
Soleil de 17 heures.
Genève, Suisse.
Europe, Terre.
L’ombre de l’immeuble monte doucement sur celui d’en face.
Ou la planète tourne.
Je cherche des choses qui occupent ma pensée et m’empêchent de réaliser que la Terre tourne. Je prends un moment pour oublier, je me fiche de tout le reste et je regarde cette Terre qui tourne. Les indices. Les indices du merveilleux dans le trivial.
Ombres mouvantes.
Gestes des nuages.
Lumière qui s’articule.
Cumulus gigantesques au loin. Ces moutons géants qui traversent siècles et continents avec la même nonchalance. Mon regard perd quelques millénaires, pris d’une sorte de vénération inquiète,
camarade mystique de millénaires ancêtres.
Un homme sur son balcon. Il semble intéresser mon regard, qui le suit attentivement, comme si c’était important, geste de mon corps, geste que je ne dirige pas. Depuis quel archaïsme est-il inscrit en moi, en quelles profondeurs prend-il source ?
Le jaune disparaît et laisse du gris-bleu.
Ça se passe comme ça des fois sur Terre.
Ça change d’un instant à l’autre, sans qu’on s’y attende.
Et ça vous perturbe tout le paysage, et vous pouvez rien y faire…
Des mouvements qui vont dans tous les sens. Des milliards de trajectoires individuelles sur un fil. Des télescopages bienheureux, des accointances malheureuses. Ceux qui voient en amont une cohérence initiale, ceux qui conçoivent l’harmonie comme un regard à rebours, tissé dans l’instant et à tricoter sans cesse, ceux qui mélangent les sauces, arrangent les chaos incertains dans l’ordre d’une apparence qui rend possible le sens, ceux qui n’y voient goutte et ceux qui s’en foutent, ceux qui s’interrogent et aime n’avoir aucune réponse, ceux qui répondent avant que la question ne soit posée. Des effets immenses à partir d’une infinitésimale secousse, la nécessité du désordre et de l’imprévisible pour que se crée quelque chose, pour qu’il n’y ait pas répétition sans fin de l’identique, mais l’inattendue vie.
Crépuscule de Janvier.
An 2008.
Système solaire de la voie lactée.
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