Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

Une vague de bonheur. A être là. A être loin. A envisager les collines et l’horizon, le proche inconnu. La phosphorescence du printemps. ------ Prendre la route et s’engager dans le paysage, la musique des grands espaces au fond des rétines. Toutes gorges déployées sous l’assaut des notes immenses, qui déferlent d’on ne sait où, simples pressions d’airs qui font vibrer la joie en source.
J’aime être sur la brèche, sans risquer ma vie. En risquant seulement la loi. J’aime être au bord de l’étrangeté, à l’embouchure des mondes, me glisser jusqu’aux portes du lointain. Les effluves d’un pays de mystère m’enveloppent, m’éloignent et m’embrassent. J’aime me sentir à côté, détaché. Là où la main du réel ne peut me rejoindre, protégé que je suis en terre d’ailleurs. ----- Moments reliés de ponts créant un espace. Je m’y retrouve. J’y reconnais ce terrain habité et vierge, neuf et connu. Cette mienne patrie aux frontières indéfinies. Peuplée seulement de formes et de couleurs, de sons et de paroles. Essences d’éléments originels, aspirations de premier ordre. ------ L’illusion enveloppe tout et disparaît dans son voile pour une autre réalité. Douce aliénation. On sait qu’il faut parfois aller chercher loin ce qui se trouve au plus près. La distance ramène au centre.
J’aime ne plus appartenir à ce qui me dévore et m’émiette, pour me laisser dévorer d’une appartenance intacte, autre, suffisante. Porter ce regard perlé de paix sur l’histoire, le chemin, sur le moment évasé d’une vie inachevée. Avoir pour un temps le sens d’une complétude. Je me laisse croire. ------ Je ne refuse rien de ce non-lieu qui ouvre sur un silence sans cri, sans abysses. Ses vapeurs délicates me recouvrent, où j’échappe enfin. Où j’arrive et se comblent les distances, se subliment les attentes.
J’aime me laisser conquérir par les grandes forces du vivant délié, de ce passage tranquille et puissant, la nature même de l’ouvert, par la transformation des instants. Vers ce flux suspendu, cet arrêt qui s’écoule, sans renoncement ni refus, je viens pleinement. Docile et crédule, dérivant dans le courant porté, accompagnant ce qui se trouve là, passant avec, communiant, palpitant. ----- J’aime redécouvrir ce possible d’acceptation, où mes faits d’existence semblent pouvoir coïncider, où le sang de mes errances trouve son lit, sa possible cohérence.