
Au moment où le soleil est doux et les couleurs chaudes, quand le souffle rauque du crépuscule passe dans le murmure des feuilles. A l’heure où le printemps rayonne, j’ai regardé au zénith la lune dans son hémisphère. J’ai tendu mon espoir vers le ciel, comme un poing de victoire, une arme inoffensive et belle lançant un défi aux ombres et aux ruines. Des milliers de chansons parcouraient mes veines et criaient aux nues le silence de mon âme. Je voyageais au cœur du monde, dans le souvenir et l’appel, la mémoire et l’élan, en cette union secrète de l’instant aux instants.
Célébrer la seconde invincible qui me pétrit de vie.
Le monde ré-enchanté et son trouble.
Parcourir encore une fois ce chemin de colline et d’enfance, de vieillesse et d’espérance, et tandis que l’air descendu de l’horizon fait des bruits de mers aux bords de mon crâne, je sens la charge de l’attente qui ne sait plus comment espérer, indélébile au creux de ma peau, je respire une larme et parle tout seul, d’une voix rompue à l’absence.
Il n’est pas de plus grande expérience que celle-ci, dont le contenu peut prendre toutes les formes mais n’a qu’une substance, et c’est à son aulne que me vient le désir de peser ma vie. Toujours. Alors les évidences se dessinent, les pauvretés apparaissent et se distinguent, le poids des imbécilités alourdit mes organes, et mon cœur se débat et refuse la servilité docile aux mœurs que je ne chéris ni ne peux me résoudre à comprendre tout à fait. C’est ici, au milieu de ce champ, que se révèle à mon esprit les évocations subtiles d’un bilan de vie. Si je pouvais d’un coup d’un seul tourner la page et commencer un nouveau chapitre, si le geste existait, je crois qu’à l’instant même, je l’exécuterais sans plus réfléchir, et je plongerais avec déraison dans une vie différente - sinon meilleure.