A l’aube, d’entre tous les temps, asseoir ma chair sur la pierre, face au lac béant, à ciel ouvert, miroitant d’infinies piécettes le feu de cire, là-haut. Le froid de l’air m’embrasse les bras, coule dans ma nuque, porte à mes lèvres le goût de l’altitude, la saveur des nues. Je n’ai pour habit que ma fatigue, mon embarras, l’agitation de tout ce qui cherche et se cherche à travers les voix ténues de l’à-côté. L’eau, en transparence guigne ma mémoire, fait l’écran où se projettent les lointains de toujours. Y plonge ma main d’enfant reconnue un bref instant, en transparence laisse passer chaque vaguelette au mouvement nécessaire, dans un chaos de petits bruits mâchés, gargarisés, de bulles d’airs en éclat, de remous écrasés, de reflux incessants qui glissent sous la nappe liquide en sifflant tendrement, l’air de rien. La transparence, toute là. En vaguelettes se décompose mon vêtement, lentement, transpercé de part en part, par le vent, le soleil, le temps, leur nécessaire mouvement, leurs marées basses, leurs allées hautes, l’écoulement qui fait une légère mousse aux abords du rivage, aux bords des humeurs, en virages et rumeur se glissant sous les plis de ce qui se dénude en moi. La transparence fait son labeur. D’entre tous les ans, posté là, à fleur d’eau, où l’aube affleure, j’installe ce qui, d’un mouvement non nécessaire, jamais ne s’arrête. La houle dans ma gorge sur l’océan de mon corps, en cycles et courants des profondeurs, en infini recommencement, à la frange noueuse de ciel et d’eau, s’arrête un moment.




Echanges