Jeudi 31 janvier 2008

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J’ai vu les jeux de lumières sur les façades des immeubles, scindant en grandes traces rectilignes, d’un trait sûr, le haut du bas, la face est de la face ouest, et contre le bleu du ciel, les couleurs exagérées et les ombres puissantes faisaient de non moins puissants et exagérés appels d’âme. J’ai vu dans les grandes rues, des lignes de fuites joliment rejointes au loin, parsemées de silhouettes et d’engins se déplaçant dans toutes les directions, manifestement pointées vers des buts relativement certains. J’étais inquiet d’arriver là où je me rendais, principalement, sauf au moment où j’ai pris conscience de la fraîcheur de l’air dans mes narines et sur mes mains, et aussi quand j’ai levé la tête et que mes pas ont ralenti sous l’effet d’une stupeur d’extase, c’était beau ce que je voyais, je crois que c’est une explication plausible à mon ralentissement. J’ai vu le sol couvert de goudron, de bitume, d’asphalte, partout autour de moi, sur la rue, le trottoir, au pied des tours et des maisons, et je me suis demandé un instant ce que mon corps aux gènes préhistoriques en pensait, s’il pouvait se sentir fondamentalement bien dans cet environnement ou si, au contraire, il ne pouvait qu’y trouver l’asphyxie et la soif brutale d’autre chose. J’ai vu sur la fourre d’un disque un bord de mer aux terreaux couverts de mousse verdoyante, surplombé d’une brume diaphane et légère, j’ai entendu la musique dans ma tête et je me suis dit que l’image et la musique se mariaient bien, puis j’ai essayé de me rappeler la dernière fois que j’ai vu la mer. Je me suis encore demandé si ce n’est pas une autre histoire de jouer d’un instrument dans un lieu pareil, si ce n’est pas immédiatement plus authentique, si l’expression ne trouve pas plus facilement sa place, et j’ai senti comme une tristesse dans la poitrine – je me suis dit que peut-être mon corps essayait de répondre à ma question, et j’ai pensé qu’il était affirmatif. J’ai vu plusieurs centaines de personnes, répandues un peu partout dans la ville, j’en ai reconnu deux avec lesquelles j’ai parlé un moment, une au milieu des frissons dont le froid la faisait tressaillir et s'impatienter, l’autre à travers la faiblesse de son sourire et de sa voix qu’une tristesse secrète exprimait, sinon les autres je ne les connaissais pas et nous ne nous sommes rien dit. J’ai vu la femme qui ne me salue presque jamais et fait toujours une drôle de tête, celle à laquelle j’ai ouvert la porte hier pour lui éviter d'avoir à tappoter le code de nos misérables sécurités, et je me suis demandé pourquoi elle me souriait et me disait bonjour aujourd’hui - j’avais mon idée. J’ai vu encore beaucoup d’autres choses aujourd'hui, mais ça en ferait un peu trop, on ne peut pas passer son temps à raconter ce qu’on a vu, sinon on ne voit plus rien.

 
par complexus publié dans : Retour au monde communauté : Etre pour les autres.
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Complexus ?

  • : L'être soi en errance existentielle
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  • : D'humeurs en états d'âmes, par les mots et les images, raconter le quotidien d'une rencontre sensible avec soi-même, autrui et le monde... Décliner poétiquement les façons dont l'identité humaine trouve son chemin dans la complexité d'une existence... En cherchant à traduire fidèlement le vécu intérieur, proposer un écho ouvert où chacun puisse entendre ses voix intimes...
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