Dimanche 17 février 2008
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Il s'impose à moi, le silence.
Quitter ce lieu.
Reviendrai-je ? Je n'en sais rien. Je ne crois pas. Je me trompe peut-être.
Besoin de distance. Point barre.
Déjà dire qu'accueils, retours, présences, dialogues m'ont fait du bien. Ils ont été importants
, je suis heureux de les avoir reçus, merci pour cela.
Au-revoir...
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Mercredi 13 février 2008
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Bête abattue puis ressourcée, corps éreinté puis dynamique, l’esprit confiant puis désespéré, de jours en jours, d’heures en heures, flottant sur les aléas du quotidien comme une éponge à humeur, un organisme communiquant avec les cassures de son environnement. Pentes et faux plats, compagnies et solitudes, chemins ardus et piste tranquille, la charpente répond aux accidents, conte de ses états passagers les discontinuités de son parcours. Il y a des redondances, des signes de sens, indices possibles même si dangereux à ériger en vérité ultime. Personnelles connivences au monde que seule l’expérience individuelle confirme, déforme, ajuste, transforme. Mais ici, chez moi, pour peu que se mettent à fourmiller les contacts, les échanges, les coups d’œil et salutations, les rendez-vous de liens et d’arrangements, pour peu que se mettent à vibrer les fils par lesquels je suis tenu dans la grande toile de mes contemporains, pour peu qu'ils se mettent à vibrer vraiment, dans la réalité d’un contact imminent, d’une ouverture de projet commun, d’une participation active aux remous du siècle, mais dans l’acte brute de ma personne, par les voix qui se mélangent dans l’air présent, les regards qui oscillent sur la passerelle d’une réciprocité d’attention, réellement, vraiment, maintenant, tout de suite, dans cette réalité vivante de ma chair et de mes sens, alors la machine immanquablement se met en branle et rien ne semble plus pouvoir l’arrêter – sinon justement la suspension de ces vibrations. Leur soudain silence, que rien n’assure de rompre, fait naître le sentiment de ne plus être connecté au mouvement de vie, et toute l'énergie disparaît. Dès que l’absence d’appartenance s’empare de l’animal, dès que le lien n’est plus vivant, sensible, concret, animé par les attentes fondamentales du contrat social, l’élan se meurt presque aussitôt. Trop longtemps coupé de ses denrées primaires, contraint à l’ascèse durant de si longues années, il semble avoir perdu toute résistance au manque et paraît s’évanouir à la moindre évocation du trouble qui l’avait alors progressivement étranglé. Une façon d’empêcher que l’ascèse ne dure encore, le seul moyen que possède le corps pour dire et imposer son manque : le refus de participer à ce qui ne répond pas à son besoin essentiel, le refus d’aller plus en avant sur cette voie qu’il connait et dont il s’est dégoûté. Heureusement, sinon cette danse solitaire pourrait durer des siècles, dans la souffrance tenue, supportée en grimaces et contorsions, mais supportée, donc invaincue, irrésolue.

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Mardi 12 février 2008
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Oh routes sauvages qui s’entremêlez dans mon image, peintures d’anciennes et nouvelles illuminations, conquêtes de sol et de ciel que j’envisage un souffle au cœur, cessez donc votre danse d’hautaines initiées ou revenez-moi sous les pieds, que je marche vers les plates-bandes que sont vos destinations. Il n’y a plus de distance et pourtant si lointaines, je vous vois et vous sens mais vous sait si perdues dans le vague des temps, dans les brumes de ce qui n’est pas, n’est plus, ou pas encore. Fouettez donc la vie qui git incertaine dans ma poitrine, tournez vers moi vos démentiels visages qu’ils m’avalent de leurs grandes bouches de soleil. Il suffit d’une peau et elle ouvre des espaces et des chansons, sans limites ni pauvreté de vibrations, une peau qui court-circuite la marche tranquille des jours sur leurs rails de fer et d’obstination. L’autre présence d’un regard, d’un espoir, d’une attente, qui modifie l’univers entier, simple apparence - concrète matière tirant toutes pensées, toutes intentions, seule préoccupation devenue le centre des centres. A promener dans la caresse des hautes herbes, à rouler sur l’herbe grasse d’un bord de mer, sous le cri des mouettes et l’ampleur des goélands maladroits, gauche sous mon aisselle, ensevelie de plaisir en oubliant qu’il y a une vie en dehors de ça. La confusion rêveuse qui nous visite dans cette musique des sangs rencontrés, la puissance nue qui soulève tout mouvement, prennent part au monde dans son arythmie nourricière les échanges subtiles quand les mots sont pétris de silence et le silence plein de paroles. Si chargés de vie qu’en dépit de toute rareté, ils en contiennent la quintessence, ils en dessinent les traits d’épure, le squelette principiel. Contour d’estampe soulignant la première nature du désir, quand les voix d’en haut se taisent et que discourent les sens réunis, conjoints, rassemblés dans la trame indissociable des vies de tous les temps, et dans celle des choses et des êtres, l’incidence de toutes choses en toutes choses. Viens, viens, balance là, contre, danse encore, berce et roucoule, murmure ici, chantonne au plus fin du son la mélodie de cette humeur labile qui ne tient qu’au fil de notre lien. Partons. Lance sur la route sauvage devenue amie, les images si longuement ballotées dans les mares et les étangs mélancoliques, jette sur la toile tes couleurs d’aujourd’hui, que tourne mon œil ébaubi, jette tes cris d’oiseau contre le mur du printemps, calque ta présence contre la mienne et dans le couvert de ces herbes géantes qui nous protègent et nous portent, agacent ta nuque fraîche parcourue de frissons, oh encore le murmure d’une voix si proche qu’il lui suffit d’un filet d’air pour être entendue des cieux intimes, des couchers de soleils aux aurores contenus dans le puits de mémoire, sur la flaque au fond des traces d’huiles en hiéroglyphes et signatures sibyllines – elles sont la preuve de l’attente, de l’incompressible espérance, d’une forme de foi souveraine. Reçois du plus lointain ce qui arrive maintenant, à l’orée de mes lèvres, la perle suspendue ne craignant plus le vide ni la misère, de toute l’affection arrivée rassérénée au comble du repos.

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Lundi 11 février 2008
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Lames de silex que je frotte pour déposer les étincelles sur les brindilles. Pierres poétiques que j’entrechoque pour que prennent leur crépitement nébuleux sur la sécheresse de choses. Et que s’embrase mon regard. Brûle mes yeux d’une lumière aveugle, l’affolante joie, niaise et ronde, pleine comme une mère porteuse, devant le fécond de cette flaque de terre et de racines. Puisque la pluie ne vient, que m’ignore la courte saison d’extase, dans les silos de réserve je puise les astuces de mon ivresse, je presse les huiles essentielles qui font ma respiration d’âme, gave le foie de ma nécessaire rêverie. Le reflet nacré qui chatoie sur le volet d’en face, cette tache irisée qui scinde en couleurs étonnantes la simple lumière, elle me suffit, j’y fixe mes yeux comme on plante un clou, j’y accroche mon regard comme on pose sa veste, saisissant enfin par un bout ce monde échappant, cette lamentable fuite dont l’Homme se lamente depuis l’aube et dont il se lamentera jusqu’au crépuscule – quelle qu’en soit la forme. Folle et stupide beauté, je me repose dans le feu de ta déraison, j’y consume mes dernières forces pour qu’enfin l’inquiétude m’abandonne et que me revienne l’intranquillité. De l’une à l’autre, nous vagabondons, sur un radeau de bambou et de doute, priant la source de nos sérénités d’y mettre un terme, à cet incessant vagabondage. Pressentant mal l’ennui qui s’ensuivrait, si toutes ces vagues et ces gifles, ces branches qui sifflent et lacèrent le visage, ces lunes qui arrosent les épaules d’une pâle et lénifiante lueur, tous ces enchantements et désenchantements, combien nous y tenons dans le fond, combien ils font partie de ce à quoi nous refuserions sans doute la liberté s’ils menaçaient de nous quitter.

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Lundi 11 février 2008
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Une plume. Aussi légère qu’une plume. Dans la blanche résonnance d’une aurore, plume qui flotte sur un courant d’air et de chant. Gravite librement entre toutes choses, sans nul centre d’attraction sinon la beauté qui l’entoure et les battements de son organe de vie. L’âme légère. Entre tous les sommeils et toutes les nuits, revenue à elle-même avec la danse d’un enfant sous le nombril. Comme désincarnée, mais si gentiment accompagnée par l’ampleur des muscles lestes, sans gravité ni pénombre, simplement lancée dans les ondes lumineuses, comme particule parmi toutes, prise dans les afflux et les reflux, coulant au-dessus des nœuds d’air, sur une pellicule, une toile protectrice qui la fait toucher sans être prise. Liée par mille fils de soie à l’ensemble, entretenues en rayons diverses par les contacts subtiles aux matières et aux éthers, à l’esprit qui l’observe et dont elle partage l’existence. Mêlés et distincts, les produits de la pensée dansent de se percevoir soulagés d’un poids qui peut sans corps peser mille tonnes sur celui qu’il hante. Elle fait son ballottement d’insouciance au gré des infinis d’événements, dans la lente progression des secondes, emmenée sur le flot continu des instants imprévisibles, toujours assez vaporeuse pour rebondir sur le remous et échapper aux siphons, mais assez présente pour ne pas échapper aux reliefs innombrables des détails et des subtilités du monde sur lequel elle glisse joueuse et grave, aérienne qui ne perd pas le sens de son territoire d’expérience solide. Comme une bille qui, poussée par le vent et le désir, trouve son chemin sur les sculptures du terrain, attentive aux horizons qui l’inspirent, l’attirent, aimantent sa chair sensible, épouse dans la fluidité ou le fracas les accidents et les cols, mais invariablement dépasse les écueils et avance toujours plus loin, toujours plus riche d’expérience.

par complexus publié dans : Retour au monde communauté : Les chapitres de ma vie
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Dimanche 10 février 2008
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Rien que des petites choses. Quelques pages d’un livre, quelques pas dans la ville, quelques voix dans le poste de radio, quelques regards au ciel. Rien de plus. Rien que de banales et petites occupations. Un florilège d’habitudes gentiment entretenues dans le cours tranquille d’une journée. Apparemment sans traces, sans implications particulières. Un jour de plus, un jour de moins, dans une vie de plus maintenant, une vie de moins demain. Il y a eu le temps des tragédies et des désastres, il y a eu les moments de sublime, les heures rieuses, et il y aura encore de tout cela, mais aujourd’hui ne fut qu’un très modeste jour. Une de ces aires de repos auxquelles on aspire parfois, quand les remous sont trop forts et qu’ils semblent ne devoir plus jamais cesser. Il y a eu de la joie à chanter, de l’étonnement à penser, de la beauté à voir. Simplement. Une liste a été dessinée pour guider les gestes de la semaine, un repère pour ordonner le futur et apaiser l’esprit face à ses chaos. En se rappelant que les changement attendus et les réponses viendront seuls, sans l’aide des prises intellectuelles, se rappeler qu’après l’écœurement du trop à réfléchir – inspiré d’une croyance que la cause connue donnera de quoi modifier ce qui blesse, ce qui fâche, ce qui frustre – c’est dans le relâchement soudain que réponses, solutions et issues surgissent spontanément, par elles-mêmes, mûries en et par quelque chose qui n’est ni de l’ordre du vouloir ni de la compréhension. A se souvenir qu’il suffit parfois de fermer les yeux et d’attendre en n’attendant rien pour que la chose se mette en mouvement, dans la direction espérée, d’une façon qui n’est en rien liée à l’expectative. Un bref moment, se refuser aux empressements des ordres intérieurs, s’asseoir, laisser tomber les paupières ou installer dans le vague un regard sans but, et, sans chercher, depuis cet endroit de relâchement et d’abandon, accueillir ce qui vient, ce qui émerge spontanément, par-delà le tenu et le contrôlé. Mettre le réflexif hors circuit, qui empêche le réflexe de répétition et permet l’emprise nouvelle sur les invisités. Je sais que je dois en partie à François Roustang ces pensées, à son livre et à mon expérience, à leur rencontre d’aujourd’hui, dans le cours des petites activités matinales. Ses propositions hantent mon esprit d’écriture et viennent s’inscrire dans le déroulement de ma pensée. Elles influenceront ma présence encore quelques temps, puis le savoir s’estompera dans l’agir, et je me demande déjà s’il y laissera les empreintes que j’espère. Maintenant que j’ai fini de dire cela et que je regarde le mur et le ciel, tous deux d’un étrange vide et d’une intense immobilité,  je considère encore une fois cette journée sans traits particuliers, sinon son silence, son humilité d’existence, sa pauvreté apparente. Et je me dis qu’il n’y manque rien, sinon peut-être ce qui anime le cœur ultime de notre voyage…

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Samedi 9 février 2008
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Au moment où l’entour s’éteint, comme un ressort qui lâche, des craintes enfouies qui sautent, une ouverture s’élance pour happer le monde, s’y lancer complètement, mais ce n’est plus l’heure. Etrange répétition d’une semaine à l’autre, ressemblance troublante entre les deux préludes aux jours fermés. Comme une voix qui n’oserait sortir qu’au moment où elle est sûre de ne pouvoir être entendue que par son possesseur, où l’adresse impliquerait trop de conséquences qui échappent au contrôle et font peur. Systématique mise en branle d’un refrain qui dompte l’élan quand il pourrait s’emballer, quand il pourrait porter et ouvrir la voie. Mais maintenant que l’œil y a mis le doigt, se fermera-t-il à nouveau le piège ? Trouvera-t-il le moyen de persuader la raison qu’il n’est pas sage d’écouter ce débordement ou la laissera-t-il sereine pour que l’audace m’emmène par-delà mes inquiétudes, mon avarice de temps, ma réticence à laisser ce qui n’est pas sûr de plaisir et de sens me prendre tout de même ? A nul moment ce système ne saurait étouffer l’identité, quand au contraire c’en sont les résistances qui empêchent de s’approvisionner en de nouvelles poches d’air ! Mais le changement est long parce qu’il n’est pas décision ni volonté, il est nature mouvante, opération secrète de la vie qui fait son ouvrage à l’allure qui lui sied, il est attente sereine aux douloureuses crises dont seul l’esprit fait des catastrophes en se projetant là où il veut arriver, sans comprendre qu’il arrivera là où il n’aurait pas songé un instant se trouver.

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Samedi 9 février 2008

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Tous gestes portés dans le vent, peu sûrs d’atteindre leurs cibles. Le corps engouffré dans ce mouvement de perte. Chute dans son emportement désœuvré. Brasse l’air en vue d’une brindille de sens qui passerait entre ses doigts et rencontre l’absence, tout ce qui échappe à son intention. Et qui retourne sans cesse l’attention sur soi, empêche l’oubli joyeux de son visage, s’afflige d’y voir la même tension vers l’incertain. Jusqu’à ce que peut-être l’insupportable bascule la retenue, fasse faire le grand saut, tente la peur à son propre voyage. Aller trop loin donne plus d’indices que la réserve et la circonspection. La prudence trouve sa vertu dans le risque. A être strictement dans le juste, on y manque peut-être d’insoupçonnées circonférences, autant d’extensions laissées dans l’ombre d’une confortable morale. C’est en fautant que la faute devient sensible, expérience à partir duquel réagir, s'a-juster. Agir dans le pensé manque la vie.

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Vendredi 8 février 2008
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Dire encore la même chose ? Le même poids de passage en sous-bois, l’espoir d’une clairière, d’un évasement soudain de l’espace ? Les mêmes mots qui reviennent, qui rabâchent la bouche en répétition pénible, fatigante. Que dans l’arrêt tout va de travers et que si le zigzague dicte le rythme de l’avancée, il est pourtant moins désagréable. Faut se supporter tout le temps, et c’est pas drôle tous les jours. Oh les petites ficelles qu’on lance, bouclées d’hameçons souriants, et qu’on ramène en se lacérant la paume. La force qu’il faut y mettre, sans cesse, la saisie de soi sans aide aucune, en poignet chevillé aux confiances usées mais opiniâtres, fécondes un jour, fécondes un jour, fécondes un jour… Il y a ces moments où la patience est totale et la ressemblance au vieux bonze des montagnes rend l’âme contente, l’harmonieuse image dans le reflet de granit convient à tous les angles de vue. Puis il y a ces jours où c’est l’usure qui l’emporte, la rage aux dents, canines sorties prêtes à mordre le tout venant pour un rien, chien méchant qui tourne en rond sur son territoire, pisse dans tous les coins, jappe au moindre bruit et creuse son trou en grognant, la griffe pétrie de l’espérance pour l’os convoité. Champ retourné, petits monticules de terre laissés à l’abandon qui témoignent de l’échec, tas de cailloux juste bons à se casser les dents, à se rompre l’espoir, à se ruiner le moral. Patience, calme, persévérance, sublimation, transformation, respiration. Merde ! Merde ! Non ! Vas-te faire voir avec ta zénitude et tes élévations de sens, je t’en foutrais moi des perspectives spirituelles et des encens de détachements. Ça te fait peur, ça te dérange, ça te rabaisse, ça t’insupportes que je m’emporte ?! Il est où le problème ? Je râle un bon coup et après je me sens mieux. Ca m’expulse la bile des organes, ça me nettoie les artères, ça me vidange les humeurs, y a rien de tel ! Et j’en reviens aux ondulations sereines, la veine purifiée, le sang désintoxiqué. Mais je n’ai plus besoin de ces grands vides, de ces espaces sans murs, sans signes, il me faut de la démarcation vivante, il me faut des voix qui disent non, des corps qui disent oui, j’envisage autrement tout ce qui est contenu dans les présences entremêlées, maintenant que le cœur est connu, maintenant qu’il y a reconnaissance, conscience et respect, tout devient possible, ce n’est plus comme cet absolu de désert qu’il fallait conquérir avant tout retour aux êtres. Ce n’est plus comme à l’époque où il fallait raser les murs, tenir à distance, éviter et nier, quand la table aspirait à faire place nette, avec l’obsession d’un autre soi dans l’épure d’un monde neuf, la torture d’être là où il n’y avait pas d’écho de soi, là où rien ne faisait sens sinon le désir de ne plus y être. Maintenant il en va de l’usage du monde pour donner à ce désert encore désirable la vie qui lui manque pour n’être plus mortifère, maintenant c’est avec les autres qu’il y a équarrissage et polissage, quête de plénitude, partage des terres oniriques et alliance pour les projets fous et les grandes démesures d’âme. Ce qui a été trouvé dans la grotte, la bille transparente traversée tel un prisme par la lumière décomposée et qui réside dans une sorte de profondeur d’intimité, ce petit trésor de vérité, ce petit rapport d’amour retourné, cette bulle d’évidence sentie, elle peut servir enfin au plus beau des voyages, qui me semble être celui d’après la quête première, quand commence la participation.

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Jeudi 7 février 2008

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A la méchanceté du jour, je vole une parcelle de tendresse, négligemment posée dans sa main jaune et bleue. Dans son indifférence froide, à partir d’un fragment de beauté, je m’invente un royaume chaud et doux pour m’envelopper de son atmosphère protectrice. Je me réfugie, je déserte le réel, je me cache sous les nappes d’étrangeté au monde civil, je l’ignore, plein de poétique arrogance, je le défie de me trouver, de m’atteindre. Expatrié dans une ivresse de caféine, les yeux irradiés par l’incandescence des couleurs qui s’exposent dans le ventre dilaté du ciel, je provoque le contact à la vie sublimée, j’attise mes nerfs de coups de sang, de poings d’images, de lames venteuses venues d’ailleurs, des confins de tous les enchantements perdus, évanouis dans la mort ou le temps passé, de tous les enchantements espérés avec la ferveur de l’obsédé. De la plaine à la montagne, de la cime aux océans, des glaciers aux forêts vierges, j’appelle la nature de mon corps, qui circule comme une âme errante, hagarde au milieu des cités de pierre et qui geint en murmures précipités sa soif d’un ruisseau aux reflets émaillés, d’une grande étendue de verdure dansant avec les courants d’airs aux senteurs de résine et de baies sauvages. Et soulagé par les mots dont je m’entoure, j’avance obstiné dans ce tunnel sans destination, enrobé de mon souffle qui cherche l’odeur du monde subtile, de l’évanescence du sentiment amoureux pour réveiller la chair, reconquérir les dunes en haut desquelles les bras cherchent à s’agripper aux nuages, à caresser leurs bedaines rebondies, à grimper sur leurs dos cotonneux. Intéressé seulement par les domaines de vie où l’on peut entendre le sifflement continu de ce qui nous dépasse et qui nous impressionne à nous rendre muets. Plus encore par ceux où ma peau n’est plus seule, où ma voix échoue son langage dans l’alcôve d’une adresse chère à mon histoire, où mes gestes peuvent faire don de leur intention à une personne qui ne leur a rien demandé mais qui leur procure ce léger tremblement de passion et d’étourderie.
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Complexus ?

  • : L'être soi en errance existentielle
  • complexus
  • : D'humeurs en états d'âmes, par les mots et les images, raconter le quotidien d'une rencontre sensible avec soi-même, autrui et le monde... Décliner poétiquement les façons dont l'identité humaine trouve son chemin dans la complexité d'une existence... En cherchant à traduire fidèlement le vécu intérieur, proposer un écho ouvert où chacun puisse entendre ses voix intimes...
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