
Étincelles dans la nuit, qui jettent leurs lumières sur les choses enveloppées de pénombre. Soudaines visions d’éclairs, brefs aperçus de ce qui gît là, les agencements de l’ombre. L’opacité perd de son pouvoir, la glaise pétrie par les mains du passé perd de sa résistance sous ces jets de lumière. Un instant suffit, entrevoir ne serait-ce qu’une seconde et déjà le paysage a perdu ses excuses, sa légitimité, son ordonnance de vérité.
Voir l’invisible. Reconnaître comme étrangère la première des familiarités. Renoncer aussi à ce qui fut. Détruire, sans doute, mettre à terre, refuser, interdire, ces gestes, ces puissances, ces laisses et garrots, ces contrôles et ces violences. Ne plus s’y accorder. Toutes ces lois faites natures redeviennent des lois et la nature retrouve sa place. Ne plus être là où on est attendu, quand la seule place qui permettait d’exister est celle qui empêchait d’exister. On jouait le jeu, on sauvait sa peau, on maintenait l’amour respirable. Longues années d’imprégnation sensible. Le paysage s’est fait dans l’ordinaire d’une vie qui ne s’observait pas, ne se réfléchissait pas dans le miroir de la conscience, n’osait point douter de ses repères, de ses évidences, de ses sécurités. Monde fragile.
Une mince parcelle de terrain, un petit territoire sur lequel tout construire. Entre les menaces du vide et de la confusion, du délitement et du recouvrement, un espace viable – l’unique. Ni trop ni pas assez, la juste mesure, à tenir sans cesse, pour préserver, protéger, contenter, porter. Traits de lumières venus questionner l’évidence, dessiner les contours de silhouettes confuses, souligner les vecteurs de gestes aveugles, chamboulent tout. Ouvrent les frontières et les limites qui n’ont plus de raison d’être.