Samedi 10 mai 2008


S’occuper des liens, s’occuper des racines, visiter les sources. Déambuler lentement dans le musée de souvenirs, entouré de vieux bibelots, d’empreintes qui résonnent encore sur la peau, de marques que les affections ont laissées dans les miroirs qui jalonnent la visite. Il est bien difficile de cerner avec précision les vestiges des organes qui nous fondèrent, des voix qui nous façonnèrent, nous remplirent d’amour et d’effroi, de tendresses et de chaînes lourdes à porter. Reconnaître ce que leurs gestes ont suscités d’émoi tandis que nous n’en savions rien, tandis qu’échappaient à notre attention toutes leurs maladresses, leurs aveugles violences, le partage de leurs propres prisons. Il ne reste que de vagues intuitions, des sens corporels confus auxquels il s’agit de se rendre tout à fait disponible pour en saisir l’essence significative. Un temps, une place, un espace à créer dans l’urgence des jours, pour déficeler peu à peu les entraves, émanciper les souffles et les regards, grandir la posture, épanouir l’être. Il y a au présent assez de signes pour décrypter la dramaturgie de cette pièce dont le scénario tend à se répéter indéfiniment, trouver en soi les ressources emmurées qui viendront à déborder des barrages et emporter dans leur flot de vie toutes les anciennes barricades. Il suffit parfois d’être attentif à la sensation qui se dessine, presque insensible, en laquelle se synthétise tous les heurts et toutes les puissances, l’agripper comme une corde suspendue au-dessus de ce qui nous fige et s’envoler. Mais comprendre, dire, sentir, analyser, essayer, être entendu, expérimenter, reconnaître, accepter, disséquer, agir, se tromper, briser les croyances, accueillir les vibrations organiques, toucher la réminiscence qui éclaire, exprimer l’émotion retenue – d’hier ou d’aujourd’hui –, apprendre, réapprendre, intellectualiser, tisser du sens d’esprit, laisser venir les images, accompagner le geste, rejoindre le corps dans ses messages simples et ses évocations subtiles, s’abandonner à l’insu, à l’imprévisible, à la part involontaire de notre présence, attendre que la maturation opère, laisser le temps faire son travail, changer la perception du monde, renverser la logique attendue, faire des exercices pratiques, des actions symboliques, fuir, recommencer jusqu’au dégoût… Toutes étapes nécessaires, suffisantes, insuffisantes, triviales, futiles, incontournables, selon chaque sensibilité, personnalité, problème, rencontre, période… La complexité irréductible d’une quête à devenir sujet, je autonome et responsable, acteur de sa vie, personne entière, accomplie, accordée au flux changeant de l’existence.

 

Inviter chaque regard, chaque approche, chaque lunette, à échanger, reconnaître ses limites, ses prétentions, inviter à l’association, la communauté, la rencontre des différences, la curiosité, inviter à l’ouverture, l’assemblage, l’échange, le cumul des forces. Plutôt que le repli identitaire, voûté sur ses peurs, ses sectarismes et ses tourelles de protectionnisme imperméable, dans lequel meurent les idées, les sangs, les êtres.


par complexus
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Voir tous les articles

Complexus ?

  • : L'être soi en errance existentielle
  • complexus
  • : D'humeurs en états d'âmes, par les mots et les images, raconter le quotidien d'une rencontre sensible avec soi-même, autrui et le monde... Décliner poétiquement les façons dont l'identité humaine trouve son chemin dans la complexité d'une existence... En cherchant à traduire fidèlement le vécu intérieur, proposer un écho ouvert où chacun puisse entendre ses voix intimes...
  • Recommander ce blog
  • Retour à la page d'accueil

Commentaires

Recherche

mesure daudience sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus