
Ma présence dans la durée.
Depuis mon crâne frayant la voie vers la lumière.
Jusque l’à venir d’un choc avec l’ultime limite de mes ressources.
Une continuité si discrète, si difficilement perceptible, finalement imaginaire, bien que vécue.
Le nombre de secondes qui gisent là.
Entassées, cumulées, mélangées, concassées.
Les voix, les visages, les noms, les peaux.
Les lieux, les distances, les déplacements.
Les rencontres, les séparations, les accidents, les guérisons.
Dans le vase sans fond, ces phrases tombent et s’empilent sur les corps de l’ombre. Brièvement, elles éclairent mon esprit, passent comme un fil de sens dans l’esprit de quelqu’un d’autre, puis vont se perdre dans les monceaux infinis des fragments d’hier. Au moment où je les articule, elles créent l’espace dans lequel je peux trouver un sens d’être. En délimitant une frontière dans la matière informe du vivant à l’aide de leurs artifices, je m’offre un territoire d’existence, et je le cherche aussi riche de sens que possible en trempant mes mains dans la matière noble du temps poétique, du temps humain, du temps nommé temps par l’Homme, bien qu’il ne soit pas si simplement définissable, préhensible, appréhendable. Pauvres de nous qui pressentons, devinons et concevons l’immense sans pouvoir le sentir ni le voir.
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