Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

D’arriver là où tu te trouves, enfin. Peut-être l’enfant, l’homme, tout ensemble comblé devant toi, devant ton image qui s’offre, s’annonce. Peut-être tout cela emmêlé dans le désir qui s’ouvre, s’annonce. Comble la distance, approche-toi encore, sans peur, que les miennes s’estompent dans la clarté de ton désir, l’évidence de ton approche. Viens plus près, dessiner plus précisément encore ce qui s’annonce à peine mais que j’entends si bien. Peut-être l’homme et l’enfant, peut-être la sagesse vieille des années perdantes, perdues, d’attente confondues. Peut-être tout ensemble relié vers la main tendue qui me fait cette annonce. Mais y croire, puis-je déjà ? Quand seulement cela, alors que si peu s’unit, alors que tout n’est que songe, à peu près, à peu de choses près, d’infimes variations où le rêve s’est tu pour laisser place à nos voix, nos regards, nos promesses, nos peut-être. Mon cœur étourdi avance avec peine dans les heures de ce jour, bute contre toutes les secondes incertaines, chute aux mélodies troublantes qui soulèvent et sa joie et sa terreur, et son innocence et sa prudence. Mon cœur étourdi s’empêtre dans les lianes emmêlées de mon esprit, saute d’une pierre à l’autre, par-dessus les remous aiguisés de ce fleuve bondissant qui ne dit rien de ses secrets, cache en ses lacets toute la faune de nos questionnements. D’arriver là où tu n’es pas, à nouveau. Peut-être l’enfant, l’homme, blessés dans ce qui n’a plus de peau, dans la bouche même des blessures, le sein crevassé de l’espoir désespéré, la chair vive du doute. Peut-être tout ensemble dans l’inconnu du passage, livré à l’antique sagesse des heures éperdues dont elle fait son miel, l’antique crainte des heurts dont ma colère fait son fiel, peut-être, qu’en savons-nous, qu’en pourrions-nous savoir, d’où nous sommes, suspendus dans ce qui n’a encore ni poids ni chair, si pauvre la consistance de ce qui relie nos yeux en apparence complices, en apparence seulement. D’arriver là où naîtra ce qui s’est réfugié dans le cocon de nos espérances, peut-être ensembles d’un désir qui s’annoncerait ouvert.