Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.
J'ai demandé que l'agitation cesse. J'ai dit à haute voix, serrant de mes mains mes tempes exténuées: « Stop! » Je me suis rappelé d'un temps où la poésie venait me visiter, sans que je ne lui aie rien demandé. Elle me sonnait les cloches, m'étourdissait les sens aux moments les plus inattendus. Sans m'être nullement déplacé, je me retrouvais soudainement au beau milieu de nulle part et de partout, estomaqué par le vertige de conscience qui brisait mon esprit en deux. Percevant d'insoupçonnables dimensions sous l'apparence des choses. Une ivresse sans pareille. C'est à l'organisation de mon existence que je reproche de n'être plus cette éponge vulnérable, cette antenne fébrile toujours prête à cueillir l'onde d'un étourdissement poétique. Désormais, je dois creuser, dans les heures inquiètes de se rendre utiles, des poches de résistance et d'oubli, le droit d'échapper à la coupure et la fragmentation, la liberté de m'installer dans un lieu vague et sans dessein, sinon celui d'abandonner toute prise, toute maîtrise. Redevenir réceptacle, objet de présence, où passe, traverse et se dit un autre rapport. Un être au monde sublimé.