Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

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Sous l'usure du silence



C’est du manque que fusent ces paroles. Du manque et d’une crainte infinie s’élancent ces mots qu’après-coup je voudrais ne pas avoir écrits – pour ce dont ils pourraient t’effrayer, te faire fuir. L’immensité du vide, de cette poche sans fond où s’évase le manque, à chaque fois, il conditionne ma réaction, enfle démesurément la réponse de mon sang, l’impatience de mon espoir, réveille sans raison l’angoisse d’un abandon qui semble immortel. Il y a un immense espace où la carence a creusé son nid et d’où surgissent ces paroles que je regrette d’avoir laissé passer juste après les avoir émises. L’intensité de ma réponse n’a rien à voir avec ce qui se passe, mais ce qui se passe a quelque chose à voir avec l’intensité de ma réponse, comme un filin suspendu dans cet espace trop vaste, simple filin d’amitié, ébauche d’un lien encore indéfini, que je prends malgré moi pour un filin de secours, pour la promesse possible d’échapper enfin à la carence, au manque, au vide qui se creuse encore et encore, à force de temps, sous l’usure du silence. Ce filin n’est pas l’annonce d’une promesse, c’est le signe d’un possible parmi une infinité de possibles, mais il m’apparaît, sans que je ne le veuille, comme l’ultime porte de sortie, qui, si elle devait se fermer, me laissera à jamais enfermé dans la coquille vide du manque et du silence. Alors forcément, les mots qui me viennent ne sont pas toujours les bons, il y en a toujours un ou deux qui surgissent de nulle part et qui détonnent, font tache, à se demander presque ce qu’ils font là. Mais c’est qu’ils ne surgissent pas de nulle part, précisément, ils surgissent de ce manque qui les a nourrit d’un espoir enfiévré, délirant, qui prend le moindre indice pour une promesse, le moindre signe pour une rémission définitive. Je vois bien, moi, ce qu’ils font là, ces mots qui débordent, je comprends qu’ils débordent du silence qui les a étouffés pendant si longtemps, et ils ne peuvent plus se retenir de ce trop plein d’absence. Si j’avais un brin de recul, je pourrais les contenir, les rassurer, les inviter à ma sagesse élaborée sur le fil du temps, mais au moment de leur émission je n’ai pas un seul brin de recul, je suis tout entier cette impatience fiévreuse et délirante, je suis tout entier cette blessure vive qui réagit à la simple caresse comme au plus délicat des soins. Je suis tout entier ces mots qui débordent d’un délire de sens, qui extrapolent la signification de mon émoi. Cette joie qui me prend est démesurée, ce n’est pas une joie de l’instant, une joie de sang surpris, touché là où il ne s’attendait pas être touché, c’est une joie aux lustres d’attente dans les veines, la joie d’un sang qui ne s’attendait plus à être touché, et qui voit dans la flamme de la bougie le plus grand, le plus merveilleux des feux. C’est la bouche du désert qui reçoit la première goutte de pluie après l’errance assoiffée : la goutte d’eau n’est plus une goutte d’eau, c’est une fontaine, une délivrance, un retour possible à la vie.


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B
<br /> Un problème technique m'empêche d'écrire un commentaire. Je cherche une solution pour te faire parvenir ma réponse au commentaire précédent.<br /> <br /> <br />
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C
<br /> Parlais-tu de ton blog ?<br /> <br /> <br />
S
<br /> "Manque", "vide", "abandon" "trop plein d'absence", "infinité de possibles"... Je pense que tu ne t'étonneras pas non plus de trouver mon émotion, intacte, sur le fil de ces mots.<br /> <br /> Toujours cette proximité de silences...<br /> <br /> <br />
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C
<br /> Oui, je t'attendais là aussi un peu, bien sûr ! ;-) Mais content d'en être encore surpris, malgré tout!<br /> <br /> <br />
E
<br /> Magnifique, vraiment. Il me semble qu'il y a une belle gradation dans ce texte du manque à la joie, en passant par l'amitié. De très belles nuances dans cette joie, d'ailleurs, moi qui ignorait que<br /> la joie pût se teinter de la sorte.<br /> <br /> <br />
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C
<br /> Merci à nouveau Elvys, je n'avais pas identifié l'amitié, les lectures vont parfois ailleurs, plus loin, en d'autres échos, toujours surprenant !<br /> <br /> <br />