Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.
Tout, petit à petit, devient chant du corps, parole tremblée, recueil silencieux des sensations. La rencontre avec le monde une danse, un contact muet où elle se raconte, s'éprouve. Chaque jour, une nouvelle strophe aux résonances inattendues. Par moments, le lien aux heures n'est plus tissé que de ces vibrations qui parcourent les membres et les organes, se font et se défont, se renouvellent et se transforment. Et les pas de ma partenaire sont imprévisibles, elle ajoute des détails, des fioritures sans cesse, il me faut réapprendre quotidiennement ce qui se dit de notre vis-à-vis, de notre mélange – vie à laquelle je m'abandonne. Certains accents reviennent, certes identiques, mais toujours renouvelés en l'ampleur de leur cavité, découvrant peu à peu la profondeur dans laquelle ils se sont construits. Tandis qu'imperturbablement, les notes d'inattendu tombent à mes pieds, comme autant de fruits avec lesquels composer cette grande marmelade dont je sillonne mon chemin. Le même gagne en échos et multiplicité de fragments, le différent surprend en diversité, par la multitude de ses infinis, la dureté de ses finitudes, limites auxquelles se heurte mon rêve. Autour de cette danse, le temps se resserre et simultanément ses contours importent moins que son cœur, le dessin de ses périphéries s'estompant derrière l'intensité présente de son incarnation. C'est, dirait-on, le même mouvement qui rassemble dans ce nœud serré de présence et à la fois ouvre tout ce qui de l'intérieur peut rayonner, vibrer et se répandre. Il revit, ce cœur dont le souffle avait été restreint par des racines entremêlées et touffues, étouffé par des circonvolutions d'esprit permettant d'échapper à la reviviscence de souffrances anciennes et la vivacité de blessures nouvelles. Il retrouve les mots qu'il n'osait plus dire, et je m'étonne d'entendre ce langage perdu résonner entre les frêles voiles de ma peau, rouler dans mes chairs comme des tourbillons doux de sentiments, la couleur revenue aux veines qui me relient aux autres.