Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

C’est ce grand vecteur qui vient de derrière et s’avance dans la nuit de demain. C’est lui. Lui que je tiens, construis, suis. C’est avec lui que je marchande, toutes ces étoiles, ces culs de monde à percer, ces bandes-mous d’espaces timides – troc d’infini recommencement, malgré le fil imperturbable. Nos voix restent nos voix, à peu de choses près. Par exemple, les nuages n’ont toujours pas quitté la salle où nous nous retrouvons. Et je les prie d’y rester. Là, ils disposent les meubles et font des fontaines, ils se pelotonnent sous nos séants pour nous aider à réfléchir, pour que dans la froide contenance de nos manigances s’y glisse un peu de rêve, un peu de poudre de perlimpinpin. Et je ne veux rien louper moi, grand vecteur maladroit, fais le beau, fais voir ton grand corps chétif, allez, vas-y, montre, expose les blessures, que je colmate tout ça avec un morceau de ouate – pansement de ventre nébuleux made in cumulus. Combien cet entrelacs temporel m’administre sa loi. C’est ce que je pense tandis que j’en prends soin. Je passe mon temps à réparer, et à préparer. Répare, prépare, prépare, répare. Mff. Fragile bête, brinquebalante machine, l’arrête sur laquelle je fais ma clown de vie, la corde suspendue qui finira par lâcher, alors fais des figures, hein, hop, un petit saut périlleux, et le grand écart, tiens, regarde : coup de pied à la lune, roue et saut de cabri… Ah ! Pas mal ! C’est qu’il en a dans la musculature le saligaud ! Ben oui, autant s’amuser maintenant que ça ne secoue pas trop. Pour tout dire, j’y ferais bien une piste de danse, un carrousel, un carnaval ! L’univers entier que j’y inviterais, si seulement y avait la place. Parfois, dans ce bordel arrangé, ce corpus complexus, on entend une musique d’orfèvre, de délicates architectures musicales, un somptueux scintillement de notes. Ca fait des douceurs et des enchantements, ça secoue d’un grand calme toute la bâtisse et on entend les souffleries qui s’apaisent. J’te dis, jusqu’aux creux des os que ça couine d’aise.