Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

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Intermède

 

 


Attendre. Respirer. Fermer les yeux. Descendre. ------------- Attendre encore. -------------- La pensée passe, fil continu, bille folle qui roule d’un vase à l’autre, saute de thème en thème, fait trois tours puis bondi vers le suivant, s’agite indéfiniment, rebondi sans cesse d’un sujet à son voisin, sans tarir jamais, sans se fatiguer, légère et frivole, futile, hystérique. Et le corps dessous, qui attend ----------- immobile, pèse de tout son poids, se fait centre de gravité, aimant de plomb pour attirer à lui la folle fée et l’écraser dans sa chair, la faire taire, lui fermer le clapet, lui clouer le bec. ------------ Attendre. ---------Puis le silence enfin. Yeux dans le vague. Présence charnelle, la tête dans un grand turban chaud, stoppée dans son mouvement, imbécile. Ne plus bouger. Yeux fixes, corps attentif et prudent, un faux mouvement, un geste brusque et la captive s’enfuira. La paix, enfin. Le silence. Le calme. La détente. La présence. Tout réuni en l’intérieur, masse continue, membres réunis. Torpeur d’unité. Elle a comme disparu, l’agitée du bocal, volatilisée, réduite au néant. Il ne reste qu’un faisceau de conscience, concentré sur l’instant, mince rayon perçant, regroupant tout ce qui se trouve là.

 


Ce n’est pas l’inspiration, nulle parole ne se fait entendre, plutôt une muettude. L’organisme rendu à son silence originel. Le corps observé par un esprit qui peut tout juste décrire ce qu’il observe. Il n’y a rien au-delà de ce rapport. Il y a, mais tout est caché derrière un grand masque de silence, un désintéressement maculant d’opaque l’entour. Bête dotée d’une voix qui n’a rien à dire sinon son état d’animalité. Sa consistance muette et lointaine. Les sensations n’éveillent plus de sentiment, il n’y a plus de couleurs sur la palette des émois. Toutes mélangées dans l’indifférence d’une stoïque sérénité, d’une tiède appartenance au monde. Nous sommes là, corps et voix, corps dans voix, voix dans corps, ni plus ni moins. Nous dérivons de seconde en seconde, et je suis l’entre-deux, le pont, le liant. Je donne à la voix ses mots, je nomme au corps ses impressions. Je suis la statuette d’argile que façonne la promiscuité de ces choses vivantes actuellement, posées là devant un cahier, respirant doucement, pensant doucement.

 


Malgré la parole, j’ai perdu un bout de ce qui me fait Homme, toute cette vie colorée, contrastée, sonore, puissante, surgie de la roue où se font et se défont mes émotions, mes sentiments. Je ne ressens rien de prononcé, de prononçable, sinon ce silence, cette unité indistincte et mate de mon état. Je l’ai cherché comme on cherche un endroit où se retirer, à l’abri des sollicitations du monde. Je l’ai trouvé et m’y suis étendu comme dans une baignoire lénifiante d’oubli, une transe d’opiacé. Bientôt je retournerai dehors, je laisserai la bille aux incessants chaos se glisser hors du piège de mes muscles, elle reprendra son soliloque, puis je retrouverai mes humeurs, ma soif, mes langueurs. Je laisserai l’humanité reconquérir ma personne, me rendre sensible à tout ce qui me constitue et m’entoure, de près ou de loin, vulnérable et mortel, traversé par la vie dans sa folle apparition.



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I
Je passe régulièrement et te lis..<br /> J'essaye de comprendre.. décrypter..<br /> Je n'y parviens pas toujours mais des "sentiments" mêlés et étranges m'assaillent..<br /> Il n'y a que chez toi que cela se produit..<br /> c'est comme ça..!! :d)<br /> bise à toi
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C
<br /> Ouf pour les sentiments.. j'avoue ne pas avoir un rapport de contentement avec ce qui se dépose, mais c'est le chemin... alors heureusement que des sentiments émergent<br /> quand même ! Intéressant retour, merci. Bise indigo<br /> <br /> <br />