Dimanche 27 janvier 2008

Nouvelle-image--31-.jpg

Il avance le temps, il me vieillit, toujours, inlassablement. Jamais il ne fatigue ni ne se repose, jamais il n’hésite. C’est si naturel pour lui, ce lent, pérenne et fluide écoulement dont je ne saurai jamais remonter le courant, auquel je ne pourrais résister un seul instant. Je le pense et aussitôt il m’échappe, il contient le mot que je cherche pour le décrire et le repousse sans cesse plus loin, enveloppé dans son mouvement invisible, invincible. Rien ne bouge, à peine mes mains sous mes yeux, la musique évanescente, trois merles, sinon rien ne bouge et c’est peut-être là qu’il se rend visible soudainement. L’immobilité des choses révélant la force qui les travaille sans relâche, fait son œuvre de vie et de mort. Que sont ces frissons qui parcourent mon corps ? Quel est cet état d’interrogation sans fin ?

 

Ma présence dans la durée.
Depuis mon crâne frayant la voie vers la lumière.
Jusque l’à venir d’un choc avec l’ultime  limite de mes ressources.
Une continuité si discrète, si difficilement perceptible, finalement imaginaire, bien que vécue.
 

C’est cet endroit que je connais.
Nul autre.
Mon corps, ma conscience.
Pétri d’une somme d’instants et de leurs singuliers matériaux.

Le nombre de secondes qui gisent là.
Entassées, cumulées, mélangées, concassées.
Les voix, les visages, les noms, les peaux.
Les lieux, les distances, les déplacements.
Les rencontres, les séparations, les accidents, les guérisons.

Dans le vase sans fond, ces phrases tombent et s’empilent sur les corps de l’ombre. Brièvement, elles éclairent mon esprit, passent comme un fil de sens dans l’esprit de quelqu’un d’autre, puis vont se perdre dans les monceaux infinis des fragments d’hier. Au moment où je les articule, elles créent l’espace dans lequel je peux trouver un sens d’être. En délimitant une frontière dans la matière informe du vivant à l’aide de leurs artifices, je m’offre un territoire d’existence, et je le cherche aussi riche de sens que possible en trempant mes mains dans la matière noble du temps poétique, du temps humain, du temps nommé temps par l’Homme, bien qu’il ne soit pas si simplement définissable, préhensible, appréhendable. Pauvres de nous qui pressentons, devinons et concevons l’immense sans pouvoir le sentir ni le voir.

par complexus publié dans : Retour au monde communauté : Etre pour les autres.
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Retour à la page d'accueil

Complexus ?

  • : L'être soi en errance existentielle
  • complexus
  • : D'humeurs en états d'âmes, par les mots et les images, raconter le quotidien d'une rencontre sensible avec soi-même, autrui et le monde... Décliner poétiquement les façons dont l'identité humaine trouve son chemin dans la complexité d'une existence... En cherchant à traduire fidèlement le vécu intérieur, proposer un écho ouvert où chacun puisse entendre ses voix intimes...
  • Recommander ce blog
  • Retour à la page d'accueil

Commentaires

Recherche

Blog : Jeux sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus