins, la chance assez généreuse, le courage assez grand, l’intelligence assez perspicace…
Un petit changement qui appelle les grands, par écho, par ressemblance, par suscitation. Et il faut tenir là où l’on est, s’accroupir dans l’instant, rester branché sur l’onde actuelle, sinon c’est à la vie qu’on échappe, et c’est bien plus embêtant que tout le reste.
Je ferai un feu de joie de tous ces bouts de bois entassés. Un jour, une nuit, dans des circonstances dont je m’imagine agréablement la teneur. Quelque chose aura changé.
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