
Oh routes sauvages qui s’entremêlez dans mon image, peintures d’anciennes et nouvelles illuminations, conquêtes de sol et de ciel que j’envisage un souffle au cœur, cessez donc votre danse d’hautaines initiées ou revenez-moi sous les pieds, que je marche vers les plates-bandes que sont vos destinations. Il n’y a plus de distance et pourtant si lointaines, je vous vois et vous sens mais vous sait si perdues dans le vague des temps, dans les brumes de ce qui n’est pas, n’est plus, ou pas encore. Fouettez donc la vie qui git incertaine dans ma poitrine, tournez vers moi vos démentiels visages qu’ils m’avalent de leurs grandes bouches de soleil. Il suffit d’une peau et elle ouvre des espaces et des chansons, sans limites ni pauvreté de vibrations, une peau qui court-circuite la marche tranquille des jours sur leurs rails de fer et d’obstination. L’autre présence d’un regard, d’un espoir, d’une attente, qui modifie l’univers entier, simple apparence - concrète matière tirant toutes pensées, toutes intentions, seule préoccupation devenue le centre des centres. A promener dans la caresse des hautes herbes, à rouler sur l’herbe grasse d’un bord de mer, sous le cri des mouettes et l’ampleur des goélands maladroits, gauche sous mon aisselle, ensevelie de plaisir en oubliant qu’il y a une vie en dehors de ça. La confusion rêveuse qui nous visite dans cette musique des sangs rencontrés, la puissance nue qui soulève tout mouvement, prennent part au monde dans son arythmie nourricière les échanges subtiles quand les mots sont pétris de silence et le silence plein de paroles. Si chargés de vie qu’en dépit de toute rareté, ils en contiennent la quintessence, ils en dessinent les traits d’épure, le squelette principiel. Contour d’estampe soulignant la première nature du désir, quand les voix d’en haut se taisent et que discourent les sens réunis, conjoints, rassemblés dans la trame indissociable des vies de tous les temps, et dans celle des choses et des êtres, l’incidence de toutes choses en toutes choses. Viens, viens, balance là, contre, danse encore, berce et roucoule, murmure ici, chantonne au plus fin du son la mélodie de cette humeur labile qui ne tient qu’au fil de notre lien. Partons. Lance sur la route sauvage devenue amie, les images si longuement ballotées dans les mares et les étangs mélancoliques, jette sur la toile tes couleurs d’aujourd’hui, que tourne mon œil ébaubi, jette tes cris d’oiseau contre le mur du printemps, calque ta présence contre la mienne et dans le couvert de ces herbes géantes qui nous protègent et nous portent, agacent ta nuque fraîche parcourue de frissons, oh encore le murmure d’une voix si proche qu’il lui suffit d’un filet d’air pour être entendue des cieux intimes, des couchers de soleils aux aurores contenus dans le puits de mémoire, sur la flaque au fond des traces d’huiles en hiéroglyphes et signatures sibyllines – elles sont la preuve de l’attente, de l’incompressible espérance, d’une forme de foi souveraine. Reçois du plus lointain ce qui arrive maintenant, à l’orée de mes lèvres, la perle suspendue ne craignant plus le vide ni la misère, de toute l’affection arrivée rassérénée au comble du repos.
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