Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

Si j'ai tant effacé ma personne de mon écriture, c'est autant par peur que par pudeur. J'aimerais savoir dans quelle mesure l'apparition de la réalité concrète qui façonne mon quotidien apporte quelque chose à la lecture. Je crois entendre qu'il s'agit d'une incarnation, d'une possibilité de s'identifier, de se projeter. Je croyais qu'en limitant au maximum les informations tangibles, déterminées, circonscrites de mon univers et de mon identité, ce que j'écrirais laisserait d'autant plus de place à chacun d'y faire résonner ses propres références. Que la lecture ne serait ainsi pas parasitée par les idiosyncrasies de mon existence, et que l'écran vierge que j'espérais déployer permettait d'y visionner les images de son choix, les reflets de ses questionnements, les perspectives de ses croyances. Je reçois pourtant de plus en plus régulièrement des remarques qui semblent m'inviter à penser le contraire. Qu'il y aurait dans l'indétermination où je laisse le lecteur, un manque à sentir du vivant, du réel, du particulier, du personnel, et que ceci, précisément, empêche ou rend difficile la possibilité de s'y voir, de s'y reconnaître ou de s'en distinguer. Le paradoxe où je me trouve est blessant: mon intention qui cherche seulement à faire le plus de place possible à autrui, rencontre le reproche de ne pas être assez généreux de sa personne. La méprise est totale et douloureuse.