Jeudi 7 février 2008
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Dans le scintillement de mille pépites à la surface du cours d’eau, mes yeux voient autre chose que cette rivière bien connue. Eblouies par le millier d’étincelles qui ricochent sur les vaguelettes, mes pupilles se ferment et me font doublement mal. Il y a ce trop plein de lumière et il y a ce trop plein d’émoi. Pourrais-je retrouver le nom de la rivière que je vois à l’intérieur et qui n’est pas celle qui m’aveugle ? La voiture dans le parking de terre battue, première halte sur la route qui descend au Sud, sortis de l’autoroute, sous le soleil écrasant d’un beau midi. Du coffre, nous avons tiré les matelas gonflables que nous venions d’acheter, excités comme deux enfants, comme deux pirouettes de rire et de connivence. Souffler à s’en faire tourner la tête, déjà saoules du sentiment de liberté reconquis. Peut-être n’étions-nous pas si bien que je veux le croire aujourd’hui. Pourtant la mémoire est désirable, suscite la belle espérance, la douceur de sentiments rejoints. C’est égal. Après, il y a une main qui me tient par la cheville peut-être, ou par le bras, s’amusant à dériver ensemble au milieu de la grande flaque mouvante. Corps ouverts, corps offerts au grand bleu, dans la joie estivale des peaux exaltées par le contact à l’air et aux chaudes caresses d’une ancienne divinité. Le silence comptant les mailles de glouglous liquides et ponctué de nos échanges qui n’en reviennent pas : il y a deux heures nous étions de goudron et d’habitude et nous voilà d’eau et d’inconnu, perdus déjà dans la détente infinie d’un début de vacances. Ça ne dure pas bien longtemps, mais le retour est si puissant qu’il s’imprime et m’accompagne tandis que la rivière est dépassée, abandonnée dans le fond du chemin. Mais tu restes là, main posée sur mon bras, le visage lancé vers l’azur et l’humeur indolente sous tes paupières baissées, loin de tout, à côté de moi. Et je suis en manque d’un sourire qui me retourne les muscles, me tord l’échine, me renverse l’âme… Premier jour de voyage, première sortie pour humer cet air si particulier du temps rompu, de la parenthèse totale, dans ce temps qui nous sépare de la course à la construction de soi et nous rapproche d’un monde désinquiété de la place à gagner, à préserver et à défendre. Te trouves-tu parfois possédée par ces évocations qui te ramènent en pareilles contrées ? Es-tu rappelée comme moi par ces petits incidents du réel qui évoquent ce qui fut partagé ? Ou suis-je parfaitement seul dans le délire de ma pensée qui voyage et se perd, revient, disjoncte du présent. Il y avait ma plus grande jeunesse, la moindre urgence à arriver quelque part, une envergure démentielle de possibilités qui faisait respirer et paniquer, des ignorances douloureuses à ne pas savoir se reconnaître et se sentir, à se dénigrer les besoins et les limites ; il y avait de belles choses qui aujourd’hui prennent toute la place du souvenir et il y en avait de moins belles qui reviennent aussi de temps en temps, peinant ma pensée de remords et de honte même si grandement guéries, presque dépassées. Et il y a ce brouillard d’étoiles qui s’accrochent à ma rétine et m’interpellent, cette aura de flammèches blanches à laquelle j’accorde toute mon attention parce que je préfère la poésie de ma rêverie inutile aux occupations de mon isolement contraint. Vaine chanson que j’adresse à l’oubli, cherchant à traduire au mieux ce soulèvement d’âme, répondre de biais à l’appel du large, participer au grand conseil des mélancolies réunies, tranchant sur l’autel mon cœur que je remercie de battre encore, malgré tout.

par complexus publié dans : Retour au monde
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Complexus ?

  • : L'être soi en errance existentielle
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  • : D'humeurs en états d'âmes, par les mots et les images, raconter le quotidien d'une rencontre sensible avec soi-même, autrui et le monde... Décliner poétiquement les façons dont l'identité humaine trouve son chemin dans la complexité d'une existence... En cherchant à traduire fidèlement le vécu intérieur, proposer un écho ouvert où chacun puisse entendre ses voix intimes...
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