Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.
Je suis passé à côté d'une école et tout s'est effondré. La lutte contre le temps, cette fois belle et bien perdue. L'espoir d'en saisir quelque chose, à jamais vain. L'aspiration d'arrêter durablement sa course, d'y comprendre quelque chose, objets résolument inaccessibles. Passer à côté du temple et pleurer de ne savoir comment rejoindre ce qui, en moi, peut sentir la vie et l'étonnement. La faim d'une spiritualité. L'absence de repos. Aucun lieu de paix, ni dehors, ni dedans. Ma promenade, toute de tristesse et de chaos. D'une solitude sans fin. D'un amour imparfait et limité. Et malgré la fraîcheur agréable de l'air, la beauté de la lumière matinale, malgré mon corps plutôt en bonne forme, le manque de sommeil peut-être, mais quelque chose qui mettait tout à sac. Nulle place pour une infime légèreté. Pour un peu d'humour. Pour un peu de joie, cachée au fond de mes yeux. Non, de la lassitude, de la fatigue, de l'embarras, de la peur, de la tristesse, de l'ennui, du vague à l'âme, de la douleur, de l'impuissance. Tant de lieux de souffrance ouverts en même temps. Ni le silence du jour férié, ni la lumière d'une aurore printanière, ni la brise légère, rien ne parvenait à réveiller l'once d'une clarté, d'un plaisir, d'une paix. Et dans ce préau, les échos d'une enfance si lointaine qu'elle ne laissait aucun doute sur l'irrémédiable perte. Pourtant, c'était encore de la vie. Toutes les mélancolies qui nageaient en molles anguilles dans mes veines, toute la maladie de cette âme en peine, de quelle posture venais-je à en nier la valeur vitale? N'étais-je pas encore vivant? De quel point d'arrimage pouvais-je décider qu'il fallait éviter cela, que cette étape n'était d'aucun sens? Mon sentiment de mort ne prenait-il pas racine en l'une des innombrables formes de ce qui pourrait n'être rien d'autre qu'une expression de la vie? Quel glissement se jouait à mon insu entre l'inconfort à vivre et le jugement d'une morbidité dont il faudrait se débarrasser?