Plume dérangée dans son sommeil, l’oiseau poussé de son nid, bec ouvert sur les proies faciles qui font des nuages d’essaims. Sereine pareille au réveil, la sirène qui émerge des flots et découvre son allure de poule d’eau, bec emberlificoté d’algues juteuses. Contourne l’obstacle qui ne sait se déplacer. Dans cette baignoire immense qui chapeaute l’atmosphère, ils respirent la chaleur venue, sentent à l’orée du visage une perle de sueur et de sel, le vent chaud couler sur leurs jambes dénudées. Tout le calme reposé qui se déplace en grandes vagues d’air à travers la plaine, lisse les joues du lac épuisé. Sous une branche massive, tête dans la nervure joueuse de l’écorce, la pensée se perd en rêveries vertes et brunes, effeuillant les possibilités innombrables et secrètes. Sur le socle solide alors la vie s’étale. Corps promenés en silence, corps rejoints dans l’union complice, corps alanguis qui jouissent des ultimes lueurs, corps ballotés sur les coquilles effilées des bateaux songeurs. Le jour à la saveur vacancière tire sur sa fin, s’allonge dans les heures indigo et fluides, emmène et berce gentiment sur son ventre mou les âmes contentes. Dans un espace de confiance, les gestes prennent le risque désiré. A la lenteur de leurs déplacements, on devine la sérénité qui les délie enfin d’une prise inquiète, oublieux pour un temps des enjeux du lendemain. Leçons qui traînent vaguement au-dessus des eaux, à saisir d’une pupille aiguisée, un filet pour la cueillette des choses qui s’avise l’air de rien. Guette ton chemin de biais, il vient sous tes pieds. Rituellement ils abandonnent le monde à sa course et vident leurs muscles des enchères et des pouvoirs, on les voit qui roucoulent d’une humeur préhistorique, revenus au contact d’une autre forme de présence. D’en haut tombaient doucement les ultimes photons de couleur, fine pluie de scintillements chamarrés dans l’évanouissement que nul ne peut fuir. Poussés par la pénombre vers leurs pénates et leurs cycles échelonnés, ils résistaient un peu aux mains de la nuit, sirotant d’un air de provocation leurs liqueurs, prolongeant leurs baisers malins, égrenant jusqu’aux dernières pépites et guimauves de leurs plaisirs comme un dû qu’on ne leur retirerait pas si facilement. Où rien ne tient immobile, tout se renouvelle sans cesse. Petite parenthèse d’imperceptibles nuances que l’être pourtant perçoit bien, dont il nourrit ses intimes cavités, gorge ses veines et ses poumons en puissances fraîches et claires, prêt à poursuivre l’enquête de son sens évident.
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