
Main de printemps. Doigts entremêlés comme racines dans le cœur. Réchauffée l’échine qui grelottait dans la nuit, en quelques caresses, au contact simple d’une attention. Evasée l’iris devant les flots de lumière, la dilatation soudaine d’un feu de l’intérieur, magma blanc inondant le cerveau. La clef dans la main, ouvrir les portes, avancer comme funambule sur le fil, au péril du confort, à l’enchantement des sens et des impressions. A chaque instant peu sûr du prochain pas, obligé à la présence et à la prolongation, à la projection au devant de soi. Tout le poids des ans lancé avec ferveur vers le jour et ses lueurs incertaines, vacillantes mais si belles, si vivantes tout d’un coup. La vie qui s’exprime à travers les gestes, la vie qui passe et circule librement dans les muscles, les veines et les pensées. La vie retrouvée. En s’octroyant des permissions d’existence, découvrir les ressors inimaginés, la puissance de se trouver dans l’axe, connecté. En apprenant la patience, et d'avoir survécu assez longtemps, connaître le goût de la récompense. Préférer à la sécurité acquise, les remous et les embuscades de l’aventure. Il en faut du temps pour déconstruire les vues troublées, pour répondre aux besoins qui se cachent derrière chaque peur. Il en faut des persévérances, des mots et des maux, pour gravir les cols et voir le grand paysage, pour plus encore descendre dans la vallée affronter la bête sauvage du désir, comme un chevalier fou lancé sur l’avenue centrale, viscérale. A mesure que l’approche se fait, les murs tombent, les pièges s’évaporent comme mirages, anciennes croyances reléguées au compte des mythes et d’ignorantes obscurités. C’est comme une sortie de tunnel, le chaud soleil et la fraîche brise sous lesquels se saisit le frisson de l’existence.
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