
La violente architecture du ciel bâtie en géants de cotons, la mélancolique beauté d’une voix qui effleure des accords mineurs, la douleur d’âme travaillée d’impatience, fait un mélange confus
qui m’agrippe le cœur. Je ne peux me résoudre à l’éviter, à ne pas en dire quelque chose, à ne pas la saisir et la retourner à mon avantage.
Il faut avoir mal pour changer. Il faut que ça blesse, que ça étouffe, que ça griffe. Sinon il ne se passe rien. C’est la fonction même de la douleur. J’accepte mieux l’état quand je sais que lui seul peut me fournir l’énergie par laquelle me mener là où j’ai besoin d’être. Il n’y a pas d’échappatoire : je dépends de ce malaise pour que mon désir puisse activer mes ressources d’agir. Sinon je supporte, je patiente, je continue, je mets en liste d’attente. Sans lui, le même continue. Avec lui, le différent devient nécessaire, prioritaire. J’accepte mieux et j’utilise mieux : je ne m’afflige pas de ce mal, j’en fais bon usage, je le prends en charge, je brûle son carburant, je capture son essence pour m’en faire un mouvement d’être. Mais il ne va pas cesser de me peiner pour autant, il ne faut pas se raconter des histoires.
Raison pour laquelle, je m’irrite encore et toujours autant contre toutes les idéologies, conceptualisations, conseils, jolies phrases, mythologies, citations, proverbes et maximes en tout genre qui font miroiter une joyeuse glissade toujours légère et toujours positive ou du moins paisible sur les écueils et les détours de l’existence. Et qui pullulent et polluent nos espaces en tous genres. De leurs belles pattes blanches et traîtresses ou naïves, nous empêchant d’être au plus près de l’expérience de vie.
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