Si elle savait, les images, ces images qui me viennent, si elle savait comment les images me traversent, si elle en connaissait les histoires, j’ai la question au bout des lèvres, au bout des lèvres se demande comment prendrait-elle cela ? Et si je savais, moi, si je savais ce qui lui traverse l’esprit, comment son esprit pense depuis que nos images se rencontrent, comment elle s’habite des songes qui viennent ou s’absentent, des songes qui s’éveillent ou manquent, qu’en sais-je, rien peut-être, ou si différent des miens peut-être. Quelle en serait la portée sur la réaction de ma chair ? Si nous savions, si tous les deux nous savions ce qui se trame dans la zone où rien n’est dit, là où les mots n’interviennent pas, si nous savions déjà tout ce qui se trame à l’insu de nos savoirs, dans la zone où nous ne savons rien, pensons à peine, récoltons de peu des mouvements qui nous portent l’un vers l’autre, ou nous déportent l’un de l’autre. J’aimerais tant savoir, savoir me rassurerait, je serais tellement rassuré de savoir que mon élan ressemble au sien, que ces images qui l’habitent peut-être sont celles qui m’habitent sans doute, qu’il y a comme un miroir en chacun de nous, reflétant tant d’images similaires, s’approchant dans les mêmes questions qui se donnent à peine au bout des lèvres, les songes qui s’émoussent à l’orée du jour, perdus dans la nuit de nos consciences, bordant déjà le lit de notre histoire, qui n’en est peut-être pas une, qui n’est peut-être rien, pas grand-chose, une histoire avortée, tout juste sortie d’une zone sans mots et déjà parlant d’une fin, d’un mirage, d’un mot qui ne se rencontre pas de bouche à bouche, où nos lèvres ne peuvent s’unir, d’un mot que nos lèvres ne peuvent prononcer sans se séparer, se distancier, définitivement. Si nous pouvions savoir déjà, que resterait-il de ces jeux qui façonnent nos échanges ?