Paroles retournées




A se rencontrer précisément. Dans l’éprouvé. Aux commissures du mot, au corps du geste, au cœur de l’air. Où frémit, où tremble, où blêmit, où s’arrête, la présence. Instantanée, très précisément faite d’elle-même, de son manque, de sa coupure. Saisir d’un mot ce qui n’en est pas, approcher le langage par la voie silencieuse. Impressions distinctes et singulières, enchevêtrées, et de leur contraire habitées, nuancées, contrebalancées, d’accueillir un temps l’espace où rien n’altère, ne distancie. Pause, suspension, respiration. Salutaire écueil en fond d’être, la cale repose, s’épanche, coule l’étanche, n’asseoir d’un fil que l’essence, rien d’autre en son pouvoir retourné, tangue douce sous la langue retrouvée, une île. Parfum distille l’encens au même totem, le lieu d’intime, rejoint par la bande, la fine tranche de vague où s’enveloppe l’infime, pauvre vulnérable vif au contact de l’eau, de l’air, des peaux, file sous la manche un maigre frisson tombé du ciel, pistil solaire, beau, l’os vibre aussi, jusqu’au fond du ventre, au rond du centre, chaud.

Jeudi 4 juin 2009

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La folie du vent boursouflait mes pensées, face à l'étendue d'eau mouchetée de vagues. J'avais le souvenir sous le nez, d'une femme accostée, d'un à bientôt plein d'imaginables, me rentraient par tous les pores, les images, le vent, les embruns, j'avais la conscience bercée. L'âme percée, coulant d'air endiablé forçant contre les bourrasques, jouant, bataillant, le sang allègre. Un sans le sou s'est assis pas loin, j'ai su après, sans le sou, quand par la marge, à travers les vagues de vent qui déportaient sa voix, j'ai entendu sa demande, sous le camouflet des atmosphères, sous le couvert de sa pudeur, j'ai entendu le son de sa voix, son son sans sou. Il voulait s'installer un jour au sommet de la montagne, là-bas. « Good spot » je lui dis. Le lac battait les cailloux à coups de sac, on se croyait à la mer, à l'océan - good spot je me dis. J'y ai cru moi, à ce regard, j'y ai percé des allées tendres, des comptes sans histoire de sous, sans dessus dessous, une histoire à pas tenir debout, comme dans la puissance de ce vent qui charge, te fonce droit dessus, t'envoie des gerbes d'eau assassines. Je vais pas pouvoir t'aider, won't be able to help you... Rigole ! Tant mieux. You're broke too? Si je suis cassé ? Oui, un peu, mais pas pour des histoires de sou l'ami, si tu savais, un peu cassé sous cette bise dont l'embrun s'agglutine aux chevilles de mes yeux, cassé par une histoire sans dessus dessous, pas la récente, pas l'accostage en soi, non, mais toute la flotte qu'il interpelle, tous les ports qu'il rappelle, la longue, l'histoire de tous mes remous. I'm not that good. Pas assez bien, pas assez callé niveau sou. Pas assez bon pour t'aider. Pas assez bon pour que ce regard porte le son de mon espoir,  pas assez bien pour recevoir la perle aux franges des eaux troubles. M'en veux pas, toujours sympathique. Je dois pas être si mauvais que ça.


Dimanche 31 mai 2009

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Sang fiévreux. Soif de mordre. Faim de boire. La main ferme, tremblante, palpite. Elle palpe ce monde. Renverse cette vie. Ta gueule embrase le ciel, embrasse ! Essaye ! Tout à prendre, à partir de l’insu, du doute, tout apprendre.

            Pépiements d’oiseaux, grêles chants agiles, dans le cuivre mat qui fait un fond sonore, où glissent les huiles d’un violoncelle, graciles. Et ton souffle de passion, la certitude d’exister, entre ces côtes qui naviguent, passent les pôles puis reviennent, feu de froid et glace de flammes, frisures gelées aux arrêtes tranchantes et suaves caresses au pli de peau, à franchir les hémisphères, poussé au cul par le vent, la bouche qui souffle dans tes voiles, ouvertes ou fermées, neuves ou usées.

            Le cœur recroquevillé, cherchant l’ombre, matant de loin le tourniquet chamarré où rigolent les Hommes, les autres, les dents tranquilles au fond de leur sourire, les fronts lisse au sommet de leur joie, vies coulantes ou vies croulantes, qui sait.

            Le cœur éclatant, cherchant l’écrin d’argile, l’autre et son regard, son puits de délivrance, ses secrets à toi destinés.


Mercredi 13 mai 2009

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J’ai bu un soupçon d’étoile

            Au fond de l’ignorance

Vécue

            Dans l’ourlet de joie

L’inaccessible délivrance

 

Etincelle d’espoir

 

J’ai su

            Glissée sous la langue

Ténu filet de distance

            La césure intime

Fidèle

 

            Seule voie d’être

Coupure d’infime

            Qui mêle au monde

  

Plissée sous la gangue

            La cloche de bois

J’ai vu une ficelle

Ténue

L’incompressible émoi

 

            Rebond d’innocence

 

Reçue

D’entre les choix

Sublime portée d’ailes

L’inaccessible délivrance.

 

 


Mardi 14 avril 2009

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Décalé.

Décalé.

Embarrassé.

Les poids d’orgueil.

Les charges passées.

Les desseins tétanisés.

Etouffé.

Engoncé.

Emprunté.

L’ordre des choses.

La pensée sclérose.

 

Dans les bras, un mouvement fou, déchire une camisole. La tête secouée, repousse au loin les mille mouches d’une obstination. Stérile. Morbide.

 

            Rejoindre. Le mouvement. Fluide. Allers-venues, retours, arrêts, virages, recommencements, renoncements. Libres. La vie qui se fait. T’emmène dans sa ronde à elle. Vibrante. Juste. Renouvelée toujours. Pérenne, agile. S’écoule. S’abandonne aux circulations spontanées de son énergie. Force tranquille. Confiante.

Samedi 11 avril 2009

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Quelque chose à ne plus remuer. Laissé là. En nature seule. Long, long, long silence. Longue pause dans le bruit. La plénitude n’a rien de normal. Quelque vide bienvenu, repose en paix, soit-il. Ne refuse pas ce contraste, d’épaule ingénue s’appose un soupir dans le creux du ventre. Toute une vie à chercher la vie. Là dans ce rond fait point chaud doux songe molle seconde. Comme tout repose sur une même nappe de ciel et d’étendue. Là dans cette sonde moule d’enveloppe inonde vogue et coule. Mes chères minutes de vie, mes chères présences à contenir l’ensemble par un soupir dans ce ventre en creux. Mon cher corps, bienvenu d’instant, pauvre hère au sens fragiles, tiède matrice d’existence. Il fait bon respirer. Là dans cette houle pile d’axe en cycle d’ellipse retourné dans l’ouvert. Je suis par. Je suis avec. Je suis en. Je suis dans. Je suis où. Quelque chose à ne plus distinguer. Regroupé là. En commune espèce, commune nature. Le festin d’air, opulence d’espace. Suffirait-elle rondement cette respiration ? Hume le monde au parfum, parfait. Là, au sein de la foule roule l’onde matricule fronde d’esprit plein fume articule. Respiration de chair parlante. Mon cher corps. Ma chère vie. Cette rencontre du dedans. Et ces rencontres du dehors, petit nombre de contact d’humaine vibration. Chère Terre, chers peuples, comme tout compose ce grand soupir au ventre des creux. Le rassemblement horizontal, vertical : nos faims ultimes, vers la même coupole dirigés nos yeux hagards. Là, dans la coupe demi-lune socle mielleux d’argile puits sans fond doux. Hume, les constellations odorantes tombées sur nos errances. Précis précieux, précieuse prescience d’unité. Et circulent sur la nappe des membres rejoints les molécules graines d’être, nous sommes parmi, en lien, liant liés.



Jeudi 2 avril 2009

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