Je cherche, en fait, je sais quoi. J'oublie surtout. J'oublie plus que je ne sais. Mais cela, précisément, que je trouve à nouveau. Je cherche. Ce vertige. Cette délivrance. Le corps se plait bien. Apaisé en cette rencontre, où se dit l'équivalent des vagues sous le couchant, celles que j'ai vues cette nuit, dans le doux rêve où je revenais à toi avec la mer dans la tête et où je te disais « tu as raison, la mer, ô la mer... » Des corps, silhouettes noires sur la toile métallique des eaux, perlée d'ocre et de jaune, de bleu et d'anthracite, des corps jouaient dans les remous, et sous mes pieds le sable et surtout, surtout, cet épanchement amoureux, liquide de mon souffle, comme le temps s'était arrêté, la beauté peuplant chacun des éléments. A devenir fou, de mélancolie, de stupeur, de silence, de joie. J'avais eu le corps nu contre l'air, la pensée nue sous l'infini de cieux. Je revenais à la ville, vers toi, et je te disais combien tu as raison, quand tu me parles de ton désir de soleil, de mer, de nature, de beauté. Une vie, seule traversée, courte période, césure à soi livrée, et dehors voiture, béton, grisaille et froidure. Un jour, voir depuis la fenêtre de larges étendues de ciel et de terre, du bleu au vert, le brun mâchant les chemins clair, un mur blanc miroitant les éclats stellaires. Nous cherchons, en fait, la même chose peut-être. Nous saurons un jour. Pour l'instant, grise, fermée, pauvre, l'envergure soupire, espère, cherche, regarde, attend. La percée de cette heure où je la trouve à nouveau, ma délivrance, masque de brume sur ce que je vois, pâle ouverture sur l'ennui, me ramène au songe de cette nuit. Je t'ai envoyé des oiseaux de baisers, un plein vol de ma lippe joyeuse, je me suis laissé séduire par de beaux objets, dont petit à petit, je garnis mes intérieurs, profitant de leur arrivée pour pousser dehors ceux qui n'émettent aucun charme, ne me disent rien, font un silence mat, une absence sans saveur. Je laisse petit à petit ce que je trouve beau venir chez moi, entrer chez moi, habiter chez moi. Je mets le sous supplémentaire qui me permet de passer de l'utile à l'esthétique. Je cherche. J'occasionne. Provoque cette délivrance, ce vertige. Je les veux auprès de moi, m'entourant de leurs chaudes mains, griffant mon torse comme tes ongles, m'étourdissant de désir, d'un appel amoureux. Les voitures passent, derrière la vitre du bistrot, et me voici poète à nouveau, une heure durant, et j'aime entendre parler les serveurs parce qu'ils parlent italien, parce qu'ils parlent une langue étrangère, que je ne comprends pas et qui fait une musique, où se trouve l'oubli de tous les autres bruits, j'aime aussi l'allure Belle Epoque de ce lieu, qui fait comme une chanson pour les yeux, je regarde dehors mais je ne vois rien, sans doute est-ce moche, cette rue, ce béton, ces pancartes, cette lumière, je ne les vois guère, je vois encore la violente beauté du songe qui m'a heurté cette nuit, je vois les roulis, les silhouettes vivantes, le soleil furieux, et je me dis que ce rêve continue maintenant de me nourrir. De me protéger, de quoi sinon d'un ennui. Et le chemin est encore long, le temps court, l'amour difficile. Qu'importe si la vie reste vivante. Sans doute.
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Traces de vous