Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

Publicité

23 - De là où je suis - En pleine peur



Comme les petites choses ont perdu leur place. Comme le temps devient court. Comme le calcul empiète sur toutes les marges, la règle d’inquiétude confinant les aires de jeu à moins que rien.

            Il y a de la peur devant cet événement qui se profile. Un événement qui compte plus que les autres, et les autres qui ne comptent plus trop – même si ça ne devrait pas. L’approche d’un lieu qui menace tant de vulnérable que le désir à l’origine de la rencontre s’est comme envolé, laissant la poitrine flotter dans un vide, une folle inconsistance. Où tout s’émiette, se liquéfie.

            La scène a lieu bien loin des surfaces. Ce n’est pas une danse de pensées craintives, ce n’est pas l’agitation d’un esprit qui guette avec anxiété le prédateur. C’est un corps-conscience qui sent le danger arriver, qui connaît d’avance le péril auquel il s’apprête à se livrer. C’est un corps-conscience fou de peur, tétanisé, qui se coupe du monde, qui tente déjà d’interdire l’accès à ce qui ne sait pas se protéger. Comme une chair à vif qu’aucune peau ne recouvre, comme un organe qu’aucun os ne tient à l’abri des coups. Ce ne sont pas des angoisses raisonnables que la raison saurait raisonner. Ce sont des angoisses qui avertissent l’imminence d’un danger menaçant la vie-même de ce corps-conscience, des angoisses irrationnelles qui signalent que ce corps-conscience est en danger de mort symbolique.

            Nulle sagesse ne saurait l’en délivrer. Sinon celle de l’expérience. Nulle parole ne saura ôter le trouble de ces viscères qui savent, qui connaissent, qui réagissent pour leur propre survie et n’ont que faire des séduisantes rassurances venues du haut de ce qui n’a pour bagage qu’une sacoche de théories. Nulle science des choses ne saura apaiser la panique fondamentale qui se joue ici, dans les fondements sensibles de l’être, à la merci d’un éprouvé dont il ne saurait se remettre.

            Seule la rencontre avec une autre expérience de l’épreuve, où le pire qui puisse arriver n’est pas la mort, où les viscères peuvent reconnaître la continuité de la vie au-delà du danger, où l’intégrité de ce corps-conscience n’a pas été entamée, seule cette rencontre-là saura progressivement redonner la place aux petites choses, le temps au temps, seule cette rencontre-là permettra un jour de garder au centre de soi, devant l’événement autrefois redouté, le contact avec le désir de ses origines. Ouvrant l’espace possible d’un plaisir, d’une joie, d’un bonheur. L’occasion d’un sens retrouvé.

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
R
Quel plaisr de te lire à nouveau,<br /> toujours ce sentiment du familier,d une capacité que tu as à écrire, décrire ,des choses que je peux ressentir mais ne pourrait jamais exprimer.........
Répondre
C
<br /> merci Rita pour la trace de tes impressions, suis passé mais peine à laisser traces ces temps, ça reviendra..<br /> <br /> <br />
L
L'angoisse viscérale est celle d'une catastrophe qui a déjà eu lieu, et qui cherche désespérément sa résolution en se transférant sur d'autres supports… Tu le dis bien: l'angoisse est à la mesure du désir, moteur de la vie. C'est la vie, lorsqu'on y est ouvert.
Répondre
L
L'angoisse viscérale est celle d'une catastrophe qui a déjà eu lieu, et qui cherche désespérément sa résolution en se transférant sur d'autres supports… Tu le dis bien: l'angoisse est à la mesure du désir, moteur de la vie. C'est la vie, lorsqu'on y est ouvert.
Répondre
C
<br /> Fande, ose ose ! fait du bien, aussi de connaître ta (vos) réjouissances, donne du sens.. merci!<br /> <br /> LuNa, fait du bien si ça rencontre.. Entre les zones de sécurité et les zones de panique, il y a la zone d'inconfort... fort inconfort pour le coup ! ;-)<br /> <br /> S. Présence douce.<br /> <br /> Annick, pour connaître relativement bien la multiplicité des grilles de lecture, je garde toujours un pas en dehors de leurs divergentes interprétations, explications, mais le "déjà eu lieu",<br /> l'histoire, ne fait aucun doute. J'aime bien "l'angoisse à la mesure du désir", là oui.<br /> <br /> <br /> <br />
S
Assise non loin de toi...<br /> Face à l'oeuvre.
Répondre
L
Ce que tu décris là me semble tellement familier et intime...<br /> <br /> Merci pour ces mots.
Répondre
F
beau texte... magnifique photo qui illustre bien un grand vertige! je n'ose même pas te dire... courage! ;-) allez... bises confiantes...
Répondre