Parler à l’encre, langue bleue. Lèvres en bec rouge, fermées devant le mur de silence. Du fond d’un lieu inhabitable, si coupant, déchirant, tout en lames et pointes, tout en creux sans limite, en noir absurde, violent, d’un fond par instants visités, fulgurants vertiges d’insupportable, l’abîme folle où tout s’éteint. Pourtant là, là que s’œuvre la plus nue de mes vérités. Là que je touche à ce qui est animé dans sa plus vive clarté, une transparence d’où naît l’opacité de ma présence. Intenable espace d’écorchure. Toutes écorces tombées, sondé l’à vif de la blessure, en ce vacillement qui se visite de loin, s’effleure, accompagne pourtant et embrasse, plombe, ancre tout ce corps, tout cet être. A peine envisagé, qu’il soulève le vent glacial d’un effroi, d’une pesanteur infinie, étourdi d’un flottement sans limite, d’en être dévisagé, défiguré. Nœud d’ombre, tronc d’ambre où sont figés les vestiges immobilisés dans une grimace, vestiges du plus secret de mon histoire, du plus absolu de mes rêves, de la plus chère de mes valeurs, à mon propre corps impesables, à mon propre sort impensables. Nœud d’ombre que ma pensée enrobe de lumières éblouissantes, pour n’y voir que du bleu, à peine cerné des flammes qui le consument, architectures étincelantes tenant à distance l’irrecevable, recouvrant d’un pâle reflet la morsure d’où pisse le sang, saigne le pus. Milles histoires pensées qui jettent un charme sur ce qui ne s’est pas pansé. M’évitent d’être englouti, absorbé, annihilé, dans cette poche où s’écrasent toutes les forces, se ramassent et s’annulent toutes me respirations, jusqu’au plus précieux de mes sens. A le rencontrer pourtant, à le distinguer d’entre les gigues tourbillonnantes d’esprit, à en percer les couches superficielles d’un brin toucher sa noirceur, toute l’agitation, toute l’emphase, toute l’amertume s’en trouvent amoindries, dans le réel sobre, délicat, mais consistant, de ma personne constitué en pleine vérité, comme une ouverture, une altérité redessinant le rapport, renouvelé, éclairci, comme un début d’autre chose.

 

Publié dans : Carnet d'observation
Mardi 9 juin 2009

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Commentaires

"Intenable espace d’écorchure"... Oui... Mais "comme un début d'autre chose"... Oui, aussi... Le néant cède sa place au jour...
Commentaire n°1 posté par S. le 10/06/2009 à 11h04
Heureusement, hein dis !
Réponse de complexus le 12/06/2009 à 10h02
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