Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

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Impossible

Interieurs--balcon sur monde--vues silencieuses 0007
De dimanche je n'ai pas eu. Pas encore. Et il est presque mort. Tandis que je lutte pour une heure de repos, une heure de rien du tout. Eux font l'amour, à côté. Je l'entends, elle, j'entends son plaisir vacillant, sa voix de femme en pâmoison, quelques brefs et doux cris d'évanouissements – évanouissements desquels elle renaît bien vite pour de nouveaux soupirs. Leur plaisir ne fait pas le mien. Au sous-sol, tandis que le hublot de la machine à laver me donnait le tournis – à moins que ce ne fut d'être contraint à cette tâche qui me fit quelque écœurement, j'ai eu envie de me plaindre. J'avais dans la gorge des ébauches de lamentation, au bord des lèvres de pathétiques litanies... D'avoir à me trouver là, après et avant des semaines si remplies que même le tonneau de la lessiveuse en débordait, en ce dimanche où je ne pouvais me reposer d'avoir pourtant œuvré sans faillir à la construction d'un monde certes petit – le mien – mais d'une vie tout de même, d'ailleurs mise en partie au service de celles d'un certain nombre d'autres. Mais aussitôt, la conscience de cette parole a éveillé un malaise: me plaindre, moi, quand je pense au sort de la majorité du reste de la population terrestre... Impossible. Eux qui ne jouissent que de s'aimer parfois, et que personne n'entend au travers des murs d'indifférence, ne connaissant pour la plupart rien du premier de mes conforts. Pourtant la censure morale tombée du haut de ma conscience, je le devinai aussitôt, tendait, en m'interdisant la plainte, à m'interdire du même coup de rester au contact de ma frustration, de ma fatigue, lesquelles, au-delà de toute notion abstraite, avaient bel et bien lieu dans mon être, s'inscrivaient dans mes chairs, s'en servaient pour s'y exprimer, s'y faire sentir. Et si ma tentation pour la complainte avait éveillé le sens de sa propre démesure, de son incongruité, le souci de ne pas négliger mes humbles et légitimes besoins pouvait lui épouser l'épaule, coexistant ainsi avec un sens averti d'une réalité par ailleurs cent-mille fois plus monstrueuse que celle me procurant ces désagréables langueurs. En outre, à l'instar de ma digne appréciation, la complainte n'exerçait-elle pas le même ostracisme sur mes sensations, me coupant de leur contact pour installer en mon esprit, seule, vaniteuse et grossière, la perception d'un tord, d'une injustice, d'une revendication au droit de ne rien faire, un jour durant? Il me semble, oui. Voilà, mon plaisir se suffira de cet accouplement-ci, pâmoison de conscience qui jouit de son pouvoir de réajustement par la mise en perspective, faisant vaciller le socle des visions réductrices, s'évanouir des sentiments irréfléchis en mêlant les jambes du ressenti à celles de l'esprit – une joyeuse sauterie sommes toutes!


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